27/11/2016

Chronique d’une passion

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Le destin de certaines personnes vous laissent béats d’admiration et aussitôt de se demander de quelle trempe faut-il être fait pour se hisser au-dessus de tout : les épreuves, les défis, la barrière de la langue, et surtout être capable à Genève de venir de Colombie et proposer des montres aux horlogers suisses, il fallait soit avoir du génie, soit être fou.

Alvaro Moya-Plata, nous démontrera qu’il faut beaucoup de génie et un brin de folie.

Né dans la cordillère des Andes, à Zapatoca, d’une fratrie de 24 enfants et pénultième, Alvaro s’est très vite distingué par une force de caractère particulière. Enfant de paysans, il accompagnait son père vendre fruits et légumes au village, son père lui demanda alors, un jour, de ramener les mulets, l’enfant savait déjà qu’il n’y a pas plus têtu qu’une mule. Il refuse ! Son père le menace, l’enfant décide pour échapper à la sentence paternelle de s’enfuir.

Alvaro a scellé son destin. Petits boulots, cireur de chaussures jusqu’à ce qu’on lui vole sa boîte de cirage tandis qu’il dort à poings fermés, vendeur de cigarettes, de tickets de loterie. Homme à tout faire d’une vieille dame étrange, vendeur, livreur après avoir passé son permis en trichant un tout petit peu sur l’âge. Survie oblige ! Il voyage et découvre le pays de long en large et surtout voir la mer, pour cet enfant né dans les montagnes.

Désireux de se rendre aux Etats-Unis, il part à pied et se prépare à marcher , marcher sans crainte, droit devant lui avec ses compagnons de voyage, rencontrés au fur et à mesure des périples, traverser les jungles, les déserts. La police lui met la main dessus, il accomplira 33 jours de prison au Mexique et la main d’un ange lui offre un billet retour pour la Colombie.

Il reprend les jobs, mais il a grandi entretemps, chauffeur-livreur, il rencontre un Colombien qui lui propose de travailler pour lui comme garde dans une mine d’émeraudes. Les pierres non achetées par les propriétaires peuvent être revendues au personnel. Il en accumule une petite quantité, économise, et pour un autre vendeur d’émeraudes, il commence à venir à Genève essayer de les vendre.

Coup de foudre, la ville l’enchante, tout est propre, tout est tranquille, les gens si avenants, si polis. Il s’installe à Genève, - les ressortissants colombiens pouvaient venir alors en Suisse sans visa - il reprend les petits boulots, ménage, livreur, chauffeur-livreur pour une grand compagnie horlogère, au fur et à mesure des aller-retour Genève-Le Sentier, il tisse des liens, reconnaît le travail des artisans. Un sertisseur lui propose de lui enseigner le métier.

Emballé, il se lève à l’aube et fait le trajet Genève-Le Sentier pour rentrer à 19 heures, tous les jours, sans salaire. Celle qui est devenue sa femme en 1993, rencontrée dans le bus 3, et avec qui il a une petite fille,   se désespère, comment faire sans argent ? Alvaro multiplie les pièces, au-delà de 20, le sertisseur le payera, il en réalise 40, 60, 80. On le reconnaît doué, d’une habileté extraordinaire, il apprend les différentes techniques.

Puis engagé chez Piaget comme sertisseur, après 3 ans chez eux, il part dans la charrette des licenciés. Qu’à cela ne tienne ! Il se lance à son compte, en 2008, il crée sa bijouterie avec un atelier de sertissage à l’arrière : Moya, à la rue Kléberg. Son réseau il l’a déjà, tous les artisans du Sentier à qui il livrait des pièces autrefois et qui le connaissent bien et surtout qui lui font confiance.

Deux ans plus tard, il lance sa propre montre le Cundur – qui signifie le condor en langue quechua. Sa carrière d’horloger est lancée couronnée d’un savoir-faire exceptionnel dans le sertissage de cadrans de montres.

Assis en face de moi dans son atelier qui ne cesse de s’agrandir par l'arrivée de nouveaux établis et installé à Meyrin, créateur d’emplois aussi, il ne peut s’empêcher de sourire, avec ses yeux constamment rieurs. Des mèches rebelles noires dansent tandis qu’il parle, seules ses mains sont impassibles, on voit qu’il a entièrement appris à les maîtriser. Tout bouge en lui, sauf elles, on croirait des prêtresses dignes et fières qui laissent leur maître s’amuser un peu avant de se remettre sérieusement à la tâche. Ses doigts habiles qui sertissent, patiemment, tout le métier est là. Pour savoir vraiment qui est Alvaro Moya-Plata, il faut regarder ses mains et vous aurez tout compris, ce sont elles qui sont maîtresses de son destin. Elles, mais aussi, le rêve, la passion, ne jamais renoncer à ses projets quoiqu’en disent les autres. Et surtout, comme il le prouve, ne pas avoir peur de travailler, et beaucoup travailler, sans relâche.

Et il part d’un dernier éclat de rire «  Il faut du courage pour créer une montre en Suisse, et oser la vendre à des Suisses quand on est d’origine colombienne, plus, il faut avoir des couilles ! »

Et la crise de l’horlogerie, elle vous fait peur ? Et en souriant de répondre : » à chaque crise, j’ai eu moins de travail et donc avais plus de temps pour concevoir des modèles. Il ne faut pas avoir peur des crises, elles nous permettent de nous remettre en question et de faire encore mieux. »

 

Et à lui de conclure en citant Coco Chanel : «  La beauté commence avec la décision d’être soi-même » et plus vrai, plus nature et authentique que Alvaro Moya-Plata, ce serait difficile.

Mais aussi une grande reconnaissance à la Suisse de m'avoir permis d'être qui je suis aujourd'hui. 

La suite dans la vidéo complète de l’interview, à venir, produite par Djemâa Chraïti et réalisée par Andrey Art.

 

 

 Photo Andrey Art

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

Beau parcours, bel exemple. Et bien raconté.
Merci Djemâa.

Écrit par : hommelibre | 27/11/2016

Bravo!!! Il faut beaucoup de courage et de savoir faire pour arriver là!!! Un parcours dans la vie pas facile, je suis en admiration devant une personne comme Alvaro; faire son chemin dans le monde de l'horlogerie en Suisse ce n'est pas évident.
Encore une fois BRAVO et que la force soit avec toi

Écrit par : Guazzoni | 28/11/2016

Bravo Alvaro très fière de toi
Ca fait plaisir de voir un collègue devenir un génie de l'horlogerie continue commeca ces formidables
FIÈRE DE TOI
ZÁRA

Écrit par : Zára | 28/11/2016

Un grand homme, j'ai la chance de le connaître et en marge de son parcours extraordinaire c'est un grand homme généreux et fidèle.
Bravo et à tout bientot

Écrit par : Franck | 29/11/2016

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