10/12/2017

Le mendiant

XVM53ac2e86-2034-11e6-89ff-2687e38b48df.jpegDans le hall du métro, à la Défense, à Paris, je fais la queue pour acheter mon ticket de métro, je n’ai que quelques pièces de monnaie dans la main. Près du distributeur, un mendiant assis tend son gobelet en carton avec un léger tremblement qui fait tintinnabuler ses piécettes.

La moustache bien taillée, le regard vif, un corps transi de froid, il doit avoir la soixantaine ; il imite à merveille le quasi tétraplégique, au visage un brin paralysé atteint d’un léger Parkinson.

Je lui signifie avec quelques gestes que je lui  donnerai quelque chose après avoir payé mon ticket, ne sachant plus exactement combien il coûte. La file est interminable, j’ai peur de manquer mon train,  à la Gare de Lyon. Enfin, mon ticket en poche, je donne quarante centimes d’euro au mendiant.

Je fonce vers les portiques automatiques, j’introduis mon ticket dans la borne et avec cette gaucherie qui me caractérise, je laisse légèrement glisser mon ticket dans une fente qui n’a rien à voir avec celle qui aurait dû me permettre  d’ouvrir le portillon automatique  , et, voilà qu'il glisse irrésistiblement, s'engouffre, je le tiens juste par le coin avec mon gant et comme s'il avait décidé de partir en goguette, il disparaît  :

- Je perds mon billet ! A mon grand désarroi.

Le mendiant voit toute la scène, il est désolé pour moi, une réelle empathie se lit sur son visage;  il regarde au fond de son gobelet le montant qu’il a récolté et hésite. Tout à coup, comme une illumination sur son visage, le « tétraplégique se lève d’un bond » , me fait des grands signes pour le suivre, nous traversons le hall au pas de course, il appuie sur le bouton de l’interphone et j’explique à une dame au bout de l'appareil ce qui s’est passé. Elle reste surprise et me dit que c’est la première fois qu’une telle chose se produit, je lui explique que les gauchers ont l’art de réinventer le monde. Le mendiant confirme qu’il a été témoin de la scène et de rajouter à la dame "Moi, tout vu, billet partir,pfff... pfff....envolé !"-  Le portique s’ouvre enfin ! Je remercie mon sauveur du moment car si j’avais dû refaire la queue, assurément, je ratais mon train pour de bon et le dernier du jour,  me forçant à devoir rester la nuit, à Paris.

Il s’en va se rasseoir en mode tremblotements et paralysie et me décoche un clin d’œil, avec il faut le dire une certaine fierté d’avoir pu, lui, aider quelqu’un.

 

 

 PS :  pour tous ceux qui détestent les mendiants, je ne ne juge pas la pauvreté.

 

09:45 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

02/12/2017

Eliahu Itzkovitz - Une histoire à deux mains

Souvenez-vous de l’histoire que j’avais écrite sur ce blog,  il y a quatre ans déjà. Le récit de  vengeance d’un enfant juif roumain rescapé d'une tuerie, Eliahu Itzkovitz. Je m’étais souvent posé la question:  quelle vie peut-on mener lorsqu’à 12 ans , on  décide de pourchasser l’assassin, un Nazi roumain  qui a éliminé toute votre famille et après avoir fait la promesse à sa mère qui brûle vive sous les yeux du fils,  de la venger, elle et tous les autres ? Et que finalement, l'enfant devenu jeune homme,  achève ce bourreau après avoir déserté de l’armée, être  passé par La Légion étrangère  et enfin mettre la main sur le criminel et le tuer de 32 balles  dans les rizières de Diêp Biên Phu en Indochine?

A quoi peut ressembler la vie après un tel drame ? J’interrogeai des psychologues, tentai de remonter le fil de l’existence de cet homme. Aucune piste n’aboutissait, il était totalement sorti des écrans radars, et pour cause, on l'apprendra par la suite; missions secrètes en Allemagne.

En décembre 2016, je reçus un email inattendu d’un Tunisien juif,  vivant en Israël et s’avérant avoir été l’ami, le confident, quasiment le frère et voisin de cet homme,  à l’existence si tourmentée. Il me félicita pour mes billets bien tournés mais assurément, selon lui,  il me manquait des informations et certains faits étaient erronés, heureusement que j’avais précisé «récit inspiré de la vie de……. » ce qui laissait une marge pour la fiction.  Inutile de vous dire que j'ai fait un bond, me suis levée de ma chaise et fais une espèce de danse des Sioux pour remercier cet homme envoyé par la Providence et qui allait enfin me donner les éléments de la suite de l'histoire que je traçai désespérément depuis si longtemps, sans résultat aucun. 

Après quelques échanges email, nous décidâmes de nous lancer dans la vraie histoire  qui vient d’être achevée, il y a trois jours. Un récit qui apporte enfin une réponse à toutes mes questions sur « Le que devient-on après  ?»

Le  plus étrange dans cette collaboration est que le hasard nous a réunis autour d’une histoire de vie commune; deux personnes originaires de Tunisie alors que le héros de notre histoire est aussi passé par ce pays et a pu y trouver refuge et nous trois, à des années différentes,  sommes passés aussi par Marseille en prenant le bateau, Tunis-Marseille et sans doute par la Gare Saint Lazare ensuite. 

A deux mains, par deux personnes nées en Tunisie, de confessions différentes, de sexes différents, de métiers différents ; nous avons réussi une œuvre qui trouvera sans doute preneur et de rappeler que oui, comme nous l’avons écrit tous deux, la Tunisie avait été un pays de tolérance ;  un beau pays où il faisait si bon vivre ensemble. 

Nous avons réuni sur quelques belles pages, une douce nostalgie au détour du drame d’un Roumain qui lui aussi a raconté et décrit  , un  accueil d’une hospitalité exceptionnelle. Enfin, pour lui,  de la douceur après avoir vécu dans la Légion étrangère, l’enfer de la guerre d’Algérie et pour qui le seul but était sa mission personnelle:  achever l'assassin des siens.

Eliahu Itzkovitz entrera dans le Dictionnaire de la Légion, -  publié en 2016 pour ses 150 ans- ,  pour avoir reçu la Croix de guerre. La Légion en lui remettant la médaille a  cru que Eliahu Itzkovitz avait ramené le corps de  son commandant, - le bourreau de sa famille- , tué sous les balles Vietminh afin qu'il soit enterré sous le drapeau de la Légion, alors qu'en réalité, c'est lui qui venait de l'achever.)

Le titre du livre à venir « Eliahu Itzkovitz – La promesse de vengeance d’un enfant juif. » (encore sous réserve de modification pour un titre final)

 

PS : La question qui m'a taraudée longtemps  et la réponse possible:

Et pourquoi a-t-il ramené le corps de ce bourreau au risque de sa vie, sous les feux des mitraillettes des Vietminh,  alors qu'il aurait pu le laisser pourrir dans les rizières ?  La réponse est que Eliahu avait reçu une éducation religieuse par son père, et que par ce geste il autorisait même le pire de ses ennemis à recevoir le rite funéraire.

12:06 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |