06/05/2017

Les Réverbères de la mémoire (4) – Roland Godel

Unknown-1.jpegSur les traces de la mémoire arménienne en attendant les Réverbères de la mémoire au Parc Trembley, nous nous laissons éclairer par la lumière des écrivains qui continuent à cultiver cette mémoire sans cesse menacée par le déni et l’indifférence.

Après Koumrouyan Harry, voici un autre Genevois, Roland Godel et son roman « Dans les Yeux d’Anouch».  Un roman qui se lit d’une traite, qu’on ne lâche plus et qui a reçu le prix Gulli du Roman Jeunesse en 2015 ; une œuvre écrite pour les jeunes lecteurs et qui s’adresse en réalité à tous.

Planent dans l’œuvre, les souvenirs de la grand-maman Méliné Papazian qui habitait au cinquième étage, cette magnifique « Amy » solaire a marqué l’enfance de l’auteur par « ses plats orientaux qu’elle cuisinait avec amour pour toute sa famille, et par son rire qui lui faisait monter les larmes aux yeux » . Le petit-fils parviendra à la persuader d’écrire, et de témoigner en fait de ce qu’elle a vécu lors de sa propre déportation et celle de sa famille.

De ses petits feuillets couverts de sa petite écriture nerveuse foisonnant de détails et précis, naîtra le matériau brut du roman.

La rafle de 1915 nous revient racontée sous un angle toujours nouveau ; cette année qui verra les cinq sixièmes de la population arménienne éliminés et reconnue comme le premier génocide du XXème siècle. Dans les yeux d’Anouch, c’est le futur des gens qu’elle regarde, apparaissent tantôt un feu d’artifice de belles images , un lac doré, des fleurs, tantôt des formes étranges et menaçantes, des corps, éparpillés sur un immense terrain, dénudés. Au-delà d’une histoire d’amour naissant entre deux adolescents sur fond de tragédie, c’est le récit insupportable de la déportation arménienne et des proches que l’on voit mourir sous ses yeux, abattus, affamés, épuisés.

Et si Anouch devait continuer à regarder dans les yeux de Turquie, qu’y verrait-elle ? Sombre présage, sans doute, un pays rampant, dans l'impossibilité de se construire sur l’amoncellement des cadavres arméniens ignorés. Voir dans les yeux de ce pays, l’ombre immense d’un génocide, poids dans l’inconscient collectif et qui rend toute dynamique saine au-dessus de ses forces, tant cette énergie est concentrée à enfouir le passé et le contenir de toutes parts. 

A notre tour de protéger cette mémoire et de s’assurer de ne point sombrer dans une indifférence traîtresse. Se souvenir pour ne jamais plus oublier et ne plus oublier pour ne pas recommencer la barbarie.

En attendant, on voit des pétitions et des recours naître contre l’installation de neuf réverbères, œuvre de Mélik Ohanian, au Parc Trembley, à Genève et de se demander avec surprise et surtout effroi, quels sont les enjeux de ce qui pèse dans la balance ? D’une part, la mémoire arménienne et le génocide de plus d’un million d’Arméniens et d’autre part, le confort de quelques riverains qui craignent entre autres griefs,  la disparition d’un bout de gazon.

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Né à Genève, Roland Godel a grandi auprès de plusieurs univers de langues et de cultures - de l'Allemagne à l'Arménie, en passant par la Suisse et, plus tard, la Grèce.

Il a durant 16 ans exercé la profession de journaliste, puis il est passé de l'autre côté du miroir en devenant chargé de communication pour l'Etat de Genève. Un changement de cap où il s’est mis à écrire pour la jeunesse.

Roland Godel- Dans les yeux d’Anouche- Gallimard Jeunesse 2015- 208 pages

 

Prochain auteur - Franz Werfel - les 40 jours du Musa Dagh

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Commentaires

Quel est le lien de parenté entre Roland Godel et Armand Godel, maître de latin au Collège de Genève et auteur d'un manuel écrit avec son collègue Stéhlé (plus tard directeur du même Collège, plus tard professeur de latin à l'Université de Genève et auteur d'une thèse sur de Saussure?
Son fils ou un de ses fils a également enseigné au Collège de Genève et jouit d'une réputation enviable comme poète genevois.

Écrit par : Mère-Grand | 06/05/2017

Sans trop vouloir m'avancer, je crois que Armen Godel était son père et Vahé , l'oncle de l'auteur je vais demander à l'auteur d'infirmer ou de confirmer.

"Mon grand-père était latiniste et linguiste. Mon père est professeur et poète.»

Écrit par : djemâa | 06/05/2017

Merci de votre réponse. Je donne quelque peu dans la mélancolie des souvenirs et du temps qui passe. J'ai commencé à apprendre le latin dans le manuel cité, j'ai suivi quelques cours de latin à l'Université avec le Professeur et j'ai assisté à sa soutenance de thèse. Le poète, lui, a été un de mes collègues.
C'est pourquoi le nom de Godel m'est si familier et chacune de ses apparition dans ma presse me rappelle quelque chose.

Écrit par : Mère-Grand | 06/05/2017

Mère-Grand, l'auteur a donc répondu à votre question :
"Le professeur et linguiste, auteur du manuel de latin qu’ont étudié des générations de Genevois, était mon grand-père, Robert Godel, celui-là même qui a rencontré et épousé ma grand-mère, Méliné Papazian.
Le poète Vahé Godel est mon père, et le comédien Armen Godel est mon oncle. "

Écrit par : djemâa | 08/05/2017

@ djemâa
Merci de vos précisions. Je suis ravi de la vitalité de cette famille.

Écrit par : Mère-Grand | 08/05/2017

Ne peut on pas trouver quelque chose de plus probant pour ce peuple digne et magnifique?

Écrit par : dominique degoumois | 15/05/2017

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