24/10/2015

Mettons fin au déni de l'homosexualité en Tunisie

 

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L’ex-ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aïssa, a proposé – et c’est, peut-être, ce qui lui valu d’être limogé – d’abolir l’article 230 du code pénal tunisien, qui prévoit jusqu’à 3 ans de prison pour sodomie entre adultes consentants.

Cet article homophobe est une honte pour un pays qui se prétend progressiste. Pire encore : il entre en conflit avec la nouvelle constitution, soucieuse des droits et des libertés, y compris sexuelles.

L’homosexualité est un fait de la nature

Mais si, en Tunisie, la sexualité demeure un tabou, les abus sexuels sur les enfants sont courants. Parmi ces abus, la pratique de la sodomisation sur les petites filles pour les garder vierges, c’est-à-dire sans trace d’abus, du moins apparente.

La sodomisation, on le sait, se pratique aussi allègrement dans les prisons, et souvent de manière abusive et par la force.
Que les intégristes cessent de faire les «chochottes» dans le miel doucereux de leur hypocrisie et décident de s’attaquer aux vrais problèmes que d’en chercher de faux qui créent l’illusion d’une morale sauve.

On dénombre 160 cas d’abus sur enfants au cours des premiers mois de l’année en cours, sans compter tous les autres soumis à la loi du silence et de la honte.

Le Coran rappelle dans l’histoire de Loth que la pratique homosexuelle relevait de la nature. Or, avant de s’acharner sur les homosexuels pour qui souvent l’homosexualité n’est pas un choix mais un fait de la nature, puisque la nature elle-même nous apporte multiples exemples saisissants en matière de sexualité – on observe un changement de sexualité plusieurs fois dans une vie, hermaphrodisme, bref, autant d’exemples saisissants –, acharnons-nous sur les vrais problèmes d’une sexualité véritablement  déviante, à savoir le viol, un autre sujet tabou en Tunisie.

L’homosexualité n’est pas une sexualité déviante, alors que le viol l’est pleinement.

Derrière le rejet de l’homosexualité, c’est encore le rejet de la différence, l’écrasement d’une minorité, comme les autres minorités du pays.

Une forme de terrorisme

Derrière le rejet de l’homosexualité qu’on pourchasse comme une tare se cache une forme de terrorisme et de contrôle du citoyen qui doit se conformer en tous points de vue à la norme fasciste du nivellement au nom de dogmes ancestraux et surtout l’hypocrisie d’une pseudo-morale bafouée au quotidien. La seule morale à avoir est le respect de l’individu et le respect du vivant, tandis que cette «morale» obscurantiste a toutes les allures du mortifère.

J’appelle à l’abolition de l’article 230 du code pénal, à faire cesser les test anaux sur les jeunes garçons pour prouver leur homosexualité en vue de les faires condamner pour sodomie, et à rendre ces tests systématiques dans les prisons, dans le cas de suspicion de viol de jeunes victimes, surtout lorsqu’il y a dénonciation par des victimes abusées par des gardiens ou des policiers lors des garde-à-vue – opérations au cours desquelles se pratique de façon humiliante le «baisse-toi et tousse» – ou par d’autres prisonniers.

J’appelle au retour à son poste du ministre de la Justice qui a fait ce qu’on lui demandait, à savoir un vrai travail de justice pour lequel il était payé.

J’appelle au respect du vivant contre la morale mortifère.

J’invite le gouvernement à s’attaquer aux vrais problèmes, à savoir les abus sexuels sur les enfants, et à lâcher la bride aux adultes homosexuels consentants, au lieu de s’acharner sur eux avec une violence inacceptable de tout point de vue.

 

article repris par Kapitalis, journal électronique tunisien,  présenté sous cette version 

 http://kapitalis.com/tunisie/2015/10/25/mettons-fin-au-deni-de-lhomosexualite-en-tunisie/

Signé 

Djemâa Chraïti : militante et blogueuse tuniso-suisse

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Commentaires

Combien d'années, de siècles, faudra-t-il à l'Humanité pour s'affranchir de la dictature divine et terrestre? Merci pour votre engagement et votre courage de femme libre tunisienne.

Écrit par : pachakmac | 25/10/2015

Bravo pour le courage de l’exposition et la clarté de vos idées. Il faut que la société civile se movilise pour en finir avec les abus perpétrés sur les enfants et reconnaisse le droit aux adultes à choisir librement leur option séxuelle en fontion de leurs désirs. Il faut en finir avec l’obscurantisme et l’hypocrisie, vienne du milieu religieux ou politique.

Écrit par : Daoudi | 25/10/2015

Ce qui me trouble le plus c’est le jugement. L’affaire aurait due être rejetée par la cour comme l’article le précise la loi est en conflit avec la nouvelle constitution. La loi est inconstitutionnelle, point final.

Écrit par : Fehri | 25/10/2015

Bonjour,
Dieu n’aime pas l’homosexualité et il a tué les homosexuels du peuple de Loth. On ne veut pas arriver à cela en Tunisie! « A ce que je connais », dans notre religion, on ne fait pas de tests anaux, Il faut être sûr qu’il a fait l’acte mais pas avec cette méthode.

Écrit par : Walid | 26/10/2015

Walid
Si dieu n’aime pas les homos, il n’a qu’à les juger lui même. Chacun est libre de disposer de son corps comme il veut, qu’est que ça peut vous faire qu’une personne se fasse sodomiser? Ce n’est pas avec votre anus qu’elle le fait.

Écrit par : Naïma | 26/10/2015

Les intégristes wahhabites ont leurs « gholmans » eux et ça nos Nahdhaouis ne le condamnent pas ! Y en a marre de l’hypocrisie musulmane.

Écrit par : Naïma | 26/10/2015

Bonsoir,
Si on voit une personne qui se dirige vers un trou profond, est ce qu'on lui dit ou on le laisse aller dans la direction du trou Donc on doit renseigner les gents et eux ils vont choisir.

Écrit par : Walid | 27/10/2015

Naïma, oui , très hypocrites, "les gholmans" ces éphèbes du paradis d'Allah que chaque bon musulman pourra baiser avec les vierges qui redeviendront éternellement vierges. Même le paradis a prévu la sodomie.
Dans la tente spendide faite de perles, de topazes et de rubis il découvrira la beauté Sourate 56 "autour des éphèbes toujours jeunes" - Les garçons toujours les mêmes, préservés du vieillissement, ils ne changent jamais. Ils sont immortels jeune pour l'éternité.".
Les jeunes éphèbes du Paradis, sont destinés à la jouissance sexuelle des élus "les perles défilées" tandis que les Houris sont des "perles préservées" de même nature puisque serviteurs les uns et les autres des joies du sexe."par Ibn Quaim El-Jozyia
Celui qui se sera privé de débauche sur terre pourra la vivre au centuple au Paradis.

Est-que cela signifie que la sodomie n'est autorisée qu'au Paradis pour les plus purs des musulmans ?

Écrit par : yasmin | 27/10/2015

Vous ne parlez pas de l'homosexualité au féminin mais heureuse de vous entendre dire que les propos tenus dans cet article est "une honte pour un pays qui se prétend progressiste. Pire encore : il entre en conflit avec la nouvelle constitution, soucieuse des droits et des libertés, y compris sexuelles". Ne vous offusquez point, au pays des "droits de l'homme", rien n'a vraiment changé depuis des millénaires. Nous avons bien noté les réactions plus ou moins absolutistes et abjectes de même que l'hypocrisie de la tolérance cultuelle sur tous les fronts. Chapeau à vous de publier cet article sur un thème qui agace de nouveau et qui pourtant et simplement parle d'amour, ce ciment qui cèle les êtres humains.
Quoiqu'il en soit l'homosexualité reste une orientation sexuelle perpétuellement incriminée et criminalisée ; ce qui signifie qu'il est encore question de pouvoir. Eh oui, dés que les femmes ont su gérer la fécondation soit leurs grossesses, elles ont en même temps semé fort troubles dans les groupes masculins. Elles savaient faire pour que les hommes restent auprès d'elles et qu'ils assument leurs progénitures en apportant soins, protection, et nourriture. Ce sont ainsi que les femmes ont crée les sociétés pour devenir sorcières dés qu'un chef des dieux s'est imposé. Quant aux demi-femmes ou demi-hommes ainsi désignés pour ne pas employer le terme homosexuel qui ne signifie pas grand chose, ils furent également exécutés, soit brûlés, lapidés au nom d'une certaine vérité qui n'est qu'autre que celle de la force virile et vile que de certains "bons hommes" nommés dieux, patrons, tentaient d'imposer après avoir pillé et massacré leurs concurrents.
Le Marquis de Sade considérait que l'anus de l'homme était conçu physiologiquement pour accueillir un phallus. Peut-être puisque vos, "commentariens" d'un ton assuré parlez de sodomie mais je crois surtout que vous vous imposez des interdits qui finalement ne vous concernent même pas puisque vous vous sentez obligez de rendre des références littéraires ou ethnographiques dont vous ignorez le sens tout en ignorant sûrement l'apport affectif de même que physique de cette "relation".
Et si la Tunisie empruntait ou réempruntait le chemin de la sensualité, de l'éducation sensorielle et autre à contrario de ces "grandes civilisations" occidentales ou orientales qui ont toujours le dernier mot mais qui toutefois sclérosent l'émancipation de l'humain en conditionnant par leurs dikdats l'art d'aimer qui est propre à tout être vivant et indispensable au bon fonctionnement de l'humanité ? C'est sans doute une éventualité mais qui ne confortera jamais les monothéistes dans leur dogme.

Écrit par : Nambikkai | 10/11/2015

Et pour conclure l'homme est finalement une "femme manquée", une femme non achevée ! Quant au paradis, construisez-le sur terre avant de prétendre acceder dans un inconnu non encore confirmé mais sur lequel vous avez beaucoup d'attentes !

Écrit par : Nambikkai | 10/11/2015

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