10/07/2016

Bains des Pâquis, des Portugais, des Brésiliens, moi et Marguerite

IMG_0747.JPG7h30 - Panama sur la tête, l'oeuvre de Marguerite Yourcenar sous le bras "L'oeuvre au noir", serviette de bain sur l'autre, d'un pas nonchalant et serein je me dirige vers les  Bains des Pâquis m'enivrer du spectacle qu'offre la baie et profiter d'un plongeon matinal au milieu des canards qui barbotent dans cette eau fraîche et limpide. 

Or, c'est un tout autre spectacle qui s'offre à moi. Deux bandes rangées, Portugal contre Brésil, un fan zone improvisée, encore bourrée, sous l'effet d'un mauvais vin et d'un mauvais rhum. Une brésilienne au short noir trop court dont les chairs abondantes légèrement flétries débordent généreusement, les cheveux frisés teints, fausse blonde oxygénée et bouteille à la main, insulte de sa voix rauque des matins qui déchantent, un Portugais. Celui-ci lui répond en portugais du Portugal et ils s'incendient mutuellement.  Puis, le jeune homme menace de frapper. Les groupes se forment, on s'attend à ce que ça dégénère en bataille généralisée. Les gardiens les retiennent. Puis la femme parvient à courir comme une folle vers l'homme pour lui fracasser sa bouteille sur la tête. Lui menace. Le mari de la femme au teint  blanc translucide qui montre que lui carbure encore à autre chose que de l'alcool, avec sa voix pâteuse essaie d'intervenir tant bien que mal et légèrement au ralenti. 

IMG_0743.JPGJ'hésite à m'asseoir car dans ce tohu-bohu, mieux vaut plutôt être prête à courir. Discrètement, je prends quelques photos, une jeune femme ivre fonce sur moi et me menace de son index, à deux doigts de me frapper.  Je me plains de ne pouvoir lire mon livre tranquillement et n'ayant jamais eu de télévision et ne m'intéressant pas spécialement au foot, face à l'hystérie de la Brésilienne et du Portugais qui atteint son paroxysme, je me renseigne naïvement: il y a un match prévu Brésil-Portugal ? Pas du tout me rétorque-t-on, c'est France-Portugal.  La Brésilienne aurait  dit au Portugais, que la France allait gagner et que les Portugais étaient trop nuls et qu'ils allaient perdre forcément .  Le sang de l'autre n'a fait qu'un tour, il se mit alors  à vociférer et  menacer de la frapper, elle et ses amis.

Hamid l'homme en charge de l'entretien et qui nettoie au jet les lieux, les arrose abondamment pour essayer de leur rafraîchir la tête ébouillantée par les degrés éthyliques. Les spectateurs de cette scène singulière s'esclaffent.  Un gardien qui travaille aux Bains des Pâquis depuis 25 ans, se plaint qu'en moins d'un an, c'est devenu pire que jamais, il n'avait jamais vu ça auparavant.  Mais il faut le reconnaître, les gardiens ont bien fait leur job évitant le pire des débordements et le scénario d'un remake d'un West Side story, quand les bandes s'affrontent dans les rues. 

 

 

IMG_0759.JPGLa police finit par débarquer et tente de comprendre pour autant qu'il y ait quelque chose à comprendre tant les bagarreurs semblent tous encore sous l'effet de l'alcool. La main d'un des policiers enserre le bras d'un des protagonistes et le tire tranquillement vers la sortie des Bains. A moins d'un mètre, j'ai senti l'étau calme et résolu annonciateur de fin de bataille. La Brésilienne d'une voix criarde et haute, encore sous l'effet de l'excitation, essaie en portugais de leur expliquer ce qui s'est passé, toujours la bouteille à la main, quasiment vide et dont il ne reste qu'un misérable fond.

Agacée , mon bouquin à la main, j'interpelle le responsable des lieux qui m'explique "Mais, Madame, il faut s'ouvrir au monde!"- Au secours Marguerite, si ça c'est le monde ! Littérature contre football, je m'interroge et "Si le football rendait con?" 

Tout est redevenu calme- en moins de 5 minutes- l'intervention des forces de l'ordre a calmé les esprits surchauffés par une nuit trop longue. 

 

Enfin, je plonge la tête dans mon bouquin : "Excuse-moi Marguerite pour le retard, c'est le bruit et la fureur du monde, tu le sais mieux que moi; les gens bêtes aiment le bruit, et,  les sages le silence ": 

"Dans le ciel les signes de la fin du temps. Mais la couleur rouge à l'occident pâlissait; un crépuscule de plus tournait au gris, puis au noir, et les démolisseurs fatigués redescendaient à l'intérieur de leurs taudis, pour se coucher et dormir."

 

 

 

 

 

 

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