11/01/2016

"Ces putains qui marchent dans la rue"

I8B.jpgUne stagiaire d'une ONG me racontait lors de son stage en Ethiopie, dans la petite ville de Mekele que lorsqu'elle marchait seule dans la rue, c'est-à-dire non accompagnée d'un mari, on la traitait de putain. Les enfants tentaient de soulever sa jupe longue  en riant et les adultes naturellement laissaient dire les insultes lorsqu'ils n'y participaient pas  eux-mêmes. Pour les habitants de cette petite ville du nord du pays, seules les putains ou les mendiantes déambulent non accompagnées dans la rue. Une femme considérée comme  bien reste chez elle, invisible au regard des inconnus, cachée derrière de hauts murs.

Une autre fonctionnaire d'une ONG me disait, encore sous le choc,  il y a plusieurs années de cela, que deux Américaines qui faisaient de l'auto-stop en short en Afghanistan ont été emmenées par des Talibans  et violées pendant une semaine, une est rentrée morte sur une civière,  le corps affreusement mutilé et l'autre folle et muette,  à tout jamais enfermée dans un silence qui ne trouvait plus ses mots pour décrire l'horreur subie.

Puis plus proche, il y a eu les évènements récents en Allemagne, la violence, les viols, les insultes, tout ce que les femmes connaissent déjà bien et pas seulement en Allemagne. Lorsque vous conduisez, même en Suisse, à n'importe quel moment on vous lance "salope" ou "connasse" pour un rien, il a suffi d'une fausse manœuvre, d'une distraction légère. Violence verbale, violence physique, le lot de trop nombreuses femmes partout dans le monde. Femmes dont le corps est devenu un terrain de guerre, un enjeu de pouvoir, de soumission et d'humiliation.

Alors que dire ? Que répéter sans relâche? Que marteler encore ? Que l'on cesse d'institutionnaliser le corps des femmes, il n'est ni le lieu de la morale, ni le lieu d'une sacralisation exacerbée, il n'est pas non plus cet objet à vendre que l'on véhicule nu sur de grandes affiches, ni cet objet qu'on couvre et cache comme la chose possédée par un propriétaire jaloux. Qu'on laisse les femmes se réapproprier leur corps et qu'elles en disposent comme bon leur semble, il lui appartient entièrement et en aucun cas ne peut devenir un lieu de culte. 

Le vocabulaire même doit être revu lorsqu'il s'agit de l'habillement des femmes qui les rendent : avec du sex-appeal qui signifie littéralement qui "appelle du sexe", séductrices, provocatrices, tentatrices. Lieux de tous les fantasmes projetés.

Qu'on laisse les femmes se vêtir et se promener de jour ou de nuit dans le vêtement qui leur plaît et que l'on cesse de les  considérer comme des putes et des salopes dont le salaire et les postes à responsabilité ne sont pas encore égaux à celui des hommes même dans les pays dits les plus civilisés en 2016.

La seule chose à enseigner à des hommes et à ceux qui les élèvent, c'est-à-dire des femmes aussi , consiste à rappeler que nous tous méritons du respect et s'unir à l'universel "ne fais pas à autrui, ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse." Ces hommes et ces femmes sont issus de sociétés violentes où on attend des hommes qu'ils démontrent leur force virile, voire bestiale, eux-mêmes sont pris au piège de cette même violence  non seulement qu'ils ont subie mais qu'ils perpétuent de façon aveugle. Apprenons à vivre ensemble en toute fraternité, c'est une éducation entière à revoir et il faut continuer à tout prix à éduquer les uns et les autres au respect.

Que les auteurs de violences soient sévèrement punis ! Ici et ailleurs comme en Inde.

Zéro impunité pour la violence à l'égard des femmes, zéro impunité à l'égard des fillettes et garçonnets  abusés.

C'est moins un combat homme femme qu'un combat contre la violence

 Stop à la violence sur les femmes

Stop à la violence sur les hommes

Stop à la violence sur les enfants 

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Commentaires

"il y a plusieurs années de cela, que deux Américaines qui faisaient de l'auto-stop en short en Afghanistan"
O n ne m’enlèvera pas de la tête qu'il faut être complétement cinglée pour faire du stop en short en Afghanistan quand on est une jeune femme. En 2006-2007, j'ai croisé sur la route de l'Espoir en Mauritanie juste avant Kaédi une femme blanche, jeune, vêtue traditionnellement avec les cheveux couverts, qui marchait sur la route. je me suis arrêté pour lui demander d'où elle venait, ce qu'elle faisait. C'était une jeune "Peace corps" américaine...
Quelques mois plus tard, une voiture s'arrêtait sur cette route à hauteur de cinq Français qui pique-niquaient. Le type a sorti sa kalach et les abattus.
Mais qui sont donc ces gens qui envoient des jeunes dans de telles conditions ? Le temps du folklore des "volontaires du progrès" français - par ailleurs très riche en anecdotes très drôles*...- est révolu depuis longtemps...

* La meilleure et ma préférée, très connue, est celle de ce jeune en fin de mission à Ansongo (sauf erreur. C'est près de Gao au Mali). Il décide qu'il ne va pas partir comme ça bêtement. IL traverse le Sahara pour retourner chez lui en France avec la Pigeot bâchée de service. Il arrive à Paris, au siège, et rend tranquillement les clés de la voiture en remerciant. Le directeur, complétement ahuri, va trouver le coordinateur du Mali et lui demande s'il a des nouvelles de son volontaire à Ansongo. "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles."
Il paraît qu'il s'est fait virer...

Écrit par : Géo | 12/01/2016

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