11/09/2016

Carnet de Mongolie- Devenir chamane et se souvenir

IMG_0008.JPGLes chamanes ne se transmettent pas leur pouvoir d’une génération à l’autre, c’est une prédisposition que l’on peut identifier très tôt chez quelqu’un qui démontre un grand respect pour la vie sous toutes ses formes, se sent très concerné par les autres, d'une  sensibilité extrême, il prête une oreille attentive, tend la main a qui en a besoin,  ressent les choses et les pressent. Dans chaque famille, on pourrait en identifier un, l'entourage familial, le reconnaît d'abord et confirme sa sagesse et son esprit d'abnégation.

On ne devient pas chamane pour se faire du bien, mais avant tout pour faire du bien aux autres et leur être entièrement dévoué et leur consacrer sa vie. Le chamane appelé renonce en général à son travail et à sa vie normale pour se dévouer entièrement aux vivants et aux esprits qui eux aussi sont différemment vivants. 

Mais une coquille vide ne peut se targuer d'être en lien avec ses racines du ciel. Celui qui n’est plus connecté avec les esprits de sa lignée n’arrivera pas à communiquer avec les esprits supposés devenir ses guides. L'initiation implique que chaque jour et cela durant trois ans, sous la houlette d’un bon professeur-chamane, l'apprenti-chamane découvre les rituels et durant cinq ans, il doit  aussi faire des offrandes aux montagnes, l'un des rituels les plus importants du chamanisme.  Or, si le  sujet n’est pas bon et le professeur peu attentif, le résultat peut s'avérer désastreux, la personne risque d’être atteinte psychiquement et devenir malade.  Les chamanes insistent sur la nécessité d’être en phase avec son environnement et très équilibré. Pour éviter cela, le chamane surveille les neufs couleurs de l’aura de son élève et s’assure qu’aucun d’entre eux ne soit affecté.

Ces esprits sont en réalité des personnes qui vivaient autrefois, souvent loin dans le passé et leur présence amène à s'interroger sur celles qui ne sont pas devenues esprits;  les âmes errantes qui n’ont pas trouvé le repos éternel et qui peuvent rester des années sans se transformer, égarer, perdues entre deux mondes, les vivants et les esprits. Morts violentes, génocides, suicides, les chamanes pensent que les vivants peuvent véritablement aider les morts à partir en paix et les aider à devenir esprits éternels. Sinon ces âmes fantomatiques divaguent et peuplent notre inconscient collectif d'une étrange présence et empêchent notre propre développement.  Dans la conception universelle chamanique, elles deviennent nos orphelines, à nous tous, nous en sommes tous responsables.  Nous tous sommes dans cet élan vital et commun  universel concernés par ces fantômes qui nous hantent, nous et notre mémoire débile. 

Les abandonner ? Ou les accompagner pour que ce passage sacré se réalise et les libère définitivement pour nous revenir sous l'aspect  de cet esprit entièrement apaisé ? Que choisit-on : un travail collectif de mémoire et de recueillement ou un lâche oubli qui relègue les fantômes aux oubliettes de notre lâcheté et de notre opportunisme ? Pour exemple, on refuse les "Réverbères  de la mémoire" car on croit parvenir par  l'oubli et la négligence à effacer les crimes du génocide arménien, on courbe l'échine par opportunisme, il en est de même pour tous les génocides délaissés. 

Cette vision chamanique induit une autre réflexion : qu'advient-il de ces âmes livrées au déni et à l'enfouissement des consciences, qu’en est-il de ces âmes troublées qui errent sans fin ? Pourquoi doivent-elles et comment peuvent-elles encore supporter l’oubli et le silence des vivants ?

L’histoire doit garder allumés ses « Réverbères de la mémoire » pour ne pas oublier ses morts et leur donner une chance de continuer leur route vers l’infini. Puissent nos âmes boire à la source claire de nos consciences.  Vous pouvez y croire, ou ne pas y croire, vous intéresser ou pas à cette dimension spirituelle comme celle que nous propose le chamanisme, mais comme pour le pari de Pascal, on peut sans risque conclure qu’on n’y gagne plus à croire qu’à douter.  Que risque-t-on à réveiller le chamane qui sommeille en chacun de nous ? Sauver nos âmes et nos consciences et se souvenir de notre lien profond  à la puissance de l'invisible. 

 

FIN DU CARNET DE VOYAGE MONGOL 

 

JE VOUS INVITE DANS LA GRANDE YOURTE

LE DIMANCHE 18 SEPTEMBRE DE 14H à 18H

JARDINS DE LOËX

Présentation de mon dernier-né "Rêveries chamanes"

illustré par Gloria Antezana

et discussions autour du chamanisme et de notre rapport à l'invisible

Ambiance conviviale/entrée libre/

Merci à l'association Mamajah de nous accueillir au coeur des jardins biologiques de son éco-entreprise solidaire.

 

http://www.mamajah.org

Flyers_mama-01.jpg

IMG_9998.JPG

 

08:18 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

Commentaires

C'est beau. Mais pour moi le travail de mémoire est individuel, non collectif, tout comme la capacité à être chamane. S'il est collectif, c'est parce qu'il est représenté par une association. Mais cela ne peut pas se mélanger au pouvoir politique.

Pour le reste, les chamanes tels que vous les décrivez ont des conceptions que j'approuve entièrement. Cela dit la relation au gourou qui surveille est peut-être problématique en Occident, et remplacée par la surveillance de soi-même, par la pensée claire.

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/09/2016

Quelle magnifique musique! Écoutez-la, laissez les pensées voler libres...J'espère qu'il en aura au vernissage des Rêveries Chamanes, le 18 septembre!

Quant à la surveillance de soi-même par la pensée claire, rationaliste - que je respecte sur mérite - je doute fort qu'elle offre la même chose que les rituels faits pour faire vivre une élévation spirituelle, se sentir liés à nos ancêtres et nos enfants, vivre le sentiment d'être unis à notre univers, donner volontairement un sens, une sacralité à la vie, à notre vie.

@ Rémi Mogenet: vous entamez une belle discussion qui vaut vraiment la peine d'être approfondie, merci.
IT

Écrit par : Ioan Tenner | 11/09/2016

Merci !

Écrit par : Pierre Jenni | 17/09/2016

Les commentaires sont fermés.