16/01/2016

Triste börek

epibrek.jpgCe matin,  en regardant par la fenêtre,  la plaine enneigée qui s’étend sous mes yeux, j’attends une amie kurde,  elle était si désespérée de la situation en Turquie et si déprimée que dans un élan de solidarité, je l’ai invitée à passer le week-end chez moi.

Elle m’a proposée de préparer des börek, et moi de l’assister. Je  ne sais comment elle s’est arrangée, de retour récemment de Turquie,  pour traverser toutes les douanes sous haute surveillance avec 10 kg de feuilles à börek.

En observant les arbres habillés de blanc, j’attends de pied ferme, les nouvelles des Kurdes de Turquie. J’imagine mon amie arriver avec ses deux paquets, lourdes cernes sous les yeux,  chargée comme un portefaix, la tristesse pesant autant sur son âme, une démarche lente, les épaules légèrement voûtées, allégorie vivante de la situation des Kurdes sous le régime Erdogan.

Un oiseau  de proie tournoie au-dessus des montagnes glacées.   J’imagine ses mains qui travailleront rapidement avec rage,  pas besoin de sel, ses larmes suffiront, tandis qu’elle me décrira dans le menu détail ce que les Kurdes subissent en Turquie,  elle écrasera les épinards et le fromage émietté,  le tout  ne formant plus qu’un amas difforme.  Dans l’effritement de la feuille légère produisant un  bruit  ténu d’émiettement, elle me résumera la situation d’un  peuple éclaté , d’un revers de main, on ramassera les miettes éparses .

Dans le ciel gris tournoie la buse au-dessus de la rivière gelée,  puis elle plonge en se laissant tomber sur sa proie.

 

 

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