22/10/2015

Artistes et prophètes

Une exposition qui a démarré à Francfort sous le titre de :  "Artistes et Prophètes , une histoire secrète de la modernité 1872-1972"avant d'être reprise à Prague, à la Galerie Nationale, en juillet et qui s'est achevée le 18 octobre 2015.

thumbs_die_0.jpgLe cou rivé vers le plafond, la nuque tendue, vous pouviez suivre une fresque longue de   68 mètres, œuvre monumentale, quasi mystique  « Per aspera ad astra » de Karl Wilhelm Diefenbach (1851-1913) qui paralysé d'un bras sera secondé par son disciple Fidus et qui représente une nostalgie de l'Eden disparu où enfants et animaux, en ombres chinoises, dans un son de tambourins et de flûtes, de cloches et de trompettes suivent une caravane fantastique.  Nostalgie de la jeunesse et innocence éternelle.

 

Himmelhof4.jpgProphète et avant-gardiste, Diefenbach a entraîné dans son sillage,  ce qu'on appellera par la suite les prémices du mouvement "peace and love", la non-violence, le pacifisme universel, le retour aux sources teinté d'un animisme solaire, végétarisme, vie communautaire,  précurseur d'une douce utopie qui rêvait d'un monde meilleur. Chantre du retour à la nature, il a entraîné plus d'un artiste dans sa conception panthéiste du monde. 

 

 

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Des idées qui paraissaient totalement farfelues à l'époque, Diefenbach, prophète auto-proclamé après une illumination dans les montagnes bavaroises, se  fait moine et fonde  une communauté dont il est le guru. Adorateur du   soleil, il surnomme  sa fille  Stella, et ses deux fils Hélios et Lucidus. Le ton est donné.  Végétarisme, nudisme et  amour libre, un cocktail explosif et détonant qui faisait grincer des dents, bourgeois et bienpensants, ils seront chassés de leur ancienne carrière désaffectée, où s'était installée la communauté,  à Höllriegelskreuth, au Sud de Munich.  Hippy avant l'heure,  surnommé l'"apôtre du chou rave" par une presse moqueuse,  néanmoins, le Meister, maître spirituel, attirera d'autres disciples tels que Gusto Gräser (1879-1958) le prédicateur,    Hugo Höppener (1868-1948), nommé Fidus par Diefenbach, dédie un temple à Lucifer, celui qui se surnommait l"artiste de toute lumière" peignait nu ou vêtu d'une simple tenue de laine, couchant  sur ses toiles  corps et astres entremêlés en  une folle sarabande. Il sera emprisonné durant huit jours pour "nudité durant l'activité artistique". Gustav Nagel, "Apôtre de Jésus"  n'est pas en reste et ne se prend pas moins pour  Jésus lui-même (portrait à droite), dans sa bure et ses poses christiques, un visage d'ange entouré de longues mèches brune, prêche de ville en ville.

 

 Traités de fous  et d'escrocs, tantôt emprisonnés, tantôt embastillés avec leur camisole de force, leur mode de vie choque et leur attire les foudres  des conformistes. A un point tel, que d'autres artistes les évitaient pour ne pas être associés à cette bande d'illuminés."Par les sentiers ardus jusqu'aux étoiles" ils y chemineront, certains jusqu'à la folie et la pauvreté totale, sur le brasier ardent et destructeur  d'une incompréhension aveugle de leur époque.  Aujourd'hui, avec le recul, force est de constater qu'ils posèrent les premières  fondations de l'art abstrait teinté de spiritualisme.

 "La Révolution c'est nous",  se plaisaient-ils à clamer du haut d'un rocher de Capri comme Beuys, qui rejoignit  Wilhelm  Diefenbach, émigré en 1900 où il y finira ses jours, 13 ans plus tard.

Une avant-garde artistique teintée d'ésotérisme, de retour à la nature et à notre état originel, visions mystiques. František Kupka comme Schiele a des visions, il nourrissent leur art de traits spiritistes inspirés de profondes intuitions cosmogoniques. Renouer avec la nature et communiquer avec la terre, se projeter dans les astres , tout n'est plus que prétexte à un entrelacement solaire et terrestre, pour ne faire plus qu'un.

images.jpgOn reste abasourdis devant cette profusion lyrique d'autant plus lorsqu'on sait que s'ensuivront  les mouvements hippies et les nouvelles tendances écologistes, la plupart de ces artistes sociaux-révolutionnaires étaient eux-mêmes engagés, contre l'industrie, contre l'injustice et les inégalités.  Artistes, prophètes itinérants, lanceurs d'alerte avant l'heure, sans doute Hundertwasser inspiré par ces "prophètes aux pieds nus"  sera un de ceux-là , engagé,  on le voit tantôt au Japon, tantôt en Nouvelle-Zélande  et qui n'a de cesse de défendre la nature et faire l'éloge de l'état naturel et du corps humain libéré de toute entrave.

Artiste de la pensée holistique, il englobe l'individu dans son totalité,  dans son étroite fusion avec le monde, l'environnement et la nature.   Contre les pollutions de toutes  sortes, l'homme aussi comme la nature, et peut être pollué par son environnement dont il fait  entièrement partie, or, polluer la nature c'est se condamner. 

 

 

En  vous rendant sur le Pont de la Machine, vous pouvez découvrir l'exposition "Dans la peau de HundertWasser" qui se tiendra jusqu'au 10 janvier 2016 et réaliser la profondeur de l'engagement social et humaniste d'un grand artiste.

 

Et continuer à croire avec lui que :

" Si quelqu'un rêve seul, ce n'est qu'un rêve. Si plusieurs personnes rêvent ensemble, c'est le début d'une réalité ! "

Alors continuons à rêver ensemble d'un monde meilleur, pour à notre tour, devenir les artistes et prophètes de demain.

 

 

 

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