25/03/2016

Le tendre rêve de Charlotte

images.jpegChampel 13h – Une jeune femme aggripée à la poussette de son enfant, scrute la route, elle est à l’arrêt de bus, les traits crispés. Grande, mince, avec une queue de cheval brune et épaisse plantée au milieu du crâne,  les pommettes saillantes et les yeux légèrement en amande laissent penser qu’elle pourrait venir d’ailleurs. Son bébé, à peine âgé de deux mois, aux tendres joues roses , dort, les poings fermés posés délicatement sur la petite couverture brune qui l’enveloppe chaudement.

Le ciel est bleu, les nuages jouent à attrape-moi, ils filent les uns derrière les autres.   Une voiture de police municipale s’arrête en un crissement de freins sec, un homme en sort prestement et se dirige vers la jeune femme, puis 2 minutes après, une voiture de police, 3 policiers rejoignent le petit groupe composé de la maman, d’une amie qui l’a rejointe prestement entretemps et qui fera office de traductrice;  la jeune maman vient d’un pays de l’Est. La femme se met à expliquer qu’en instance de divorce, son ex-époux l’a suivie après être resté posté 2 heures devant sa maison, il l’a menacée d’enlever leur enfant, a cassé une vitre chez sa tante, la harcèle par téléphone, la surveille jour et nuit.

Son débit est rapide et saccadé, l'amie traductrice intervient parfois bien que finalement la jeune femme parle plutôt bien le français, mais sous le coup de l’émotion et de la peur, les mots lui manquent.

Pendant ce temps, entourée de tous ces uniformes, la petite Charlotte , continue à dormir, un souffle régulier, ses paupières plus fines que de la soie tressaillent. 

La maman égrène sa misère :

- Il m’a envoyé des vidéos menaçantes en disant que j’allais repartir chez moi sans ma Charlotte et que je crève là-bas ! 

Charlotte comme si elle avait compris qu’on parlait d’elle, met son minuscule pouce dans son adorable petite bouche aux lèvres vermeilles.

- J’ai très peur, il me menace, jour et nuit.

 Un sourire d’ange se dessine sur les lèvres de l’enfant, les paupières clignent subrepticement. L'innocente dort à poings fermés sans se douter de la présence de toutes ces têtes qui s’agitent autour d’elle. Puis elle ouvre les yeux et observe longuement le ciel bleu et les nuages qui filent à toute allure et semble interroger la vie :  un carrousel géant ? La vie, une fête magnifique  ?

Quant à moi, je me suis cachée derrière les paupières de l’enfant, incognito, à voir défiler les rêves magiques d’un nouveau-né chargés de futur et de joie de vivre.

 

09:48 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Superbe texte, Djemâa!

Amitiés

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 28/03/2016

Merci pour ce récit plein d'émotions, de tendresse.

Écrit par : colette | 28/03/2016

Les commentaires sont fermés.