18/03/2017

La pêche

images.jpegEn Roumanie, à Timisoara, une grand-mère reçoit par un bel après-midi son petit-fils, la prunelle de ses yeux, un enfant choyé, unique, enfin, celui qui raconte.

La large cour intérieure, méditerranéenne, tranquille et ensoleillée, est circonscrite de plusieurs maisonnettes fatiguées par le passage du temps et des saisons, collées l’une à l’autre. Ici et là, quelques maigres carrés de légumes et fleurs. Seul au milieu, un petit pêcher.

L’enfant, quant il ne court pas partout quand il ne fouille pas les anciens coffres de jeunesse de son père, écoute les récits de sa petite grand-mère. Comment le grand-père, haut fonctionnaire, un homme d’une intégrité absolue, bien que préfet de préfets, n’ait jamais cherché posséder plus qu’il ne fallait pour vivre. Comme de coutume dans cette culture des Balkans, il aurait pu profiter de sa situation privilégiée pour amasser biens et fortune. Peu importe qu’on n’ait rien aujourd’hui. La famille est une longue lignée de gens honnêtes et traditionalistes, peu matérialistes, l’honneur et la moralité dans l’âme et dans le principe. La dignité est ce qu’on a de plus précieux.

Tandis qu’il écoute attentivement les récits de cet héritage de dignité, l’enfant admire de loin, l’unique pêche hâtive, si tentante sur le jeune arbre du milieu de la cour ; elle semble lui faire de l’œil. Sa grand-mère ne peut pas manquer d’observer qu’il meurt d’envie de manger cette pêche. Mais il comprend, c’est la pêche d’un voisin.

Le soir, à table, le fruit de la tentation est soudainement là, devant lui. La grand-mère, dépose l’objet tant désiré sur une petite assiette blanche; une pêche tendre, douce, juteuse, d’un beau rouge orangé.

Une voix forte résonne dehors dans la cour, d’un homme fâché: Qui a pris ma pêche ? Les voisins sortent de chez eux voir de quoi il en retourne. Grand Maman aussi. L’enfant l’entend dire qu’elle n’a rien vu.

Quand la vieille femme revient, la pêche est toujours là, énorme, belle, un sacrifice sur sa petite assiette. Il la prend et la mange, religieusement, avec enthousiasme, avec délice, avec respect, jusqu’au noyau.

Il n’a jamais mangé une pêche aussi chèrement payée, de sa vie.

 

Merci à Ioan de nous avoir offert cette magnifique histoire comme le plus beau fruit du monde.

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Commentaires

Chère Djemâa, tu es trop modeste, c'est ton écriture, la mémoire seulement est mienne.
Salut!

Écrit par : Ioan Tenner | 18/03/2017

Si seulement vous pouviez changer Balkans par Carpates ce serait plus géogrphiquement correct.

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu© | 19/03/2017

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