14/11/2017

Le dernier coup de gueule de Noura Borsali, militante tunisienne

1-2.jpgCe matin, ce fut un choc en apprenant le décès de Noura Borsali journaliste et écrivaine et qui a été invitée, autrefois,  sur mon  blog.

Une militante pour les droits de l'homme, de gauche et féministe et qui ne mâchait pas ses mots,  elle était de surcroît, passionnée de culture et de cinéma. Lorsque je lui rendais visite à Tunis et que je logeais chez elle, dans son appartement bourré de livres et d'articles découpés;  le café et le croissant m'accueillaient au saut du lit.  Sur sa  table de travail,  le scrabble déjà installé m'attendait de pied ferme, elle fulminait d'impatience et tout en buvant mon café j'alignais déjà les mots tandis qu'elle commentait les nouvelles du jour.

Elle avait réalisé un travail de mémoire extraordinaire sur mon père , le militant nationaliste Lazhar Chraïti, dans le cadre de la rédaction de son livre et d'un article pour le journal Réalités, "Tentative de coup d'Etat de 1962 en Tunisie "une enquête serrée sur le terrain qui l'avait menée jusqu'à Genève, jusqu'à nous et avec quelle pudeur, elle posait ses questions. Lors de ses passages dans la cité de Calvin, elle adorait filer  acheter des dizaines de bouquins  aux Livres sur les Quais à Morges en s'extasiant sur le paysage tandis que nous déambulions en citant  les derniers livres lus.

Déçue par le Printemps arabe comme la plupart des intellectuels tunisiens, elle espérait quand même le changement. Elle avait démissionné en sa qualité de membre de l'instance Vérité et Dignité en 2014, en claquant la porte et en dénonçant les pratiques douteuses, une femme entière et sans compromis.

Une dernière partie de scrabble où j'inscris son nom en lettres d'or, le nom d'une femme qui s'est battue pour l'élan démocratique du Printemps arabe et qu'elle a vu se transformer en sanglots longs des violons de l'automne. Une figure emblématique tunisienne qui s'en va et qui nous laisse en héritage le courage de dénoncer et de se battre.

Ce qui aurait pu être son  coup de gueule : "salut les amis, je m'en vais  ! Bon vent à vous tous et tenez bon, on finira par y arriver à la démocratie, vive la Tunisie  !"

 

Paix à son âme!

 

 

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Commentaires

Intéressant votre article car il démontre une certaine naïveté d'intellectuels. (surtout dans les pays musulmans).
Il faut écouter M. Boualem Sansal

www.youtube.com/watch?v=JoJ52fHJoj4

Dans cette vidéo de 5 minutes et 14 secondes tout est dit.
Comme disait Jean de La Fontaine " Nous ne voyons le mal que quand il est venu. " L'hirondelle et les petits oiseaux.

Écrit par : Boccard | 14/11/2017

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