15/10/2017

CHRONIQUE DU RACISME ORDINAIRE

4197289793.jpgCe qui est bien avec les conducteurs Uber c’est que pour la plupart et lorsqu’on leur pose la question, ils adorent vous raconter en long et en large comment ils sont devenus chauffeurs.

J’ai retenu particulièrement l’histoire de Paul, un Français originaire de l’Angola, une quarantaine d’année, d’un port élégant, le timbre clair et posé, il parle tranquillement sans jamais se départir de son calme ; il a l’art du conteur, il décrit, raconte, explique, détaille juste ce qu’il faut.

Il m’explique comment, à son arrivée encore adolescent, il a rencontré le racisme en France, au départ il n’y croyait pas, dans un pays si démocratique où la devise qu’il prenait pour vraie « Liberté, Egalité, Fraternité » n’est qu’une vue de l’esprit et que Non ! Nous ne sommes pas tous frères.

Ceci a commencé lors de l’année du bac, le professeur de mathématiques présentait les exercices au tableau et en s’adressant aux élèves demandait qui pouvait répondre. Paul levait la main régulièrement et au professeur de l’interpeller, un brin moqueur.

- Toi, l’Africain t’as compris quelque chose aux maths ? Alors essaie de répondre. Invariablement, la réponse tombait juste, infaillible.

Les autres élèves s’appuient sur Paul pour leurs exercices, il aide tous ses camarades qui n’y comprennent rien aux leçons du prof. En fin d’année, tous les élèves ont entre quinze et dix-huit sur vingt, Paul lui, se retrouve avec un quatre. Le délégué de classe révolté va voir l’enseignant, qui d’abord nie et finalement admet qu’il n’a regardé que les noms de famille africains et sans corriger les épreuves leur a, à tous, mis une note exécrable. Il sera obligé de corriger celle de Paul qui affichera vingt sur vingt, la meilleure note de la classe.

Paul venu seul en France n’a pas les moyens d’aller à l’Université après avoir obtenu son bac. Il commence rapidement à travailler dans les chantiers. Le maître de chantier qui n’arrive pas à faire travailler son fils qui glande toute la journée dans son lit, s’acharne sur Paul qui est un sacré bosseur. Il le colle au marteau piqueur, huit heures par jour. Un jour, Paul craque et s’effondre en larmes. Indigné, un collègue antillais, père de famille, prend le jeune sous son aile et l’amène au CNAM afin qu’il s’inscrive aux cours du soir pour devenir ingénieur.

Le jeune homme alors âgé d’une vingtaine d’années étudie quoiqu’il arrive, fatigué, pas fatigué, malade, fauché, affamé, il y va sans plus se poser de questions. En parallèle, il a décroché un emploi dans une grande entreprise de nettoyage. Il grimpe les échelons, devient chef d’équipe, on lui reproche d’engager trop d’Arabes, d’Africains et d’hispanophones trop bronzés, on exige le type caucasien, le mot d’ordre « blanchir les équipes ». Paul se défend d’engager ceux qui veulent bien faire ce boulot.

Devenu enfin ingénieur, après plusieurs années dans l’entreprise de nettoyage, il postule à un poste qui vient de se libérer et pour lequel il a le titre et l’expérience, réponse de l’employeur : "Ce niveau de hiérarchie, ce n’est pas pour ta couleur ! ». Paul, ni une, ni deux rentre chez lui, donne son congé et devient chauffeur Uber.

A ce stade du récit, moi-même effondrée par tout ce que j’entends, je lui dis qu’il doit se sentir très blessé parce que ça fait terriblement mal l’injustice et le racisme.

Pas du tout ! me lance-t-il, moi ça me rend encore plus tenace et j’ai décidé d’écrire un livre « Chronique du racisme ordinaire ».

 

09:38 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

Commentaires

Racisme ordinaire en France, en Suisse et mondial. "Le mal qui ne tue pas te rend plus fort", dit le proverbe... Après on dit que le noir est paresseux !!! Incroyable.

Écrit par : Tsinda Alicia | 15/10/2017

Récit effrayant !

Écrit par : Mère-Grand | 17/10/2017

Ouf! heureusement, cette horreur politiquement incorrecte se passe "chez eux", en France! car "on ne veut pas de ça chez nous". N'est-ce pas? :)

Écrit par : IT | 25/10/2017

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.