05/03/2016

La nuance des mots…une palette de couleurs

Unknown-1.jpegLes Inuits ont cinquante mots pour parler de la neige;  leur neige à eux semble inépuisable tant elle recèle de nuances. Neige pour boire l’eau, neige tassée et fondue, neige fondante, première neige d’automne, neige fraîche et boueuse, brique de neige pour faire un igloo, neige fondue et transformée en cristaux, banc de neige par un vent du nord, neige pour glisser le traîneau, pellicule de neige fine sur un trou de pêche, neige tombant en spirale.

Mais encore toutes ces neiges qui tombent dans un vocabulaire précis et détaillé  offrant un paysage de blanc et pourtant tout de contrastes. Entre qanik, qanittak, ou sitilluqaaq, la neige est toujours présente mais toujours finement désignée. Il est vrai qu’entre couche de glace épaisse et fine, la différence sous vos pieds vous la sentirez immédiatement, une différence linguistique qui risque de vous être fatale. La nuance chez les Inuits doit tenir probablement à l’instinct de survie. Les Ecossais, eux,  les surpassent largement avec 421 mots pour caractériser cette neige.

Quant à la nuance de blanc, les Inuits sont aussi imbattables , on recense une dizaine de mots pour décrire la variété de blancs.

Pour passer du coq à l’âne, on se dit que la langue française est relativement pauvre entre aimer la confiture, aimer faire du ski et aimer quelqu’un, pas de distinction, ni de nuance.

En réfléchissant au vocabulaire inuit, ça donne envie de nuances et on se met à inventer des mots pour donner plus de sens, plus de précision à notre vocabulaire :

Amourglu – un amoureux transi, parfois collant

Astramour – amour platonique

Banamour- amour banal

Barbamour- amour ennuyeux, barbant

Barjamour- amour fou, à devenir barje

Castramour- amour castrateur

Catamour – amour catastrophique

Cithamare - amour de la musique

Clinquamare – amour superficiel, clinquant

Fatramare- amour désordonné

Fritamour- amour violent

Guichamour- amour aguicheur

Sagramor- un amour chagrin qui fait souffrir

………………………… …………………………

Le langage détermine-t-il la pensée ? Un langage plus riche et plus  subtil, nourrit-il une pensée plus complexe ? Le manque de vocabulaire et de nuances appauvrit-il la pensée ? L’empêche-t-il d’évoluer ? Quoiqu’il en soit, continuons à jouer avec notre palette de couleurs et n’hésitons pas à inventer des mots pour préciser une pensée et s’ils n’existent pas qu’importe, palette infinie pour une pensée tout aussi infinie, inventons-les.

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Commentaires

Vous avez raison de mettre l'accent sur ces lexiques relevant de la pertinence reconnue par une communauté linguistique à la qualité quelconque d'un objet, Djemâa.

Les relations entre pensée et langue ont inspiré diverses approches et autres théories.
Charles Bally, disciple de Ferdinand de Saussure et éditeur de son fameux Cours de Linguistique Générale, a consacré plusieurs études à cette vie du langage que vous mettez en évidence aussi.

Il a, entre autre montré l'importance de l'affectivité dans la langue et le besoin des locuteurs de la plier à leurs besoins.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 05/03/2016

Très bon article ! A Genève on trouve dans une galerie des objets fabriqués par les Inuits, de vraies petites merveilles pour qui veut offrir cadeau
Quand aux mots nouveaux certes on peut s'en créer on avait bien le javanais mais de là à les imposer à d'autres il ne faut pas oublier de respecter les gens qui préférent continuer de vivre avec leur propre langage
Les Inuits comme les Indiens d'Amazonie savent cultiver le respect envers tous ceux qui vont chez eux et ne pratiquent pas ce que certains chez nous recherchent de plus en plus c'est à dire, formater ,conditionner ou recycler l'autre pour qu'il se plie à des mœurs arrivées d'ailleurs et qui sont contraire à son propre raisonnement ,la pensée Unique ne peut convenir à la biodiversité humaine que nous représentons tous

Écrit par : lovejoie | 06/03/2016

Les commentaires sont fermés.