19/07/2016

Papeterie d'art, de l'art pour plaire

IMG_9494[1].jpgRéaliser son rêve est un moment magique, lorsqu'entre ses mains,  on tient enfin l'ouvrage écrit, corrigé, accompagné d'illustrations, imprimé sur du papier fabrication artisanale et l'objet d'art est là dans toute sa  force et sa splendeur.  

A Pérouges, ancien village de tisserands de chanvre, aux ruelles médiévales pavées, passage obligé des marchands, autrefois,  qui naviguaient entre  Lyon et Genève, je suis venue donner un coup de pouce, pour aider à relier "Rêveries chamanes" mon dernier-né, avec cette  maladresse déconcertante qui me caractérise.  Le chas de l'aiguille n'a jamais été aussi minuscule et le file aussi gros, puis passer le fil de coton entre les pages et nouer le nœud au milieu du livre exige une certaine dextérité, je songe qu'il est plus facile de versifier.

Dans cet atelier tout de pierre et de bois, dont les presses datent elles aussi du Moyen-Âge, les gestes ancestraux se perpétuent;  triage, délissage de tissus, chiffons broyés dans des piles hollandaises puis placés dans des cuves; vieux instruments récupérés en Europe auprès de particuliers  et qui ne se fabriquent naturellement plus. Une odeur particulière embaume dans l'atelier, tissu et colle mélangés, pour éviter l'effet buvard, le papie est encollé, le tamis laisse passer le jus et retient la pâte homogène, amas blanc encore humide qui séché deviendra une feuille aux bords à barbe, dentelées et dont l'aspect brut rehausse le côté fabrication artisanale.

IMG_9587[1].jpgLe couple Pasdeloup , Bruno un jeune trentenaire et son épouse Laurence , ont décidé de se lancer dans la papeterie artisanale. Pari réussi, ils en vivent et se réjouissent d'avoir suivi leur passion et leur envie, il fallait oser se mettre à leur compte et choisir un métier d'art pour lequel, ils ne sont plus que dix en France. Leur atelier  ne désemplit pas, des curieux, des touristes, - le village médiévale en recense plus de 300'000 par an - , mais avant tout, les Pasdeloup insistent,  ça doit rester une entreprise artisanale qui honore ses mandats.  Bravo aux jeunes entrepreneurs !

Artistes, écrivains, peintres font appel à la papeterie d'art où les feuilles fabriquées à la main, une par une, en chanvre et en lin et qui délicatement suspendues par des pincettes en bois, mettront entre un jour et une semaine en hiver à sécher, redonnant au temps ce goût de la chose bien faite, car l'éloge de la lenteur s'applique merveilleusement à l'art qui s'en nourrit abondamment.

IMG_9536[1].jpgQuant à moi, loin des impressions par centaines, loin de l'anonymat du livre solitaire derrière une vitrine, loin du bruit effrayant des Salons du Livre , je réalise un tirage d'une cinquantaine d'œuvres que j'offre au compte-goutte, mais déjà des commandes affluent annonciatrices du  second tirage sans doute numéroté de 1 à 100.

Les écrivains redeviennent eux aussi des artisans que les éditeurs ont fini par épuiser, que la mise en vitrine attristent, que les séances de lecture dans les librairies sur fond de bruit agacent   et qui incitent à s'interroger mais pour qui et pourquoi écrire ? Pour La plus grande masse possible ? Pour un maximum de lecteurs ? Pour La plus grande visibilité? Pour la caisse enregistreuse ?

 

Quant à moi, je préfère la proximité, être en lien avec ceux qui tiennent votre livre entre les mains et qui avancent prudemment pour oser, après moult hésitations, oser, enfin, vous poser une question qui les taraude depuis longtemps  et avoir le temps d'y réfléchir et peut-être même de pouvoir y répondre :

C'est sans doute pour cela que l'on écrit, pour être étroitement  en lien avec les autres  

 

Rendez-vous le 18 septembre de 10h à 18h

Jardins de Loëx dans une yourte traditionnelle

Présentation de Rêveries chamanes et rencontre avec l'illustratrice Gloria Antezana,

 Les papetiers seront aussi invités à présenter leur travail

Mais encore , au menu , impressions de voyage et mes rencontres avec les chamanes de Mongolie

 

 

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Crédit photos Julia Chraïti-Martin 

18:30 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

14/07/2016

Amilcar Cabral - Lettres à Maria Helena

1038933.jpgIl y a quelques jours, je reçus un email  écrit en portugais m'invitant à une conférence intitulée " Cartas de Amílcar Cabral a Maria Helena ." En lisant le nom du grand indépendantiste africain,  une boîte aux souvenirs s'ouvrit et dont tous les fantômes ressurgirent; Aimé Césaire, Franz Fanon, Lumumba, Sankara, Cheikh Anta Diop, Kwamé N'Krumah. Pêle-mêle des visages, des luttes, des visions d'une Afrique libre et indépendante, des écrits remarquable; souvenirs d'une  belle énergie libératrice courant sur l'Afrique pareille à un lion puissant.

En 2016, que reste-t-il de tous ces combats ? Comment s'est transformé ce terreau de résistance ? A quoi ressemble,  de nos jours,  la poursuite de la lutte pour assurer la vraie indépendance africaine qui a pris la forme étrange de continuation d'une colonisation mais  cette fois entièrement économique;  hydre aux formes multiples, incessantes métamorphoses de la bête immonde qui sous ses aspects les plus inattendus et les plus cyniques peut afficher jusque de la condescendance, dans un souci de coopération et de développement…., par esprit de solidarité internationale, … pour des droits démocratiques. Le monstre polyforme ne cesse de se glisser sous le corps africain, néanmoins, il continue à le dévorer de l'intérieur sans bruit, il l'aspire goulûment dans un silence nécrophile.

L'ingénieur- agronome cap-verdien, né en 1924 à Bafata en Guinée portugaise,  renommée Guinée Bissau, hérault et héros de l'indépendance, leader du parti africain de l'indépendance de Guinée et Cap Vert (PAIGC)  fit ses études à Lisbonne d'agronomie,   jusqu'en 1952 et mena bataille ensuite auprès des paysans africains en vue de leur mobilisation, il parvint aussi de  faire en sorte que les ethnies jusque-là ennemies firent alliance pour un combat commun; la lutte pour la liberté.
Lisbonne devait absolument faire taire cet indépendandiste, surnommé le "Che" – qu'il rencontrera du reste avec Fidel Castro - et dont l'influence grandissante menaçait ses intérêts coloniaux en Guinée Bissau et au Cap Vert. Dans une tentative avortée d'épauler "son frère portugais" en renversant Sékou Touré et en capturant Cabral, alors en Europe de l'Est, les Français ratent leur cible lors de" l'Opération Mer verte" en novembre 1970   et pilonnent, dans la nuit, la maison du voisin de Cabral , touchant ses trois filles dont une aura la tête détachée par l'obus. Mission lamentablement ratée ! Les services de renseignement étaient déjà mal renseignés.

Il rencontrera sa première épouse Maria Helena de Athayde Vilhena Rodrigues, lors de ses études à l’Institut d’Agronomie du Portugal. Une longue correspondance s'ensuivra et qui montre la longue carrière d'un homme engagé, ses hésitations, ses pensées les plus profondes et les plus intimes. L'autre face d'un homme.  Une amie, à Dakar,  se souvient d'avoir rencontré chez elle, cousin de sa mère cap-verdienne, en la personne d'Amilcar Cabral, un  homme doux et si cultivé.

Mais que lui dirait-on, aujourd'hui, à cet homme assassiné devant chez lui, le 20 janvier 1973, à Conakry ? Que le mouvement d'indépendance n'a pas terminé son travail et que le pire ennemi vient de l'intérieur; une vraie gangrène, c'est la corruption à tous les échelons qui livre le pays tout entier à ses ennemis et sans résistance.

Le visage hideux de l'ennemi, Cabral, et qui menace l'Afrique encore plus dangereusement:   LA CORRUPTION !

Le lion africain est mort, vive le lion !

 

22 juillet à 18h

Université Uni-Mail

Sala MR 280

Boulevard du Pont d'Arve 40

 

Avec Lettres de Amilcar Cabral a Maria Helena, est également prévu le lancement du livre Sans limites du poète Filinto Elisio par l'Association culturelle Luso-suisse Laços et Rosa de Porcelana.

Pour les francophones, un petit effort, on écoutera en Portugais le tout et on demandera à son voisin de traduire ce qui se dit. Le responsable de l'association lusophone m'a garanti que tout le monde se comprendra, car tous feront un effort.

 

 

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08:33 Publié dans Associations, Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

10/07/2016

Bains des Pâquis, des Portugais, des Brésiliens, moi et Marguerite

IMG_0747.JPG7h30 - Panama sur la tête, l'oeuvre de Marguerite Yourcenar sous le bras "L'oeuvre au noir", serviette de bain sur l'autre, d'un pas nonchalant et serein je me dirige vers les  Bains des Pâquis m'enivrer du spectacle qu'offre la baie et profiter d'un plongeon matinal au milieu des canards qui barbotent dans cette eau fraîche et limpide. 

Or, c'est un tout autre spectacle qui s'offre à moi. Deux bandes rangées, Portugal contre Brésil, un fan zone improvisée, encore bourrée, sous l'effet d'un mauvais vin et d'un mauvais rhum. Une brésilienne au short noir trop court dont les chairs abondantes légèrement flétries débordent généreusement, les cheveux frisés teints, fausse blonde oxygénée et bouteille à la main, insulte de sa voix rauque des matins qui déchantent, un Portugais. Celui-ci lui répond en portugais du Portugal et ils s'incendient mutuellement.  Puis, le jeune homme menace de frapper. Les groupes se forment, on s'attend à ce que ça dégénère en bataille généralisée. Les gardiens les retiennent. Puis la femme parvient à courir comme une folle vers l'homme pour lui fracasser sa bouteille sur la tête. Lui menace. Le mari de la femme au teint  blanc translucide qui montre que lui carbure encore à autre chose que de l'alcool, avec sa voix pâteuse essaie d'intervenir tant bien que mal et légèrement au ralenti. 

IMG_0743.JPGJ'hésite à m'asseoir car dans ce tohu-bohu, mieux vaut plutôt être prête à courir. Discrètement, je prends quelques photos, une jeune femme ivre fonce sur moi et me menace de son index, à deux doigts de me frapper.  Je me plains de ne pouvoir lire mon livre tranquillement et n'ayant jamais eu de télévision et ne m'intéressant pas spécialement au foot, face à l'hystérie de la Brésilienne et du Portugais qui atteint son paroxysme, je me renseigne naïvement: il y a un match prévu Brésil-Portugal ? Pas du tout me rétorque-t-on, c'est France-Portugal.  La Brésilienne aurait  dit au Portugais, que la France allait gagner et que les Portugais étaient trop nuls et qu'ils allaient perdre forcément .  Le sang de l'autre n'a fait qu'un tour, il se mit alors  à vociférer et  menacer de la frapper, elle et ses amis.

Hamid l'homme en charge de l'entretien et qui nettoie au jet les lieux, les arrose abondamment pour essayer de leur rafraîchir la tête ébouillantée par les degrés éthyliques. Les spectateurs de cette scène singulière s'esclaffent.  Un gardien qui travaille aux Bains des Pâquis depuis 25 ans, se plaint qu'en moins d'un an, c'est devenu pire que jamais, il n'avait jamais vu ça auparavant.  Mais il faut le reconnaître, les gardiens ont bien fait leur job évitant le pire des débordements et le scénario d'un remake d'un West Side story, quand les bandes s'affrontent dans les rues. 

 

 

IMG_0759.JPGLa police finit par débarquer et tente de comprendre pour autant qu'il y ait quelque chose à comprendre tant les bagarreurs semblent tous encore sous l'effet de l'alcool. La main d'un des policiers enserre le bras d'un des protagonistes et le tire tranquillement vers la sortie des Bains. A moins d'un mètre, j'ai senti l'étau calme et résolu annonciateur de fin de bataille. La Brésilienne d'une voix criarde et haute, encore sous l'effet de l'excitation, essaie en portugais de leur expliquer ce qui s'est passé, toujours la bouteille à la main, quasiment vide et dont il ne reste qu'un misérable fond.

Agacée , mon bouquin à la main, j'interpelle le responsable des lieux qui m'explique "Mais, Madame, il faut s'ouvrir au monde!"- Au secours Marguerite, si ça c'est le monde ! Littérature contre football, je m'interroge et "Si le football rendait con?" 

Tout est redevenu calme- en moins de 5 minutes- l'intervention des forces de l'ordre a calmé les esprits surchauffés par une nuit trop longue. 

 

Enfin, je plonge la tête dans mon bouquin : "Excuse-moi Marguerite pour le retard, c'est le bruit et la fureur du monde, tu le sais mieux que moi; les gens bêtes aiment le bruit, et,  les sages le silence ": 

"Dans le ciel les signes de la fin du temps. Mais la couleur rouge à l'occident pâlissait; un crépuscule de plus tournait au gris, puis au noir, et les démolisseurs fatigués redescendaient à l'intérieur de leurs taudis, pour se coucher et dormir."

 

 

 

 

 

 

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06/07/2016

Câlins made in China


IMG_0669.JPGHier, sur la plaine de Plainpalais, côté rondeau,  un groupe de cyclistes chinois attire l'attention. Devant eux, un jeune homme blond, genre baroudeur, s'exprime dans leur langue. Je m'approche, d'un naturel très curieux,  et demande ce qui se passe. Vladimir, notre traducteur improvisé, me dit qu'il s'agit de Chinois originaires de la région de Pékin qui font un tour à vélo en Europe et que voilà maintenant 45 jours qu'ils voyagent.

Enthousiaste, je me mêle à la conversation et pose des questions. Ils réalisent, un tour en Europe en brandissant un drapeau "Free Hug" "Câlin gratuit". Cinq retraités chinois hilares qui découvrent le monde. Toutefois, pour trois d'entre eux,  le vélo a été volé. Je demande : "A Genève?" - comme un seul homme, ils secouent la tête rapidement en s'indignant semblant dire qu'en Suisse, ce genre de chose est impossible à envisager, que ce ne serait qu'injustice d'accuser ce si bon pays qu'ils paraissent tenir en haute estime. Ils seraient étonnés de savoir que Genève n'est pas plus épargnée.

 

 

IMG_0667.JPGEn mimant le fait qu'ils dormaient, une des femmes exagère la triste mine pour montrer qu'elle désapprouve, un d'eux insiste que c'était un  "Huey-hen" en Italie, en montrant son bras pour désigner que c'était une personne de couleur, soudain, devant nous passe un jeune d'homme d'origine africaine et il le désigne, en faisant de grands bruits.  Nous tous observons le jeune qui passe, le pauvre se demande pourquoi une vingtaine d'yeux sont posés sur lui. Vladimir qui a téléchargé un dictionnaire français-chinois sur son portable cherche le mot pour dire que c'est raciste et que ce n'est pas bien de s'exprimer ainsi.  Une autre dame chinoise renchérit et fait remarquer qu'on ne peut pas parler comme ça, ici, en Europe.  J'ai en mémoire la dernière pub chinoise raciste qui a fait le tour du monde sur une marque de lessive. La rencontre des peuples est aussi un apprentissage. 

L'agitation passée, on leur demande quel était leur métier. Vladimir comprend "Réparateurs", je les observe les yeux écarquillés en songeant à ce qu'auraient-ils pu tous ensemble réparer. Le traducteur se ravise en cherchant dans son dictionnaire - Ah! Non! Désolé, ça veut dire fonctionnaires.

 

 

IMG_0676.JPGIls sont invités à tous loger chez un compatriote qui vit au Bouchet et qui en riant dit que ça coûte cher à nourrir tout ce monde.  Ils repartent en nous saluant et en applaudissant Vladimir, le traducteur, qui a appris le chinois à l'Université de Genève et qui a vécu un an en Chine.

Finalement, j'ai appris trop tard qu'ils proposaient un "free hug", je ne les ai pas vus brandir leur petit drapeau du "câlin gratuit", j'aurai trouvé cela amusant.

Ils saluent en agitant rapidement la main tout le petit groupe qui s'est formé autour d'eux. Ceux dont le vélo a été subtilisé et qui comme souvenir d'avoir été , un jour cyclistes, n'ont plus que le casque sur la tête, continueront en train.  

Une rencontre au hasard d'une balade, emplie d'une admiration pour ces retraités qui découvrent le monde et qui en apprennent l'usage. 

Et si à notre tour, nous partions faire un tour à vélo en Chine en proposant un "Free hug" ?  - Quelle merveilleuse aventure, je devrai tester en Mongolie lors de mes prochaines vacances.  

 

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