03/09/2016

"Doux comme le petit Jésus en culotte de velours"

IMG_1186.JPGPartie en week-end à Morteau pour un anniversaire, nous logeons avec des amis dans un petit hôtel qui donne sur une très belle vue, surtout à l’aube, quand la plaine se recouvre d’embruns fantomatiques.

Une gentille dame fait le service du matin, la coupe au carré, un visage plein et radieux, travailleuse acharnée, au contact rugueux et direct,  au franc-parler incisif. Toute guillerette, elle  vous apporte les oeufs pondus du jour du poulailler d'à côté,  après avoir couru chez elle,  cherché  les coquetiers, et raconté qu’elle ferait mille kilomètres pour manger des yaourts au mocca Silivri.  Lorsqu’elle n’y résiste plus, n'ayant ni voiture ni permis de conduire, la charmante dame va jusqu'à  monter dans un train et effectue le trajet, Morteau-La Chaux-de-Fonds, assure son plein de yaourts et s’en retourne chez elle s’en mettre plein la panse. Ah ! ces yaourts au mocca « plus doux que le petit Jésus en culotte de velours ! »,  termine-t-elle en soupirant,  au souvenir de cette douceur, fermant les yeux pour revoir en imagination ces petits trésors de gourmandise. 

 

 

Unknown-1.jpegAbsolument ravie par l’expression, j’arrête de jouer de la guimbarde et tends une oreille attentive, tandis qu’elle s’adresse à mes amis. L’un d’entre eux, dans un élan de générosité,  lui propose de lui en faire ramener, le jour-même, par d’autres personnes qui doivent venir de Genève. Ni une ni deux, un sms part pour une commande de dix gobelets mocca!

On nous les livre le soir au lieu de la fête, puis nous les ramenons à l’hôtel, tard dans la nuit.  Le matin, très tôt, j'entends quelques coups contre ma porte, toujours annonciateurs de quelque drame. On m’apprend que l’amie bienveillante s’est cassé la cheville. Allongée dans son lit, la jambe effectivement enflée, elle explique avoir voulu déposer les yaourts sur le balcon, avoir raté la marche et être finalement tombée en un fracas épouvantable.

L’ambulance arrive,  à peine quatre minutes après l’avoir appelée. Nous voilà partis pour les urgences du Centre hospitalier de Pontarlier, à patienter  dans la salle d’attente. Fort heureusement  nous avons eu la présence d'esprit et le  temps de donner les yaourts mocca à la gouvernante qui aurait été aux anges sans l’incident et qui depuis nous a appelés pour demander des nouvelles. Réponse: six semaines de plâtre. 

Assise depuis quatre heures, à voir défiler, les insolations, les accidents à vélo, les crises de calculs rénaux, je sors, reprends ma guimbarde et imagine le « petit Jésus en culotte de velours » remonter péniblement en escalade le long d’une gorge noyée dans une rivière de  mocca avec une jambe dans le plâtre. 

La voiture transformée en ambulance tous sièges couchés, je roule au pas, direction Genève, supportant les cris de la blessée, à chaque nid-de-poule, à chaque gendarme couché, à chaque virage, en laissant trotter dans ma tête rêveuse comme une ritournelle : "doux comme le petit Jésus en culotte de velours!doux comme le petit Jésus en culotte de velours!"

Quelle magnifique expression souvent utilisée pour l’excellence d’un vin !

Autre délicieuse expression :

 « Vous allez me goûter ça […] C'est un nectar, c'est un velours... Le Bon Dieu en culotte de soie ! ". Il  n’y a qu’un peuple de gourmands capables de sortir de si belles formules.

 

UN GRAND MERCI A CYNTHIA ALTHAUS - CORRECTRICE STAGIAIRE

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Commentaires

Très jolie histoire dont quelque conteur aurait peut-être tiré une morale?
Elle est aussi bien sans.

Ce qui ne lui enlève rien d’interprétations possibles à lui donner.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 03/09/2016

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