31/10/2015

Les éphèbes du paradis d'Allah

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Imaginez, ce paradis fait de jardins arrosés d’eaux vives où les fruits se reproduisent à l’infini, là où l’ombre n’en est jamais chassée. Là où demeureront des épouses éternellement vierges. Là où les moindres désirs seront satisfaits. Parés de bijoux d’or et vêtus de manteaux verts en soie fine et satinée, les méritants seront allongés sur les divans, ornés de parures d’or et de perles; leurs vêtements seront de soie. Ils se délasseront dans les jardins du Paradis et leur maître satisfera tous leurs désirs, la faveur la plus enviable.

 

Le paradis «rose» des bons croyants 

Imaginez, ces eaux vives et palais, ces hommes couchés sur des divans, reposant face-à-face, ils auront pour épouses des houris aussi belles que le rubis et le corail, vierges au teint immaculé, aux grands yeux. A ces hommes heureux, on servira toutes sortes de fruits. Ils goûteront au repos absolu. Fruits, viandes et coupes à profusion passeront des uns aux autres. Et parmi eux circuleront de jeunes garçons qui resteront éternellement jeunes. En les voyant on croirait voir des perles détachées d’un collier.
Autant de plaisirs charnels après la mort, ce paradis qui a tous les airs d’un lupanar où la débauche et la luxure récompenseront les croyants.

Houris.jpgDe jeunes garçons de surcroît qui offriront dans des coupes une liqueur exquise au goût de gingembre. Les plus croyants ne s’étonnent-ils donc  pas qu’on leur propose de jeunes serviteurs éternellement jeunes?

Lorsqu’on découvre ce paradis, force est de se demander comment peut-on s’acharner sur des homosexuels alors que sont promis, aussi nets que des perles dans leur écrin, au paradis d’Allah, de jeunes éphèbes?

 

 

La charia et la régression de la foi 

Les Etats qui appliquent la peine de mort pratiquent pourtant la sodomie avec enthousiasme et en Arabie Saoudite personne ne cache son «al-walad hagi», le garçon qui m’appartient. Les pays de la charia ont considérablement participé à la régression de la foi des musulmans et sont le fait de cheikhs ignorants.

Selon les sources religieuses, la première condamnation officielle intervient peu après la mort du Prophète et est ordonnée par son compagnon Saâd Ibn Abi Waqqâs (ne trouvant aucun hadith correspondant à quelconque sentence), qui fait exécuter deux hommes, en les poussant dans le vide du haut d’un toit et ordonne de les  lapider. Cet épisode ouvrira la porte à la répression et à l’intolérance à l’encontre des homosexuels. Le prophète lui-même tolérait un «mukhannath» dans la maison de son épouse Aïcha, un être efféminé et castré.

Nous retrouvons des passages de la fréquentation des eunuques, ceux qui n’avaient pas d’attirance pour les femmes et dont on obtenait des faveurs sexuels, cités par Al-Bukhari et qui souligne un fait courant dans la société arabe qui considérait comme rapports appropriés les relations avec les eunuques donc non considérés comme masculins.

A l’époque du calife Al-Maïmoun, Yahia Bin Akhtam, cadi des musulmans à Bagdad, tolère voire autorise l’homosexualité.
Pour le théologien et philosophe Ibn Al-Hazm (994-1064), ce qu’on reproche d’abord à Loth c’est le manque de foi et ensuite le viol des visiteurs et de déplorer qu’on préfère des hommes aux femmes. Nul n’a jamais invoqué ni emprisonnement et encore moins une tuerie.

D’autres religieux acceptent l’idée que l’homosexualité innée est l’œuvre du Créateur et qu’Il ne peut se tromper. L’homme n’a donc pas à juger de sa création. Le Coran reconnaît qu’il y a des personnes qui sont «indéterminées».

Les houris et éphèbes des djihadistes

Et juste pour conclure, non sans sourire, sur une fatwa de 2015, qui fait couler beaucoup d’encre, Abu Bakr Al-Baghadi, le calife auto-proclamé de l’Etat islamique (Daêch), a autorisé les rapports sexuels entre mudjahidin à défaut de femmes. Un autre, le cheikh Abu Al Dema Al-Qasab a souligné que le djihad permettait l’élargissement de l’anus par les camarades de combat pour y placer une bombe. N’est-ce pas de la sodomie ?

Cette schizophrénie démontre dans quelle pauvreté intellectuelle nous sommes amenés à évoluer. Elle démontre aussi que les interprétations du Coran sont à la hauteur de ceux qui interprètent.

Il ne nous reste plus qu’à nous demander si une bonne partie des jeunes qui partent pour le djihad ne rêvent-ils pas simplement d’une libération sexuelle pleine et entière et s’ils n’espèrent et ne rêvent pas de retrouver, au paradis, houris et éphèbes qui les consoleront des misères de ce monde.

* Militante et blogueuse tuniso-suisse.

Article de la même auteure dans Kapitalis : 

Mettons fin au déni de l’homosexualité en Tunisie !

Article repris par la presse tunisienne et  un courageux directeur de rédaction, Kapitalis

 http://kapitalis.com/tunisie/2015/11/01/les-ephebes-du-pa...

 

(photo à gauche portrait d'un jeune éphèbe tunisien photographiée au début XXème siècle en Tunisie)

 

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24/10/2015

Mettons fin au déni de l'homosexualité en Tunisie

 

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L’ex-ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aïssa, a proposé – et c’est, peut-être, ce qui lui valu d’être limogé – d’abolir l’article 230 du code pénal tunisien, qui prévoit jusqu’à 3 ans de prison pour sodomie entre adultes consentants.

Cet article homophobe est une honte pour un pays qui se prétend progressiste. Pire encore : il entre en conflit avec la nouvelle constitution, soucieuse des droits et des libertés, y compris sexuelles.

L’homosexualité est un fait de la nature

Mais si, en Tunisie, la sexualité demeure un tabou, les abus sexuels sur les enfants sont courants. Parmi ces abus, la pratique de la sodomisation sur les petites filles pour les garder vierges, c’est-à-dire sans trace d’abus, du moins apparente.

La sodomisation, on le sait, se pratique aussi allègrement dans les prisons, et souvent de manière abusive et par la force.
Que les intégristes cessent de faire les «chochottes» dans le miel doucereux de leur hypocrisie et décident de s’attaquer aux vrais problèmes que d’en chercher de faux qui créent l’illusion d’une morale sauve.

On dénombre 160 cas d’abus sur enfants au cours des premiers mois de l’année en cours, sans compter tous les autres soumis à la loi du silence et de la honte.

Le Coran rappelle dans l’histoire de Loth que la pratique homosexuelle relevait de la nature. Or, avant de s’acharner sur les homosexuels pour qui souvent l’homosexualité n’est pas un choix mais un fait de la nature, puisque la nature elle-même nous apporte multiples exemples saisissants en matière de sexualité – on observe un changement de sexualité plusieurs fois dans une vie, hermaphrodisme, bref, autant d’exemples saisissants –, acharnons-nous sur les vrais problèmes d’une sexualité véritablement  déviante, à savoir le viol, un autre sujet tabou en Tunisie.

L’homosexualité n’est pas une sexualité déviante, alors que le viol l’est pleinement.

Derrière le rejet de l’homosexualité, c’est encore le rejet de la différence, l’écrasement d’une minorité, comme les autres minorités du pays.

Une forme de terrorisme

Derrière le rejet de l’homosexualité qu’on pourchasse comme une tare se cache une forme de terrorisme et de contrôle du citoyen qui doit se conformer en tous points de vue à la norme fasciste du nivellement au nom de dogmes ancestraux et surtout l’hypocrisie d’une pseudo-morale bafouée au quotidien. La seule morale à avoir est le respect de l’individu et le respect du vivant, tandis que cette «morale» obscurantiste a toutes les allures du mortifère.

J’appelle à l’abolition de l’article 230 du code pénal, à faire cesser les test anaux sur les jeunes garçons pour prouver leur homosexualité en vue de les faires condamner pour sodomie, et à rendre ces tests systématiques dans les prisons, dans le cas de suspicion de viol de jeunes victimes, surtout lorsqu’il y a dénonciation par des victimes abusées par des gardiens ou des policiers lors des garde-à-vue – opérations au cours desquelles se pratique de façon humiliante le «baisse-toi et tousse» – ou par d’autres prisonniers.

J’appelle au retour à son poste du ministre de la Justice qui a fait ce qu’on lui demandait, à savoir un vrai travail de justice pour lequel il était payé.

J’appelle au respect du vivant contre la morale mortifère.

J’invite le gouvernement à s’attaquer aux vrais problèmes, à savoir les abus sexuels sur les enfants, et à lâcher la bride aux adultes homosexuels consentants, au lieu de s’acharner sur eux avec une violence inacceptable de tout point de vue.

 

article repris par Kapitalis, journal électronique tunisien,  présenté sous cette version 

 http://kapitalis.com/tunisie/2015/10/25/mettons-fin-au-deni-de-lhomosexualite-en-tunisie/

Signé 

Djemâa Chraïti : militante et blogueuse tuniso-suisse

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22/10/2015

Artistes et prophètes

Une exposition qui a démarré à Francfort sous le titre de :  "Artistes et Prophètes , une histoire secrète de la modernité 1872-1972"avant d'être reprise à Prague, à la Galerie Nationale, en juillet et qui s'est achevée le 18 octobre 2015.

thumbs_die_0.jpgLe cou rivé vers le plafond, la nuque tendue, vous pouviez suivre une fresque longue de   68 mètres, œuvre monumentale, quasi mystique  « Per aspera ad astra » de Karl Wilhelm Diefenbach (1851-1913) qui paralysé d'un bras sera secondé par son disciple Fidus et qui représente une nostalgie de l'Eden disparu où enfants et animaux, en ombres chinoises, dans un son de tambourins et de flûtes, de cloches et de trompettes suivent une caravane fantastique.  Nostalgie de la jeunesse et innocence éternelle.

 

Himmelhof4.jpgProphète et avant-gardiste, Diefenbach a entraîné dans son sillage,  ce qu'on appellera par la suite les prémices du mouvement "peace and love", la non-violence, le pacifisme universel, le retour aux sources teinté d'un animisme solaire, végétarisme, vie communautaire,  précurseur d'une douce utopie qui rêvait d'un monde meilleur. Chantre du retour à la nature, il a entraîné plus d'un artiste dans sa conception panthéiste du monde. 

 

 

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Des idées qui paraissaient totalement farfelues à l'époque, Diefenbach, prophète auto-proclamé après une illumination dans les montagnes bavaroises, se  fait moine et fonde  une communauté dont il est le guru. Adorateur du   soleil, il surnomme  sa fille  Stella, et ses deux fils Hélios et Lucidus. Le ton est donné.  Végétarisme, nudisme et  amour libre, un cocktail explosif et détonant qui faisait grincer des dents, bourgeois et bienpensants, ils seront chassés de leur ancienne carrière désaffectée, où s'était installée la communauté,  à Höllriegelskreuth, au Sud de Munich.  Hippy avant l'heure,  surnommé l'"apôtre du chou rave" par une presse moqueuse,  néanmoins, le Meister, maître spirituel, attirera d'autres disciples tels que Gusto Gräser (1879-1958) le prédicateur,    Hugo Höppener (1868-1948), nommé Fidus par Diefenbach, dédie un temple à Lucifer, celui qui se surnommait l"artiste de toute lumière" peignait nu ou vêtu d'une simple tenue de laine, couchant  sur ses toiles  corps et astres entremêlés en  une folle sarabande. Il sera emprisonné durant huit jours pour "nudité durant l'activité artistique". Gustav Nagel, "Apôtre de Jésus"  n'est pas en reste et ne se prend pas moins pour  Jésus lui-même (portrait à droite), dans sa bure et ses poses christiques, un visage d'ange entouré de longues mèches brune, prêche de ville en ville.

 

 Traités de fous  et d'escrocs, tantôt emprisonnés, tantôt embastillés avec leur camisole de force, leur mode de vie choque et leur attire les foudres  des conformistes. A un point tel, que d'autres artistes les évitaient pour ne pas être associés à cette bande d'illuminés."Par les sentiers ardus jusqu'aux étoiles" ils y chemineront, certains jusqu'à la folie et la pauvreté totale, sur le brasier ardent et destructeur  d'une incompréhension aveugle de leur époque.  Aujourd'hui, avec le recul, force est de constater qu'ils posèrent les premières  fondations de l'art abstrait teinté de spiritualisme.

 "La Révolution c'est nous",  se plaisaient-ils à clamer du haut d'un rocher de Capri comme Beuys, qui rejoignit  Wilhelm  Diefenbach, émigré en 1900 où il y finira ses jours, 13 ans plus tard.

Une avant-garde artistique teintée d'ésotérisme, de retour à la nature et à notre état originel, visions mystiques. František Kupka comme Schiele a des visions, il nourrissent leur art de traits spiritistes inspirés de profondes intuitions cosmogoniques. Renouer avec la nature et communiquer avec la terre, se projeter dans les astres , tout n'est plus que prétexte à un entrelacement solaire et terrestre, pour ne faire plus qu'un.

images.jpgOn reste abasourdis devant cette profusion lyrique d'autant plus lorsqu'on sait que s'ensuivront  les mouvements hippies et les nouvelles tendances écologistes, la plupart de ces artistes sociaux-révolutionnaires étaient eux-mêmes engagés, contre l'industrie, contre l'injustice et les inégalités.  Artistes, prophètes itinérants, lanceurs d'alerte avant l'heure, sans doute Hundertwasser inspiré par ces "prophètes aux pieds nus"  sera un de ceux-là , engagé,  on le voit tantôt au Japon, tantôt en Nouvelle-Zélande  et qui n'a de cesse de défendre la nature et faire l'éloge de l'état naturel et du corps humain libéré de toute entrave.

Artiste de la pensée holistique, il englobe l'individu dans son totalité,  dans son étroite fusion avec le monde, l'environnement et la nature.   Contre les pollutions de toutes  sortes, l'homme aussi comme la nature, et peut être pollué par son environnement dont il fait  entièrement partie, or, polluer la nature c'est se condamner. 

 

 

En  vous rendant sur le Pont de la Machine, vous pouvez découvrir l'exposition "Dans la peau de HundertWasser" qui se tiendra jusqu'au 10 janvier 2016 et réaliser la profondeur de l'engagement social et humaniste d'un grand artiste.

 

Et continuer à croire avec lui que :

" Si quelqu'un rêve seul, ce n'est qu'un rêve. Si plusieurs personnes rêvent ensemble, c'est le début d'une réalité ! "

Alors continuons à rêver ensemble d'un monde meilleur, pour à notre tour, devenir les artistes et prophètes de demain.

 

 

 

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20/10/2015

Le humus de la paix

12118934_1690316204533554_1166140704350084801_n.jpgL’idée originale partie d’un Humus Bar, restaurant familial  à Kfar Vitkin, au Nord de Tel Aviv , 50% de réduction pour des Arabes et des Juifs qui mangent ensemble du humus en partageant leur pita.

L'offre publiée d'abord sur la page  Facebook du patron Kobi Tzafrir, depuis le 13 octobre, et partagé plus de  1'600 fois, a déjà attiré de nombreuses personnes qui se sont prêtées au jeu. Le restaurant reçoit  des messages de soutien et de félicitations du monde entier. Le restaurateur pensait mener cette campagne pour la paix que quelques jours, mais face au succès, il la reconduira ad infinitum. Il est vrai qu'avant la série "guerre des couteaux", des Palestiniens des villes proches de Kfar Vitkin venaient déjà dans ce Humus Bar. 

La devise du patron, Kobi Tzafrir : « chez nous ni Arabes, ni Juifs, que du Humus et d’excellents falafels. Il s'érige contre les extrémismes de tous bords et par cette action encourage à une coexistence pacifique. Une idée simple qui fait déjà son chemin.

Certains internautes vont même jusqu’ à faire des rimes « Mieux  vaut du Humus que du Hamas "

Quant au patron, il est persuadé que la seule chose  qui peut encore réunir ces gens, c'est du humus, parce que nous sommes tous des humains. Pour ma part, après avoir contacté le restaurant, je participerai à cette campagne en offrant aussi des repas à des Juifs et des Arabes, en gardant en mémoire ce que me disait un vieux palestinien de Ramallah lors de mon passage dans cette ville :" qu'on nous laisse tout seuls trouver le chemin de la paix, si les pays et les peuples s'en étaient moins mêlés, on y serait déjà parvenus depuis longtemps".

Dans cette fureur et cette folie, on fait la résistance qu'on peut sans oublier l'objectif final et le seul à défendre: la paix qui découle d'une coexistence basée sur l'esprit de justice et de respect.

                                      شهية طيبة       בתיאבון

 

D'autres initiatives de paix autour de la nourriture telle que "A PEACE OF CAKE" ?

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Humus Bar

 https://www.facebook.com/Mhumusbar?fref=ts 

 

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18/10/2015

Bouquetins du Bargy contre Reblochon

IMG_9959 (2)-3.JPGUne détonation qui résonne immense et lugubre et semble ricocher contre les parois raides  de la montagne,  couleur mine de plomb, un corps lourd qui s’affale et qui roule, un bruit de roulis de pierres, un bouquetin de plus que l’on vient d’achever, sans doute un animal sain non contaminé par la brucellose et qui sera héliporté. Un corps inerte suspendu dans les airs et qui virevolte dans le vide. Un ballet funèbre.

L’historique du massacre se situe en 2012, un premier cas de brucellose humaine est détecté au Grand-Bornand,  suivi par un cas de brucellose bovine dans un cheptel laitier. En 2013, deuxième cas de brucellose humaine  toujours au Grand-Bornand, année où l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) fait le rapprochement avec les bouquetins. Depuis, aucun autre cas n’a été déclaré dans le Massif du Bargy bien que fréquenté par des centaines de touristes et des locaux, un site de randonnées et d’escapades sylvestres.

Entre 2013 et 2015, on mange du fromage, du lait cru et on ne s’en porte pas plus mal, proches des sécrétions des bouquetins sur les sentiers  qu’ils empruntent comme les promeneurs, toujours rien à déclarer.  S’il y avait un vrai danger, on interdirait purement la fréquentation des lieux.

Un rapport de l’ONCFS de 2103 demande l’abattage d’une centaine de bouquetins séropositifs. Le préfet s’emballe et demande l’élimination de toute la population séropositive ou non.

Sur la liste des agents du  bioterrorisme,  la brucellose est classée dans un groupe à haut risque pour l’homme et l’animal, sur l’échelle IV, la valeur la plus élevée.  On invoque deux arguments de santé publique contre cinq arguments économiques.  Il est paraît-il urgent d’agir selon l’arrêté préfectoral, tandis que les avis du CNPN (Conseil National de la Protection de la Nature-Ministère de l’Environnement) disent le contraire et demandent des compléments d’information.

Parmi les scénarii proposés par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), le préfet exige le plus rapidement, un abattage maximum avec 60 bouquetins épargnés.  Il rejette la vaccination des bêtes, trop compliquée, à son goût, peu fiable, et difficile à mettre en œuvre. On est passé de 500 animaux en 2012 à 60 bientôt visant principalement les bouquetins de plus de 5 ans, les plus jeunes ont moins de chance de reproduction.  On prévoit de nouveaux abattages au printemps 2016.

De grands doutes planent sur les tergiversations, les experts ne sont pas tous d’accord et les avis divergent. Contre l’avis de l’ANSES qui garantit que le risque de transmission de la brucellose des bouquetins aux cheptels domestiques reste minime, la  tuerie n’a laissé que quelques individus. Le Tribunal administratif de Grenoble a été saisi en septembre 2014 contre l’arrêté du 1 er octobre 2013, la justice rendra sa décision un an plus tard, le 19 octobre 2015, alors que les bouquetins ont déjà été massacrés.

Mais aussi, entre les décisions prises et le temps d’intervention, si la brucellose s’était autant répandue les bouquetins séropositifs en auraient contaminés d’autres ailleurs, ou alors il aurait fallu tous les enfermer.

Reste à se demander si ce n’est pas le lobby des éleveurs de vaches et des fabricants de fromage qui ne feraient pas pression sur l’extermination des bouquetins.

Et  finalement reste à savoir, si la brucellose n’a pas été transmise de la vache au bouquetin, les cheptels domestiques ne sont pas surveillés et les rencontres entre un animal sain et un autre auraient pu aisément se produire.

 

La vie vaut-elle un fromage ? 

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14/10/2015

Le champ des Brandeis

bf7ebaae4c3f6928fbb64abe19eced8acielorageuxhuilesurtoile30x30.jpgA 20 km de Prague, dans un bourg nommé Brandýs nad Labem, sous une pluie battante, on pousse, cachée de tout regard,  une porte vermoulue, au grincement sinistre,  à laquelle suspend, rouillée, une chaîne fatiguée par le temps.

Devant nos yeux, s’étend un champ immense noyé dans une brume légère rampante et "volutante «   , avec au milieu,  des pommiers aux pieds desquels  les pommes tombées, rouges et rondes forment un tapis. Je marche dans l’herbe mouillée, et, ne vois rien de particulier, si ce ne sont des arbres longilignes, alignés,  très haut, aux feuilles d’un vert tendre, tendus vers un ciel de plomb où se confondent nuages blancs et anthracites.

Derrière les arbres, se cachent, discrètes, des stèles tombales avec des inscriptions hébraïques datant du début du XVIIème siècle. En remontant les rangées de pierres sans doute autrefois en rangs serrés, on gravit le temps : XVIIème siècle, des Brandeis épousent des Cerf, des Levi, des Schapiro, des Loeb, XIXème siècle; se poursuit l’entrelacement des noms égrénés au fil des générations, des époux, des pères, des mères, des sœurs, des frères, des oncles, des tantes, des cousins, des nièces, des neveux, XXème siècle, l’arrière-arrière petit-fils, l’arrière-arrière petite fille, puis plus rien. Le temps suspendu au-dessus du gouffre retient son souffle, en lieu et place des tombes posées au gré des vies pleines et achevées surgissent des arbres plantés formant un écrin de velours verdoyant  pour cacher ces pierres ancestrales. Ce n'est plus que l'ombre des arbres vacillante qui protège les morts du "pire que le pire.........."

 1943, le cimetière n’accueillera plus ses morts, les  Brandeis vivants sont déportés avec tous les autres juifs de Brandýs nad Labem, vers le  camp tchèque de Terezin, les 13 et 16 juin 1943. Le champ  acheté autrefois,  au XVIIème siècle et prévu pour accueillir  ses futurs descendants restera vide,   désormais caché à la barbarie ;

seul,  le bruit des pommes qui tapent  le sol en tombant résonne dans le silence sépulcral d’un champ tapissé de la tristesse du néant,

seule,  la brume s’étire inlassablement au-dessus de l’absurde anéantissement. 

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04/10/2015

Permis F – Au bout du tunnel……la nuit

86889434_o.jpgJusqu’en 2008,  les détenteurs de permis F ne pouvaient pas travailler. Aujourd’hui, n’importe quel employeur qui voit ce document, renouvelable chaque année, avec la  mention provisoire conclut  que le détenteur ou détentrice risque de partir, d'un jour à l'autre, et que de surcroît,  il est nécessaire de faire des démarches pour l’obtention d’un permis de travail, en décourage plus d’un.

Dans le quotidien, c’est Kafkaïen. Les jeunes ne peuvent pas suivre automatiquement leurs camarades pour une excursion de leur classe, à l’étranger sans une demande d’autorisation spécifique. Impossible d’obtenir un logement, ou un abonnement de téléphone, impossible d’ouvrir un compte ou de payer son ordinateur par tempérament ou ses meubles.

Le statut provisoire fragilise, fait vivre en marge de la société, impossible de se projeter malgré la meilleure volonté du monde.

Lorsqu’on sait que 90% des personnes  admises à titre provisoire restent durablement en Suisse, on s’étonne de ne pas,  dès l’arrivée de ces requérants s’engager dans un processus d’intégration durable. Dépendantes financièrement, la plupart de ces titulaires ne demandent qu’à pouvoir vivre comme tous, à savoir comme vous et moi et être financièrement indépendants.

Ces freins administratifs subis durant des années,  car un Permis F peut être renouvelé pendant plus de 10 ans, sont une forme de ghettoïsation administrative qui pousse un grand  nombre de personnes à la dépression. Malgré des formations payées dans le cadre du financement d’intégration, aucun employeur ensuite ne veut s’engager dans des procédures bien que facilités pour un permis d’admission provisoire assimilable à celui d’un requérant d’asile. Un provisoire affreux qui dure des années pour aboutir finalement dans la plupart des cas à un permis B.

La  distinction entre permis F, B et C pour les mesures d’insertion professionnelle doivent disparaître car la perpétuer c’est encourager une discrimination entre les statuts et inciter ceux qui deviendront de futurs citoyens suisses à être traités durant des années comme des citoyens de « seconde zone  « et on ne s’en  remet que difficilement de cette injustice et de ce traitement différencié subis durant des années, sous le regard impuissant de leurs enfants qui pour la plupart naissent et grandissent en Suisse et deviendront citoyens helvétiques. 

Difficulté de se reconstruire sur des traumas, manque de sécurité, impossibilité de se projeter dans le futur, isolement social dû à la précarité qui engendre une vulnérabilité psychique. Le renouvellement du permis chaque année crée des angoisses profondes et durables et la lancinante question : et s' il n’était pas renouvelé cette fois-ci ?

Un témoignage qui nous fait part du ressenti douloureux :           

« Ici, nous somme juste assis comme ça, à attendre. mais nous ne sommes pas des animaux. Nous avons besoin de faire quelque chose, de faire nos preuves. On dort, on mange, et c’est fini. Tous les jours je cherche du travail mais c’est impossible avec un permis F. On cherche un travail pour pouvoir payer les factures. 

Pertinente et intéressante,  cette idée de ne pas vouloir être associé  à un animal. Parce que l’auteur de cette réflexion a dans le fond raison, c’est bien de vouloir accueillir des migrants à bras ouverts, mais il ne s’agit pas de les  parquer comme des bovins dans un lieu, en souterrain dans des abris éclairés aux néons ou pas, sous des tentes, ou dans des immeubles désaffectés et de les nourrir comme on nourrirait des poules confinées dans des cages.

Accueillir,  c'est plus que cela. Accueillir, c'est s'engager pleinement. 

Il s’agit de « vouloir » dès le premier jour , à l'instant même de  leur arrivée, intégrer ces hommes, ces femmes et ces enfants, de vouloir leur  faire une vraie place à nos côtés, de vouloir en   faire nos semblables, de « vouloir » donner le meilleur de ce que l’on peut offrir.

 

A savoir, vouloir,  une vraie politique d’intégration qui soit digne de ce nom  ! Au bout du tunnel, tous attendent la lumière et l’espoir de jours meilleurs .

  

INVITATION AU VERNISSAGE DE L'EXPOSITION  

PERMIS F : admission provisoire ou exclusion durable ?

9 octobre à 17h 30 

 

 

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03/10/2015

Kazuki Yamada à l'OSR - Une baguette d’or et de soie

IMG_0546-2.JPGA part Artur Rubinstein interprétant au piano Sergueï Rachmaninoff (Сергей Васильевич Рахманинов) je n’en connaissais pas d’autres, du moins jusqu’à ce soir, de musicien, chef d’orchestre capable d’une telle fougue et d'une telle intensité. 

Une révélation au Victoria Hall du jeune Kazuki Yamada, 36 ans,  en sa qualité de chef principal invité de l’OSR qui interpréta un cycle d’œuvres russes accompagné de l’archet du violoniste allemand Frank Peter Zimmermann .

Né à Kanawaga au Japon, raflant multiples prix dès son plus jeune âge,  il nous a démontrés, ce soir pour le premier concert de l’ouverture de la saison, son talent et sa virtuosité en nous présentant des œuvres de Alexandre Konstantinovitch Glazounov et de Dimitri  Dmitrievitch Chostakovitch et de Tchaïkovksi.

 Une baguette fendant l’air , une main levée puis un corps penchant lentement puis rapidement pareil à un roseau qui épouserait le vent, lui , Kazuki Yamada,  épouse la musique; sa crinière d'un noir  de jais secouée par le rythme fou  des notes égrenées, d’un geste ample de ses mains blanches aux longs doigts fins, il semble que le chef d’orchestre cueille  les notes de musique comme autant de bouquets de fleurs, en gerbes entières, des brassées chamarrées qu’il accueille généreusement. Les  épaules s'arrondissent puis se déploient pour absorber un accord de hautbois, puis il tangue aux sons des violons, tandis que sa main droite surveille le tempo des  clarinettistes. Il fait corps avec son orchestre, avec ses musiciens, ils ne font plus qu'un seul homme. 

Dans la rigueur des frimas hivernaux d’une steppe russe s’élève la chaleur folle des vibratos frémissant au-dessus d’un paysage tissé de glace et de blancheur virginale.  Le concerto pour violon No 2 de Chostakovitch joué par Zimmermann en solo emplit l’air  de la force puissante d’une « cantilena » nostalgique. Une troïka solitaire perdue dans les ombres fantomatiques d'une aube naissante. 

 Arigatô Gozaimasu,  Arigatô Gozaimasu, je remercie le chef d’orchestre qui se courbe en signe de déférence, je lui rends la politesse, avec force courbettes, à mon tour, et lui exprime ma reconnaissance de nous avoir offert un tel concert durant lequel il semble avoir tout donné, tout offert, lui-même transfiguré par la musique qu'il porte et qui l'habite. 

 Arigatô Gozaimasu !

Avec surprise, après avoir participé à des concerts à l'opéra de Vienne et de Budapest force est de constater que l'offre à Genève est à la hauteur de nos attentes,  l'OSR, en terme de lieu doté d'une bonne acoustique et à un prix relativement correct  propose une salle de concert qui peut rivaliser avec les plus grands opéras européens. 

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