21/12/2015

« Nous prenons la rue, car la rue ne veut pas de nous »

images.jpegLa culture devient le parent pauvre, mais un parent pauvre  dont on ne sait plus que faire avec ses mauvaises manières,  son bruit et sa fureur.  On a vu en quelques années disparaître les squatts où se développait une scène alternative rayonnant bien au-delà des frontières genevoises. Des immeubles, aujourd’hui,  transformés en bureaux encore en partie vides , aux façades plus grises que le visage émacié d’un mort rachitique.

La vie s’en est allée de ces façades où on pouvait lire de la poésie sur des banderoles claquant au vent, accrochées à la va-comme-je-te-pousse.  On passait devant, on lisait rapidement, puis parfois même on se posait des questions sur le sens. 

Puis  ce fut au tour de l’Usine  de tendre la main à tout va, pour ramasser quelques miettes qu’on a bien voulu lui octroyer après force négociation. 

Une colère qui a débordé et qui ne justifie pas de tels dégâts, mais une colère dont les racines profondes se sont ancrées dans un terreau où  l’injustice et le désintérêt  flirtent avec l’indécence. Une colère  qui s’est répandue comme un cri dans le fracas des vitrines, une rage qui s’est muée en grosses lettres jetées comme des vociférations en taches rouges, noires, jaunes dégoulinantes pareilles à des larmes.

La culture mérite d’être défendue bec et ongles , elle est l’expression d’une sensibilité commune.  Elle mérite d’être pleinement soutenue et dans l’art alternatif, il y a sans doute plus d’ »alter » que de tif. Porte ouverte sur le monde,  elle s’oppose avec superbe à un monde qui devient de plus en plus froid, de plus en plus normatif.

 

La scène rebelle dérange,  elle démontre le manque de dialogue, alors ces jeunes ont pris la rue, comme on prendrait le train, pour avancer.

« La crise ne doit pas rendre la culture moins nécessaire, bien au contraire elle devient plus indispensable, une nécessité absolue ! »

 Le temps du dialogue est venu.

 

 

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20/12/2015

Le dico du tango

9782021099683.jpgAttablée au Train Bleu, restaurant mythique de la Gare de Lyon, à Paris,  je n’ai de cesse de féliciter  Jean-Louis Mingalon pour la sortie de son « Dictionnaire passionné du tango ». Après l'avoir rencontré au Sénégal, où il passait aussi ses vacances, en 2010, j'ai aussitôt  écris « Le Tango de Popenguine » . Du Sénégal à Paris, le tanguero  passionné est resté fidèle  à sa muse bohème, dévoué à cet ange  d'amour et de rage superbe et volcanique. 

Jean-Louis Mingalon*, avec deux autres passionnées Gwen-Haël Denigot » et Emmanuelle Honorin *,  nous livre un dictionnaire iconoclaste qui non seulement parle du tango mais de son histoire, de la musique, de la vie, d’une époque, d’un style de vie, de ses faiseurs de miracles.   En parcourant les pages, du dictionnaire  on se laisse séduire par la gouaille, la truculence, l’impertinence d’un monde tissé de sons et de glissements subtils sur des parquets fatigués de grandes salles chargées d’histoires et de passions,  a « fuego lento » se consume la fureur lente et pénétrante des corps enchaînés.

 « Le tango réside entre un pas et un autre, là où s’entendent les silences et où chantent les muses ». Mais le tango, avant tout, c’est l’ abrazo,  et qui font dire avec ironie aux vieux milongueros, : « Pourquoi prends-tu des cours ?Tu ne sais pas prendre une femme dans tes bras ?Alors, prends-là et marche ! » Vous l’aurez compris l’abrazo est l’essence même du tango.

Et de voir comment avec "Mi noche triste", considéré comme le premier tango canción composé en 1916 et chanté par Carlos Gardel fait « monter le tango des pieds aux lèvres ».

Dictionnaire d’un genre nouveau, au-delà des clichés, danse, musique, poésie, mais aussi culture et art de vivre, le tango est un monde que cet ouvrage explore dans toutes ses dimensions - géographiques, métaphoriques, historiques, sociétales... Les 600 entrées font la part belle aux biographies de personnages (musiciens, chanteurs, danseurs, poètes...), pour un tango incarné, mais aussi aux lieux, aux paroles de tango, aux termes techniques, aux concepts qui permettent de reconstituer l'histoire du tango.

Un dictionnaire ébouriffant qui se lit comme un roman.

 

Journaliste de presse écrite et télévision, documentariste, chroniqueur à la radio, *Jean-Louis Mingalon est un spécialiste des musiques du monde. Philosophe de formation et journaliste scientifique de profession, *Gwen-Haël Denigot vit entre Paris et Buenos Aires et organise des événements tango à travers le monde. Ethnologue spécialiste des chants et musiques populaires, *Emmanuelle Honorin est journaliste et productrice de musiques du monde, auteur de Astor Piazzolla, Le Tango de la démesure (Demi Lune, 2011).

 

 Date de parution 05/11/2015 -   Editeur Seuil - 750 pages.

 

Une des plus belles voix contemporaines  du tango :Emma Milan qui a participé au lancement du livre, à Paris.

Milonga triste de Piana y Manzi  

 

 

 

 

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19/12/2015

Comme un petit Air de BNB

1025_gigaombw_airbnb_630x420.jpgLa liste des gagnants du meilleur accueil vient d’être publiée,  et pour cause les heureux élus ont fait preuve d’un dépassement hors normes pour aider leurs voyageurs:

Frans des Pay Bas, toute affaire cessante quitte son travail pour accueillir sa voyageuse à l’aéroport qui vient de se faire faucher les seuls 50 euros en sa possession. Lui-même veuf, élevant seul un enfant de 11 ans  lui transmet sa vision du monde et lui rappelle que le vie est belle.

Christine d’Australie, se retrouve  à accueillir deux grands baroudeurs.  Le couple est exténué, la jeune femme enceinte fait une fausse couche chez elle. Christine, l’hospitalise, trouve du travail au petit ami afin qu’il parvienne à couvrir les frais médicaux. A cette heure, le jeune couple loge encore chez elle gratuitement. Leur logeuse aura remué ciel et terre pour les aider.  Bravo Christine !

Quant à moi, j’ai testé en qualité d'hôte,  Airbnb cet été,  en louant mon appartement, persuadée que j’avais trouvé  là, aussi, la bonne solution pour mon poisson rouge et mes plantes.  Deux astro-physiciens en stage, à Genève.  Ce fut un été pas triste. La première fois que le sac poubelle fut plein, ils m’ont appelée pour me demander ce qu’ils devaient faire. Le second appel, l'oubli de la clé dans la maison. Le troisième,  alors que  j’étais sur la plage en Italie,  pour s’enquérir de savoir s’il fallait mettre un sac  dans l’aspirateur.  N'ayant pas en mémoire, le ventre de l'appareil, je leur ai suggéré d'utiliser le balai, puis nous nous sommes félicités d'être finalement des gens à l'esprit pratique. Les voisins ont remarqué que lorsqu’ils arrosaient les fleurs sur le balcon, tous les balcons en profitaient abondamment. And last but not least, le poisson rouge n’a pas survécu aux soins des deux scientifiques. Il est mort le lendemain de mon retour. A part ça, ils étaient adorables.

Vous souvenez-vous de mon périple  au Danemark et de  comment je me suis retrouvée dehors, à cause d’un chat, coincée,  pieds nus à la tombée de la nuit tandis que mon logeur faisait de la  bicyclette en Suède, vous retrouverez le récit complet sous un "Un chat danois". Aujourd'hui, j'en ris.

Bref, accueillir des personnes chez soi, c’est toujours très sympathique, une amie m’a demandé de loger une jeune stagiaire sud-africaine, depuis je pratique abondamment l’Anglais tous les jours et découvre  l’Afrique du Sud, à travers les récits de la jeune fille,  comme si j’y avait déjà passé trois mois.

La tendance serait de revenir au logement communautaire, on partage ses goûts, ses voyages,  ses habitudes. Idéal comme formule de voyage pour les grands voyageurs et nettement moins coûteux qu'un hôtel où souvent l'accueil fait défaut et rien de tel pour découvrir un pays. En quelques heures, on se glisse dans les charentaises des logeurs et on vit leur vie. Très souvent, ce sont des artistes qui trouvent là un bon moyen de mettre du beurre dans les épinards.

Mon prochain Airbnb sera indien.

10:43 | Tags : airbnb | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

13/12/2015

La peur engendre des monstres

hydre.jpgDans un climat de méfiance, de doute, de manipulation de la peur des uns et des autres, dans un climat de récupération de cette peur, il est temps de se méfier de ses démons qui approchent à grands pas soufflant la haine et l'aveuglement. La peur obscurcit la raison et nous livre à toutes les manipulations traîtresses de notre peur. 

Ses monstres engendrés par la peur qui se transforment en haine, en racisme, en rejet, en "tremblotements existentiels et claquements d'âmes"  et qui finiront par non plus combattre ce que l’on doit combattre, à savoir le terrorisme, mais au contraire nous aurons dans notre peur rejoint le camp de la barbarie, et l’ennemi aura eu raison de nous, entièrement eu raison de nous et de notre raison.

Oui ! Il  faut s’occuper de toute urgence de ceux qui tremblent et dont le discours aussi se radicalise.  Oui ! Il est nécessaire d’écouter  ceux dont le courage manque pour affronter un ennemi réel et dangereux et dont il ne faut pas sous-estimer la capacité destructrice. 

Mais comment me direz-vous donner du courage à ceux qui tremblent et qui ont peur et dont on manipule à souhait cette peur ? De quel courage faut-il se nourrir pour résister à toutes les tentations y compris celles de créer de nouveaux monstres pour nourrir d’autres formes de terrorismes et ressembler tragiquement à ceux que nous aurions dû combattre ?

Une ode à la vie ! Sans doute, c’est la seule façon de reprendre son courage, faire confiance non pas en ce que nous avons de pire en nous, mais ce que nous avons de meilleur en nous, voilà nos vraies armes. Une confiance puissante en la vie, et une confiance puissante en notre fraternité qui elle seule, saura  faire barrage et front commun contre le terrorisme.

Ensemble, dans un esprit profond d’amour pour la vie et pour l’amour de l’autre, nous saurons vaincre sans peur et dans une confiance absolue  ce terrorisme  dont les racines puisent elles aussi, dans la haine et l’ignorance et surtout la manipulation. 

Une ode à la vie pour seule réponse, nous gagnerons ce combat contre les démons  par la confiance entre notre capacité de respecter la vie  et non pas par  la peur destructrice  qui en créera de nouveaux. Avons-nous envie de transmettre la peur aux générations futures? Non! Nous avons envie de leur offrir en héritage une confiance absolue en leur avenir et en leur capacité de construire un monde meilleur. 

Armons-nous de confiance,  comptons sur notre capacité d’aimer, arme absolue contre la haine et combattons sans peur et sans férir notre ennemi : la barbarie sans devenir à notre tour des barbares !

Vendredi- Dans le métro parisien, j’observai un jeune, à peine âgé de 17 ans, tapi dans un coin les yeux exorbités, je m’adresse alors à lui et lui demande ce qu’il a, il peine à respirer, il transpire et me dit : »J’ai peur qu’on me prenne pour un terroriste¨ » un jeune qui faisait une crise d’angoisse en tremblant de tout son corps et paralysé sur place. Avons-nous envie, comme lui,  d'être paralysés sur place terrassés par notre peur immense ? 

 

Si vous avez un doute là-dessus,armez-vous de courage (je n'ai plus dormi pendant 3 jours)  et  revoyez les huit volets de la série "Jusqu'au dernier". la destruction des Juifs d'Europe", c'est une analyse implacable de la construction d'une peur et de sa manipulation  qui aboutira à des millions de morts et cela dans un  silence le plus effroyable. Car la peur crée aussi l'auto-censure, on n'ose plus dénoncer, on se tait et on courbe l'échine, muets devant l'horreur. 

 

MÊME PAS PEUR 

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05/12/2015

Un rêve kazakh

Comme annoncé dans mon billet, cette histoire a été retirée après l'avoir laissée en lecture durant deux jours, mais si quelqu'un souhaite en prendre connaissance, je peux l'envoyer par email en vous priant de ne pas la diffuser car elle reste le matériau d'une prochaine nouvelle.

Merci 

Mon email dchraiti@infomaniak.ch

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