12/01/2017

La démonétisation en Inde : entre cris et larmes

Unknown-1.jpegBombay- Le chauffeur de taxi peste contre ce maudit Modi, il baisse sa vitre et crache très fort en un raclement de gorge puissant pour marquer son dégoût, sa colère et sa rage. « Il va tous nous tuer ce Modi, plus d’argent, plus de salaire, un Président qui tue son peuple ! »- Quelques minutes plus tard, il crache à nouveau devant le monument imposant de la Banque Centrale de l’Inde, là où la presse à billets a de la peine à livrer les nouveaux billets de 500 et 2000 roupies, parce qu’elle n’arrive pas à suivre se retrouvant rapidement à sec et devant laquelle manifestent les mécontents.

Le retrait des billets de 500 et 1000 a provoqué un véritable raz-de-marée, ces billets représentaient le 86% de l’argent liquide en circulation dans un pays où le 80% des transactions sont effectuées en espèce, une façon d’identifier l’argent sale, et l’argent non déclaré et les faux billets. « Une bonne idée, mais une mauvaise gestion» selon un banquier avec qui je discute : « on va tous souffrir, mais c’est un mal pour un bien. Notre Président est courageux, à long terme, nous serons gagnants avec une économie plus saine. »

Les Indiens de l’étranger avaient eux aussi, un délai pour ramener les coupures en voie de disparition, au préalable il fallait les annoncer à la douane et payer le fisc.

Mais résultat des courses, la période de transition qui dure déjà plus de 60 jours, n’a pas anticipé toutes les difficultés. Les gens sont restés des heures à attendre devant les banques pour ramener les anciens billets, la presse a même mentionné le cas de personnes qui seraient mortes à attendre pendant parfois plusieurs heures. En investiguant, j'entends les Indiens s’esclaffer:   « La presse exagère toujours, ces gens-là, ils seraient morts même en restant chez eux ! ». Les plus malins ont engagé des gens pour faire la queue à leur place, ils suffisaient ensuite de les appeler, leur tour venu. Par contre, l’information n’a pas été comprise par tous, et certains croyant que leur argent n’avait plus aucune valeur se sont suicidés comme le cas d’une fermière de 55 ans.

Pour les touristes, c'est aussi la douche froide, comme tout le monde, on le comprend aussitôt arrivés à l'aéroport, on ne peut pas retirer ou changer plus de 2000 roupies par jour, l’équivalent de 33 frcs. J’ai croisé un couple d' Australiens qui s'est retrouvé  le bec dans l’eau avec leurs trois enfants et la mère du mari, pris de court. Ils ont fait appel à des amis en Inde pour les aider.

Mais plus grave, les salaires ne peuvent être encore versés fragilisant les plus faibles. Pour exemple, des tribus de la réserve naturelle du Wayanad au Kerala qui vivent exclusivement de ventes de produits récoltés dans la forêt comme des plantes médicinales ou comme les « Black Stone-flower , un lichen appelé localement Kalpasam (en latin parmotrema perlatum) et qui pousse sur les arbres et les pierre, utilisé comme épice pour agrémenter les plats . A 300 roupies le kilo, ces tribus récoltent pour plus de 60000 roupies d’herbes et d’épices au quotidien. Les sociétés elles, ne pouvant retirer que 24'000 roupies par jour ne peuvent plus payer ces cueilleurs ou alors que pour des quantités moindres.

Coup de folie ou coup de génie ?

Lutte contre la corruption sans doute efficace, mais un ralentissement économique est perceptible, des détracteurs de Narendra Modi l’ont accusé d’un « saccage organisé de l’économie indienne ».

En attendant chacun se débrouille comme il peut, comme nous ne pouvons que retirer 2000 roupies par jour et que le nouveau billet rose est devenu le cauchemar de tous, car plus personne n’arrive à rendre la monnaie, on fait tous preuve de créativité en trouvant des arrangements du style dans un resto : «  ne me rends pas la monnaie, je reviens manger chez toi du « rice and dal » demain  et les autres jours ! » 

Il faut reconnaître à Modi le courage de sa décision, les gens dans l’ensemble comprennent le sens de la mesure et patientent entre cris et larmes mais toujours dans la douleur, en réalité c’est la gabegie !

 

UNE CHANSON SUR LA DEMONETISATION


 

Je vous propose tout au long du mois de janvier une chronique indienne, un travelogue sur plusieurs billets. Bon début d'année à  vous tous !

 

16:10 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Quand un indien apporte ces billets, ces économies, 50% de la somme est taxée et 25% est bloquée sur 4ans, sur un compte bancaire. d’apres la video suivante : https://www.youtube.com/watch?v=ztjygw8sbjI (à 1h28)
C’est le pire holdup d’un peuple jamais réalisé dans l’histoire moderne.
Qui a surement du entrainer une famine pour des milliers d’entre eux.

Écrit par : darkcity | 11/02/2017

Les commentaires sont fermés.