18/10/2015

Bouquetins du Bargy contre Reblochon

IMG_9959 (2)-3.JPGUne détonation qui résonne immense et lugubre et semble ricocher contre les parois raides  de la montagne,  couleur mine de plomb, un corps lourd qui s’affale et qui roule, un bruit de roulis de pierres, un bouquetin de plus que l’on vient d’achever, sans doute un animal sain non contaminé par la brucellose et qui sera héliporté. Un corps inerte suspendu dans les airs et qui virevolte dans le vide. Un ballet funèbre.

L’historique du massacre se situe en 2012, un premier cas de brucellose humaine est détecté au Grand-Bornand,  suivi par un cas de brucellose bovine dans un cheptel laitier. En 2013, deuxième cas de brucellose humaine  toujours au Grand-Bornand, année où l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) fait le rapprochement avec les bouquetins. Depuis, aucun autre cas n’a été déclaré dans le Massif du Bargy bien que fréquenté par des centaines de touristes et des locaux, un site de randonnées et d’escapades sylvestres.

Entre 2013 et 2015, on mange du fromage, du lait cru et on ne s’en porte pas plus mal, proches des sécrétions des bouquetins sur les sentiers  qu’ils empruntent comme les promeneurs, toujours rien à déclarer.  S’il y avait un vrai danger, on interdirait purement la fréquentation des lieux.

Un rapport de l’ONCFS de 2103 demande l’abattage d’une centaine de bouquetins séropositifs. Le préfet s’emballe et demande l’élimination de toute la population séropositive ou non.

Sur la liste des agents du  bioterrorisme,  la brucellose est classée dans un groupe à haut risque pour l’homme et l’animal, sur l’échelle IV, la valeur la plus élevée.  On invoque deux arguments de santé publique contre cinq arguments économiques.  Il est paraît-il urgent d’agir selon l’arrêté préfectoral, tandis que les avis du CNPN (Conseil National de la Protection de la Nature-Ministère de l’Environnement) disent le contraire et demandent des compléments d’information.

Parmi les scénarii proposés par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), le préfet exige le plus rapidement, un abattage maximum avec 60 bouquetins épargnés.  Il rejette la vaccination des bêtes, trop compliquée, à son goût, peu fiable, et difficile à mettre en œuvre. On est passé de 500 animaux en 2012 à 60 bientôt visant principalement les bouquetins de plus de 5 ans, les plus jeunes ont moins de chance de reproduction.  On prévoit de nouveaux abattages au printemps 2016.

De grands doutes planent sur les tergiversations, les experts ne sont pas tous d’accord et les avis divergent. Contre l’avis de l’ANSES qui garantit que le risque de transmission de la brucellose des bouquetins aux cheptels domestiques reste minime, la  tuerie n’a laissé que quelques individus. Le Tribunal administratif de Grenoble a été saisi en septembre 2014 contre l’arrêté du 1 er octobre 2013, la justice rendra sa décision un an plus tard, le 19 octobre 2015, alors que les bouquetins ont déjà été massacrés.

Mais aussi, entre les décisions prises et le temps d’intervention, si la brucellose s’était autant répandue les bouquetins séropositifs en auraient contaminés d’autres ailleurs, ou alors il aurait fallu tous les enfermer.

Reste à se demander si ce n’est pas le lobby des éleveurs de vaches et des fabricants de fromage qui ne feraient pas pression sur l’extermination des bouquetins.

Et  finalement reste à savoir, si la brucellose n’a pas été transmise de la vache au bouquetin, les cheptels domestiques ne sont pas surveillés et les rencontres entre un animal sain et un autre auraient pu aisément se produire.

 

La vie vaut-elle un fromage ? 

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Commentaires

Bravo pour cet article !

Les bouquetins du Bargy étaient séropositifs pour 40% d’entre eux (ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient forcément malades, ils étaient porteurs de la maladie). Ils auraient donc pu être vaccinés, opération certainement aussi coûteuse et « compliquée », dixit le préfet, que tous les abattages et le futur plan de réintroduction en 2016.
N’y a-t-il donc pas une erreur dans les décisions prises ? Pourquoi un tel acharnement contre le bouquetin et non pas contre la brucellose ; de quoi parle-t-on ?

Écrit par : Gilly | 18/10/2015

Le nom du préfet, il mérite un petit courrier.

Écrit par : Nebel Daniel | 19/10/2015

Monsieur Nebel, voici une lettre ouverte avec l'adresse et le nom du Préfet , Monsieur Georges-François Leclerc

Lettre ouverte.
Monsieur le Préfet
Monsieur Georges François Leclerc Préfet de Haute Savoie
Rue du 30ème Régiment d’Infanterie BP 2332
74034 ANNECY CEDEX

Lors de votre premier échec dans l’opération de 2013 visant à éradiquer les bouquetins porteur de la brucellose (le taux de contaminés étant passé de 15 à 40%), je n’avais pas jugé utile de vous écrire, pensant qu’une seconde opération serait menée de manière raisonnable et efficace.
Nouvel échec retentissant, 70 bouquetins abattus sans distinction entre les contaminés ou non, alors que vous avez déployé des moyens en hommes et matériel considérables (120 CRS + de 80 gendarmes+ 40 gardes + 20 personnels de l’environnement complémentaires, 2 hélicoptères) pour un cout supérieur à 800.000 euros,
Ce qui fait un prix de revient du bouquetin supérieur à 10.000€ pièce.
Un certain nombre de bêtes ont été tirées dans le secteur du Roc des Tours, endroit où le taux de contamination est le plus faible, 10%, mathématiquement vous faites monter le taux moyen de ceux qui restent.
Mêmes causes, mêmes effets. La brucellose sera toujours bien présente. Second échec donc.
Mais cette fois je me trouve dans l’obligation d’attirer votre attention sur d’autres effets et de poser quelques questions.
Il y a eu sur le sommet la présence de gens. Vous aviez donné l’ordre de les faire évacuer par l’usage de la force publique, afin d’éviter un accident, après paiement d’une amende de 11€, c’est vrai que pour ce prix-là ils ont eu le retour par hélicoptère gratuit. Mesure à priori louable, encore eut-il fallu qu’elle soit parfaitement efficace.
Ce n’a pas été le cas.
Il y a eu du monde toute la journée sur le massif, qui a été traversé de bas en haut, de l’est à l’ouest, de l’ouest à l’est et de haut en bas. L’accès s’est fait par de nuit par un sentier déjà très délicat de jour, dans des conditions mettant en grand danger de chute fatale, le retour s’est fait en redescendant par le col de l’Encrenas, en croisant une patrouille et sous le tir des gardes qui a provoqué de nombreuses chutes de pierres lesquelles ont obligé à chercher un abri dans une faille pendant plusieurs heures.
Monsieur le Préfet, en qualité de la plus haute autorité du département il vous appartient d’assurer la sécurité des habitants, donc de prendre des décisions raisonnables et efficaces, et d’en assurer l’exécution.
Vous n’y êtes pas parvenu.
C’est un leurre de vouloir boucler hermétiquement ce massif, c’est un leurre que de penser abattre la totalité des animaux, depuis 2013 ils connaissent les fusils. Certes ils sont vulnérables, mais ils savent fuir. J’en ai vu 3 dans le virage au-dessus du village de Thuet, à 2 km de Bonneville, bon début pour la dissémination de l’épidémie.
Par manque d’évaluation de la réalité, de précaution, refus d’écoute
Vous avez mis la vie d’autrui en danger.
Tant celle des « activistes », terme d’ailleurs fort inapproprié, que celle des représentants de la loi.
Une balle perdue, un ricochet, une chute de pierre, ou une glissade mortelle sont des risques permanents. Je pense que les hommes du PGHM, que les montagnards estiment beaucoup, et à juste titre, du fait de leur dévouement pour sauver des personnes en difficultés se sont rendus compte des risques propres à une montagne comme le Bargy.
Je reviens sur le terme « activiste ». Monsieur le Préfet vous êtes mal informé.
Ces « activistes » ne viennent pas comme vous le dites dans vos déclarations dans la presse, des départements voisins, mais, tous de Haute Savoie, et pour une bonne partie du village de Mont Saxonnex.
Ajoutant, ce qui est erroné et à la limite de la désinformation, sinon de l’intox (Il faut bien trouver des coupables) qu’ils ont fait fuir les animaux.
Le bouquetin lorsqu’il fuit, grimpe de plus en plus haut, ce qui réduit son espace d’évolution, et il ne quitte pas le massif. Pour le faire partir vers le bas il faut des hélicos et lui tirer de dessus.
Vous ne pouviez pas remplir vos objectifs d’élimination de 200 à 250 bêtes. Irréaliste, ils n’y sont pas.
J’ai participé en septembre à un comptage. Nous n’avons répertorié que 160 bouquetins, même en tenant compte d’une marge d’erreur le compte n’y sera pas. Moins il y en a, plus il sera difficile d’en abattre.
L’échec était dans les préalables erronés et la méthode inadaptée.
Quant aux documents saisis sur un « activiste » arrêté sur le sommet après une poursuite en hélicoptère (joli western), et dont le sac a été fouillé dans des conditions discutables, ils se résument à une liste d’une dizaine de numéros de téléphone, joli butin. Cet homme est également inculpé pour détention d’une arme blanche constituée d’une scie pliante qu’il avait amenée pour se faire une litière de branches de sapin. Ne sommes-nous pas dans la farce ?
Non seulement je suis l’un de ces « activistes », terme que je réfute, mais j’habite au Bété , hameau de Mont Saxonnex dans l’espace que vous avez fait cerner, sinon boucler pendant deux jours.
Je suis allé, ces dernières semaines, plusieurs fois sur les sommets dans éventualité d’entamer le dialogue avec les exécutants de votre projet, les gardes. Je ne les ai jamais rencontrés. Il est vrai que me déplaçant de nuit pour être avant eux sur les sommets, je ne pouvais avoir la certitude d’être présent le même jour qu’eux.
Je fréquente ce massif depuis 1955, en connais tous les passages et accès, je peux vous dire qu’il y a au moins 8 possibilités pour atteindre les sommets en partant sur la face Nord du Massif, sans parler des voies d’escalades qui nécessiterait du matériel.
Quant au terme « d’activiste », en parlant de l’homme que je suis, près de 75 ans, ayant fait une carrière de chef d’entreprise et d’industriel, présidé de nombreuse organisations professionnelles, administratives ou sociales, il semble cocasse. Mais ne me fait pas rire, c’est en utilisant de tels termes que l’on crée des situations de tension, des frustrations et des rancunes.
Par ailleurs, Monsieur Le Préfet, vous qui êtes toujours si bien renseigné, pouvez-vous m’expliquer la présence, il y a un peu plus d’un mois, d’un bloc de sel dans les falaises des Rochers de Leschaux, sur un espace herbeux entre deux barres rocheuses, dans une zone inaccessible au bétail ?
Ce bloc de sel, sur lequel j’ai surpris deux bouquetins, donc fréquenté par les autres, ainsi que par des chevreuils et des sangliers, à quoi sert-il sinon à répandre la maladie ? Qui sont les coupables : gardes, chasseurs, éleveurs, inconscients ? Acte d’une grande incivilité et imbécile, acte criminel ?
Une action propre à éviter la diffusion de la maladie aurait été d’enlever ce bloc de sel, mais pour cela il fallait le voir, et savoir où il est. Ce n’est pas une douzaine de gardes, si dévoués soient-ils, pour tout le département qui peuvent faire un tel travail seuls.
Grace à vous nous avons vécu deux journées de stress, présence de forces de l’ordre de jour et de nuit, interception sur les routes, bruits d’hélicoptère, détonations, transports de cadavres (bouquetins), bref une ambiance de guerre qui m’a rappelé celle des années 1960-1962 vers la fin de la guerre d’Algérie.
Mais à quoi jouez-vous donc Monsieur le Préfet : à la guerre, aux gendarmes et aux voleurs, les gendarmes y étaient, et les voleurs alors ?
Reprenez vos esprits. Cessez de mettre des gens en danger, il finira par arriver un accident. Négociez et trouvez une solution efficace, acceptable par les différents acteurs, et d’un cout raisonnable (Ce n’est pas vous qui payez ces dépenses sans résultat, mais nous les contribuables).
La solution des questions sanitaires est d’abord dans les mains des services spécialisés, vétérinaires, scientifiques, à eux de trouver la solution, à vous de la mettre en œuvre. Ce qu’il faut éradiquer, c’est la brucellose, pas les bouquetins.
On attend des résultats.
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes sentiments distingués. Gilles de La Brière

Écrit par : info | 19/10/2015

Vifs échanges ce matin au tribunal administratif de Grenoble. La justice rendra sa décision avant la fin de la semaine.

Les associations sont sceptiques sur l'efficacité de l'abattage « une boucherie pour rien », elles préconisent le vaccin.
Selon Maître Candon « Monsieur le préfet a déjà montré dans le passé qu'il savait faire des boucheries pour rien." faisant référence à des abattages qui n'ont rien éradiqué si ce n'est les pauvres bêtes.

Le préfet Georges-François Leclerc, venu en personne défendre son arrêté, a insisté sur « l'urgence à agir » face « au caractère imprévisible d'une contamination » des vaches laitières du Bargy. « Il suffit qu'un élevage soit contaminé pour que toute la production de la coopérative soit arrêtée. C'est toute la filière du reblochon qui serait irrémédiablement affectée «

Le préfet s’oppose aux vaccins, en évoquant un « risque pour les agents qui administreront le vaccin » et les nombreuses incertitudes sur la pertinence de la vaccination.

La décision sera rendue avant la fin de la semaine.

Écrit par : info | 19/10/2015

Bouquetins sacrifiés sur l'autel de l'Union européenne, la peur du Préfet : déplaire à l'Union européenne qui pourrait déclasser son reblochon​ sous prétexte de brucellose dans la région. L'histoire sans fin du bouquetin.

Écrit par : Alex | 20/10/2015

«Je ne suis pas là pour être l’arbitre des élégances des uns ou des autres», a rappelé le juge du Tribunal administratif de Grenoble, hier matin, dans l'affaire des bouquetins du Bargy qui se transforme en véritable feuilleton et cela après que le Préfet Georges-François Leclerc dénonce les «manœuvres dilatoires, rumeurs et pressions» du camp adverse. Il mentionne sans doute ceux qu'il aime appeler "les activistes", défenseurs de la nature, ceux qui se trouvent dans le camp de la raison contre la folie.

«Il n’y a aucune certitude sur cet abattage total. Or, s’il n’est pas total, ce ne serait qu’une boucherie pour rien du tout. Car il ne suffit que de quelques survivants pour que la maladie persiste», a critiqué Me Benoît Candon, avocat des associations.

Pour sa part, le préfet Georges-François Leclerc, a insisté avec insistance, sur «l’urgence à agir» face «au caractère imprévisible d’une contamination» des vaches laitières du Bargy. Le Dauphiné Libéré a révélé un document officiel, qui pointe sur un problème plus large :"que la France perdre son statut de pays indemne de la brucellose, avec de lourdes conséquences sur toutes les exportations de viandes et de produits laitiers."

Toutefois «L’action est disproportionnée», selon Me Candon qui a plaidé pour un processus de vaccination des bouquetins.
Le préfet s’est refusé à opter pour une telle option, en évoquant «les nombreuses incertitudes sur la pertinence de la vaccination».

Écrit par : Alexpigiste | 20/10/2015

Le juge des référés a estimé qu'"aucun des moyens" invoqués par les associations n'était "propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision". La décision de ce mercredi 21 octobre n'est pas responsable. Certes légale mais pas responsable. Comment garantir qu'une fois que les bouquetins qui n'auront pas fui du massif seront massacrés que la brucellose sera maîtrisée ? Je ne suis pas expert scientifique ni préfet mais je crois que le bon sens donne facilement la réponse. La solution d'un programme de vaccination aurait dû être aménagée dès 2013 pour préserver réellement la santé publique (et non pas le monde agricole local). Un vrai massacre pour un probable retour à la case départ. Il est encore temps d'agir, il est encore temps de bien réfléchir aux mesures entreprises, à leur mise en oeuvre et à leurs conséquences. Espérons que les associations de défense de la nature arriveront à infléchir la position du gouvernement, seule autorité à être en capacité de faire entendre raison au préfet.

Écrit par : Duverney | 21/10/2015

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