28/07/2017

Un rêve étrange sur la générosité

IMG_1322.JPGLors de mon séjour à la Havane, un rêve étrange m'est arrivé mais la suite du rêve fut bien plus mystérieuse encore.

Dans ce rêve, une femme âgée d'une extrême pauvreté se tenait devant moi, le visage anguleux, des cheveux gris retenus en queue de cheval. Sa vieille chemise déchirée laissait entr'apercevoir une poitrine décharnée à la peau collée aux os longs et fins, des  seins desséchés pendaient tristement pareils  à deux grandes larmes sur un corps chétif, de grands yeux sombres mais chargés d'une intensité exceptionnelle me fixaient.

Elle logeait dans ce qui pouvait ressembler à un carton, derrière elle, un amas de choses usagées. Je l'interpelle et lui dis que si elle passait la nuit sous son carton, elle aurait  de fortes chances de mourir. Je lui propose de lui acheter une paire de gants, elle décline mon offre en me désignant une paire de gants de ski dans le tas d'habits. Puis j'ouvre mon porte-monnaie,  hésite un instant entre lui donner une pièce de monnaie ou un billet de 10 frs ou de 20 frs. Après quelque hésitation, je lui tends une pièce de cinq francs, en guise de remerciement, elle me lance un clin d'oeil auquel je tente de donner un sens, puis m'éloigne. Aussitôt, des regrets me submergent et une réflexion sur la générosité et l'empathie se met en branle. Le don donne les ailes de l'ange, il est un acte sacré qui doit être plein et entier, sans hésitation aucune. La voix de la conscience? Le reste du rêve n'est plus qu'une longue contemplation sur la générosité et son sens, donner c'est autant recevoir.


Le lendemain, en réalité, après le petit-déjeûner, je sors dans les rues de la Havane, une vieille femme exactement comme celle de mon rêve me demande de l'aider en me priant de lui acheter un journal. Je reste stupéfaite devant la ressemblance avec celle qui est venue hanter ma nuit. J'ouvre à nouveau mon porte-monnaie et lui donne le plus gros billet d'argent, la vieille petite dame reste bouche bée, elle insiste pour me donner tout son paquet de journaux. Puis, désemparée, elle s'approche de moi et m'embrasse, elle me lance un dernier clin d'oeil identique à celui lancé par sa jumelle dans mon rêve.

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26/07/2017

Var - Dans le rougoiement des flammes

IMG_1315.JPGPrès de la Sainte Victoire, dans la nuit, à 23h00,  on peut observer aux jumelles, le rougoiement vif des flammes hautes de trois ou quatre mètres sur une étendue de  deux kilomètres. Un feu que l'on devine ravager la nature; le monstre de feu a tout brûlé sur son passage, toute la journée des Canadair ont survolé la région. Le vent est tombé, enfin, après trois jours d'une extrême violence, un mistral à décorner les boeufs.

Le tuyau d'arrosage est près de la maison, prêt à l'usage, l'incendie paraît loin mais il suffirait que le vent se lève à nouveau pour imaginer le monstre se réveiller et envoyer ses petits dévorer la garrigue, braises incandescentes. 

Je surveille de mon balcon l'évolution des feux  que je repère au loin depuis le début des incendies.  La Croix Balmer, le Lubéron, Bormes Les Mimosas. J'ai passé le mot d'ordre à la maisonnée  sur un ton un brin autoritaire : " On ne sort pas de la maison quoiqu'il arrive, on mouille les draps, on les pose devant les portes pour empêcher la fumée qui asphyxie, on éloigne la voiture pleine d'essence". Je lis de l'incrédulité dans les regards et rappelle la  tragédie de la famille de Martin Gray , en 1970,  une épouse et quatre enfants rattrapés par les flammes alors qu'ils pensaient fuir en voiture. On croit s'échapper en fuyant et nous voilà encerclés par les flammes, devant, derrièe, impossible d'échapper à l'enfer du feu.

Parfois, une légère brise transporte  l'odeur âcre du feu, elle vous chatouille le nez de façon désagréable. Dans l'obscurité,  au loin, le drame se joue et d'imaginer des hommes et des femmes lutter encore une fois toute la nuit durant contre le caprice du feu et du vent qui dansent leur macabre sarabande. 

 Allez ! Je reprends  mon poste d'observation avec mes jumelles et surveille le monstre de feu qui s'agite là-bas au loin et se contorsionne dans tous les sens, on ne sait jamais quand, ni où il frappera et comment, le vent semble à nouveau souffler, le feu est plus rougoyant qu'avant mais ne paraît pas s'être étendu.

Au loin, les cloches de l'église du village sonnent minuit!  

 

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23/07/2017

Le voyage d'Andrea et le venin de scorpion bleu

IMG_1300.JPGHavane - Assise dans le bus pour la plage de Santa Maria, une journée magnifique de lecture et de solitude couleur bleu horizon s'annonce. Une jeune fille s'assied à mes côtés, plus légère qu'un papillon, elle s'est glissée sans bruit, furtivement. A peine âgée de 20 ans, de type indien à la peau mate, des yeux noirs, des pommettes à peine saillantes, les cheveux d'un noir de jais légèrement ondulés, elle porte une petite robe à fleurs aux fines bretelles et arbore une casquette rouge.

Le bus à peine démarré, elle s'adresse à moi en espagnol:
"Buenos dias, señora. Vous connaissez les plages de Santa Maria?"
- Oui, lui répondis-je.
- C'est la première fois que je vais au bord de la mer, est-ce que je peux rester avec vous, señora ? me demanda-t-elle timidement.
- Vous savez nager?
- Si señora. Ne vous inquiétez pas, je nage parfaitement.
J'imaginai déjà ma solitude solaire brisée par cette présence inopinée. Puis je me consolai aussitôt en me convainquant que ce serait une bonne pratique de l'espagnol ponctuée de señora à toutes les phrases.
"Porque no! Restez avec moi si vous voulez", lui répondis-je sans enthousiasme.
Puis elle me dit s'appeler Andrea et venir de Bogota et que c'était le premier voyage de sa vie à l'étranger et même hors de sa ville natale. Elle avait si peur, une peur immense de partir seule. Mais à l'idée qu'elle le faisait pour son grand-père malade diminuait cet affreux sentiment.
"L'amour a été plus fort que la peur!" conclut-elle.
Ma curiosité allait en s'accroissant et je commençai à regarder cette jeune fille avec un intérêt nouveau et une réelle attention.
- Quel est le lien entre votre grand-père et votre voyage à Cuba?
- Señora, le venin de scorpion bleu ! me répondit-elle en expliquant que le venin ne guérissait pas mais ralentissait la propagation des cellules cancéreuses et que le médecin avait diagnostiqué un cancer de l'oesophage, il y a trois mois, à son grand-père adoré. Réparateur d'appareils ménagers dans un petit atelier de Bogota et âgé de 70 ans, tous le voulaient voir vivre encore quelques années de plus et craignaient l'apparition de métastases.
Ce traitement largement répandu à Cuba pour lutter contre le cancer  et quasi gratuit pour les Cubains représentait une fortune pour cette famille colombienne de condition modeste et qui n'avait jamais eu les moyens de quitter Bogota pour la côte pacifique colombienne. Le prix à payer pour ce traitement représentait une véritable fortune, tous avaient mis la main à la poche pour sauver le grand-père, cette dépense considérable représentait environ l'équivalent de 1600 frs pour 10 échantillons de venin de scorpion bleu qui prolongeraient la vie de quelques années et auxquels il fallait ajouter le prix du voyage de la jeune fille, à Cuba et le logement pour trois jours dans une famille cubaine. Le grand-père devrait ensuite mettre cinq gouttes du venin sacré par jour sous la langue, garder quelques minutes le précieux liquide et l'avaler courageusement et cela durant un an et demi.
- Et pourquoi vous a-t-on choisi vous pour ce voyage et pas quelqu'un d'autre? Demandé-je à brûle-   pourpoint, la voyant si menue et si inexpérimentée, n'y connaissant rien aux voyages.
- Parce que j'étais la seule à posséder un passeport dans ma famille, señora. Il y a un an, j'avais projeté de me rendre en Allemagne y apprendre la langue mais le visa m'a été refusé. Maintenant, je suis à l'université, à la faculté des sciences pour devenir laborantine en chimie, me dit-elle en souriant.
Elle repartait le jour même, le soir, ce qui lui laissait encore le temps de voir l'océan. Arrivées à la plage, je l'ai vue s'ébahir devant l'étendue bleue, nous avons loué un parasol pour deux et pris nos chaises longues côte à côte. Elle me demanda de la prendre en photos pour montrer les clichés à ses parents. Elle éclaboussait l'eau de ses mains joyeuses riant aux éclats et criait "La olas", les vagues. Ô mon dieu que l'eau est salée disait-elle en riant. Mais pourquoi y at-il des différences de couleurs dans la mer? S'interrogeait-elle.
A mon tour, il me paraissait redécouvrir la mer et je la regardais avec les yeux du premier jour, à travers ce nouveau contact de Andrea avec le Pacifique. Cette petite jeune fille frêle avait fini par m'émouvoir et je me prêtai volontiers à toutes ces demandes de prises de vue. Dans l'eau, sur le sable, dans les vagues, de dos. Puis avant de quitter la plage, de son index, elle écrivit sur le sable "A ma famille que j'aime" et elle prit une dernière photo. Elle m'offrit pour me remercier de l'avoir accompagnée,  du maïs grillé, puis une mangue découpée par des mains expertes sur la plage.
De retour à la Havane,  elle m'accompagna à l'hôtel pour accéder à la wifi depuis le patio, je lui offris mes cartes de navigation pour internet pour qu'elle puisse confirmer son vol retour du soir et prévenir ses parents.
Je l'entendis heureuse, leur dire, j'ai les médicaments! Tout va bien! Et entendre des exclamations joyeuses à l'autre bout, avec des remerciements à tous les saints. 
Puis nous bûmes un mojito à la santé de l'abuelo!

              Longue vie au grand-père soigné au venin de scorpion bleu.

 

Articles 

Quand le scorpion pique le cancer

http://www.courrierinternational.com/article/2013/05/30/q...

http://world-docphytoplus.com/venin-de-scorpionneurologie...

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03/07/2017

Les chants de la mémoire

images.jpgUne belle histoire qui vient de m'être contée et tout à l'honneur du travail de Oliver Sachs et sa recherche neurologique sur la musicothérapie et les bienfaits de la musique sur les personnes atteintes d'Alzheimer.

La maman de * Akane est gravement atteinte de la maladie de  Alzheimer au point de ne plus se souvenir de ses enfants. Elle vit à Kyoto, elle quitte souvent la maison et s'égare, elle prend le taxi pour retourner sur les lieux de son enfance à des milliers de kilomètres de là, dans un autre pays où elle vivait alors quand elle était petite. Souvent, il faut se rendre au poste de police pour déclarer sa disparition et cela plusieurs fois par mois. Au Japon, on est très gêné de devoir faire appel aux forces de l'ordre parce c'est un aveu d'échec sur l'étroite surveillance qui aurait dû être faite. Mais plus encore, cette vieille dame âgée de 93 ans, fait nouveau, se met à fredonner des airs, jour et nuit. Ses deux fils épuisés décident de l'envoyer dans une maison spécialisée pour personnes âgées atteintes de ce mal si répandu, au Japon.
Mais voilà non seulement elle chante, mais ses chansons lui rappellent le temps où elle était enseignante et en entrant dans le home, elle croit être revenue à ses classes d'antan où elle enseignait,  à l'école primaire. Chaque jour, elle réunit sa classe de personnes âgées et les fait répéter  en pensant que ce sont ses jeunes élèves d'autrefois. Tous en chœur, ils chantent, heureux de trouver quelqu'un qui se souvient de si vieux refrains oubliés de tous.
La vieille dame prend aussi le personnel soignant pour ses élèves et les traite comme tels. Elle a transformé son home en classe d'école où tous chantent tous les jours. Et maintenant, c'est du bonheur qui se lit sur le visage de la dame, elle se sent tellement heureuse, elle se sent revivre. Toute sa mémoire sur sa période d'enseignement revient à la surface et émerge de ce chaos d'une mémoire devenue si friable et cela grâce aux chants et elle se voit renaître depuis.
Sa mémoire fracassée est revenue sur une période de sa vie de manière claire et précise quand tout le reste s'est effacé. Même ses enfants sont devenus ses élèves.
Et c'est une femme devenue heureuse que ses enfants découvrent aujourd'hui quand bien même si parfois elle ne sait plus qui ils sont précisément.

 

Alive inside – Vivants à l'intérieur, un documentaire à ne pas manquer sur le travail de Oliver Sachs.
https://www.youtube.com/watch?v=IaB5Egej0TQ


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