28/09/2016

« 52 años de soledad »

the-gap-second040.jpgUn titre qui ne sera pas sans vous rappeler celui de l’écrivain colombien Gabriel García Márquez, « 100 ans de solitude."

Ces 52 ans sont celles de l’histoire d’une résistance, la plus longue du monde, menée par les FARC en Amérique latine.

Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’écris ces lignes. Je me souviens avoir, en décembre 2012, à Cuba, avec un groupe de réalisateurs,  dessiné les portraits de plus de 20 compañeros installés à la Havane pour travailler , jour et nuit, à une issue pacifique du plus vieux conflit du monde et qui se réalise, enfin.

Des interviews en série, dont les questions très simples et sans juger  interrogeaient les guérilleros, pour tenter de comprendre, comment on pouvait tout  abandonner; ses parents, ses enfants, son travail, sa maison, sa carrière pour embrasser la résistance.

Un choix irréversible de renoncement, tout laisser derrière soi, et,  être prêt à prendre les armes et se battre jusqu'à la mort, pour un changement social sans lequel l'existence n'a plus de sens. 

Autant de portraits émouvants, avec  parfois des larmes, de longs silences imprégnés de souvenirs insupportables de proches, de parents, d’enfants, de voisins, d’amis torturés.

La paix vient d’être signée, aucun d’eux ne verra jamais plus son nom inscrit sur la « liste des terroristes ». C’est une page nouvelle qui se tourne, une page blanche sur laquelle une main encore maladroite et émue  inscrira ce qui  a sans doute été le mot au bout duquel s’est accroché leur destin : « liberté ».

Ce sont des hommes et des femmes de tous âges que j’ai croisés à Cuba, chacun des témoignages imprégné de pudeur, me laissait un goût de cendre dans la bouche.

Ne fallait-il pas être amoureux de la justice ou avoir vécu une injustice insupportable pour accepter de survivre dans des conditions de guérilla incroyablement difficiles, dans la solitude de la jungle, isolés de tous, traités comme des parias, à risquer sa peau à chaque instant ?  Combien d’entre eux n’ont pu enterrer leurs parents, leurs enfants, leurs amis, cachés à l’ombre d’une résistance sans fin, sans pouvoir , une seule fois,  imaginer réintégrer une société qui n’offrait plus, à leurs yeux, des conditions de vie décente. Des combats qui à leurs yeux valaient une existence entière ; la terre des paysans expropriés, la justice, la liberté, l’égalité.

Aujourd’hui, ils ont accepté de redevenir des citoyens à part entière après de longues négociations, ils ont choisi la paix et sur cette nouvelle page, choisi d'écrire en lettres d’or, ces mots, ces mots si chéris, ces mots si âprement défendus, ces mots qui méritaient qu'on y laissât sa vie :   « Liberté et Justice ».

Bon vent compañeros ! Le temps nous dira si vos sacrifices auront été à la hauteur de vos attentes et si la paix tant désirée  offrira ses promesses.

Ces témoignages deviendront, un jour, un documentaire historique et comme moi, vous ne pourrez rester indifférents à ces trajectoires de vie.

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Commentaires

il me semble que à certains intéresse l'état tel qu'il est, peut être pour pouvoir continuer à justifier la présence de l’armée soi-disant pour la sécurité des gens alors que c'est évident que la corruption guide ces choix là ..le business de la drogue vaut plus que les vies des gens semblerait en Colombie..
Pour une Colombie libre de l’impérialisme et de la corruption de la drogue..

bises

luzia

Écrit par : luzia | 23/10/2016

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