11/01/2016

Le Paradis des artistes

image.jpgNew-Delhi - Depuis mon passage, le nom de la villa est passé de Villa 33 à Villa 33, « Artist's Paradise». Je suis un peu gênée d’avoir notamment influencé ce changement, il s’avère que lorsque j’avais choisi cette chambre à New-Delhi, j’avais  demandé d’avoir une table de travail et une lampe. Cette demande toute naturelle en soi a provoqué un séisme, les propriétaires ont donc réaménagé la chambre en conséquence et l’ont appelée la "chambre des écrivains" ; une chose en amenant une autre, ils ont tout simplement décidé que les six  autres chambres qu'ils louent, sept autres restent privées ,  dorénavant ne seraient consacrées qu’à des artistes et écrivains. 

Il est vrai que les propriétaires sont eux-mêmes de grands voyageurs, ils ont passé, entre autres voyages en Europe,  un mois à Montreux et parlent avec enthousiasme de la Suisse avec une petite réserve sur la fondue indigeste, à leur goût. L’idée de mettre à disposition des chambres leur permet de recevoir des voyageurs et d’étendre cette idée du voyage et rappeler que le voyage n’est pas qu’une déambulation des corps dans un  espace géographique donné, mais il a pour but surtout de créer du changement à l’intérieur de soi et de modifier nos propres frontières intérieures.  Recevoir un étranger c’est encore voyager , dans la culture et les traditions de l’autre. Le voyage et ses voyageurs sont des portes ouvertes sur le monde.

Donc, forte de cette nouvelle idée, toute la famille portée sur le mécénat, se consulte et pense que leur maison est idéale pour devenir une maison d’artistes. Tout en buvant mon chai au petit-déjeûner, je suggère en marchant sur des œufs, que la première chose à faire, ne voyant aucun livre,  serait de constituer une bibliothèque avec les plus grands écrivains indiens traduits en français et en anglais. Comme piqué par un aiguillon, Anil  le co-propriétaire saute sur sa chaise et jure que la prochaine fois que je viendrais,  une partie du rez-de-chaussée sera transformé en bibliothèque.

Pour ma part, je réfléchis et me demande combien d’auteurs indiens j’ai lus dans ma vie. Pas plus de dix, parmi eux, le plus grand, à mes yeux, Rabindranath Tagore ; je partage cette réflexion avec mes  hôtes et leur  suggère d’inviter des auteurs indiens dans leur maison et d’organiser des rencontres avec les voyageurs de passage. Dans un élan créatif, ils proposent aussitôt de mettre à disposition leur ferme située à l’extérieur de New-Delhi pour des ateliers d’écriture et permettre aux écrivains-voyageurs, aux peintres et aux cinéastes  de disposer d’un lieu calme et d’un grand espace.

 Tonee, le deuxième co-propriétaire qui s’est reconverti dans le cinéma après la création de mode me parle de son prochain scénario , une histoire d’amour et ses trois protagonistes : un jeune prêtre à gauche du Gange, au milieu le Gange, et de l’autre côté du fleuve, la tentation sublime, une prostituée qui doit être vendue dans les trois mois. Je reste bouche bée, à l'écoute de ce scénario légèrement "soap movie"  et imagine la fin possible, le Gange avale la prostituée et le prêtre et les purifie aussitôt; un amour sacrificiel noyé dans le Gange, « un fleuve qui macule toutes les âmes » selon Voltaire.

Et pour conclure, dans ce beau projet, on pourrait aussi proposer de diviser la bibliothèque en deux parties, une partie indienne et une partie internationale. Pour ma part, j’ai proposé que chaque voyageur laisse au moins une ou deux de ses oeuvres et au minimum trois ouvrages de ce qu’il considère comme les plus grands écrivains de son pays, et sur cette lancée, je proposerai, Ramuz, Ella Maillart  et le Suisse mal-aimé, d’expression française et anglaise, John Knittel , auteur de Via Mala. Pour la Tunisie, je la représenterai par l'auteur franco-tunisien, Albert Memmi, le plus grand penseur tunisien contemporain. Les écrivains sont les enfants du monde. 

 

Quelques noms et titres de la littérature indienne  contemporaine:

Shashi Deshpande – La nuit retient ses fantômes

Amitav Ghosh - Les Feux de Bengale/Le pays des marées

Kamala Markandaya – Le riz et la mousson

Anita Nair – Compartiment pour dames

Vikram Seth - Un garçon convenable

Arundhati Roy- Le Dieu des petits riens

Shashi Tharoor - Le Grand Roman indien 

Salman Rushdie - Les versets sataniques

Akhil Sharma- Un père obéissant

Upamanyu Chatterjee – Les après-midi d’un fonctionnaire très déjanté (satirique et drôle)

Hari Kunzru- L’illusionniste

Jhumpa Lahiri – L’interprète des maladies (très beau et émouvant)

Rohinton Mistry – L’équilibre du monde

 

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