04/10/2015

Permis F – Au bout du tunnel……la nuit

86889434_o.jpgJusqu’en 2008,  les détenteurs de permis F ne pouvaient pas travailler. Aujourd’hui, n’importe quel employeur qui voit ce document, renouvelable chaque année, avec la  mention provisoire conclut  que le détenteur ou détentrice risque de partir, d'un jour à l'autre, et que de surcroît,  il est nécessaire de faire des démarches pour l’obtention d’un permis de travail, en décourage plus d’un.

Dans le quotidien, c’est Kafkaïen. Les jeunes ne peuvent pas suivre automatiquement leurs camarades pour une excursion de leur classe, à l’étranger sans une demande d’autorisation spécifique. Impossible d’obtenir un logement, ou un abonnement de téléphone, impossible d’ouvrir un compte ou de payer son ordinateur par tempérament ou ses meubles.

Le statut provisoire fragilise, fait vivre en marge de la société, impossible de se projeter malgré la meilleure volonté du monde.

Lorsqu’on sait que 90% des personnes  admises à titre provisoire restent durablement en Suisse, on s’étonne de ne pas,  dès l’arrivée de ces requérants s’engager dans un processus d’intégration durable. Dépendantes financièrement, la plupart de ces titulaires ne demandent qu’à pouvoir vivre comme tous, à savoir comme vous et moi et être financièrement indépendants.

Ces freins administratifs subis durant des années,  car un Permis F peut être renouvelé pendant plus de 10 ans, sont une forme de ghettoïsation administrative qui pousse un grand  nombre de personnes à la dépression. Malgré des formations payées dans le cadre du financement d’intégration, aucun employeur ensuite ne veut s’engager dans des procédures bien que facilités pour un permis d’admission provisoire assimilable à celui d’un requérant d’asile. Un provisoire affreux qui dure des années pour aboutir finalement dans la plupart des cas à un permis B.

La  distinction entre permis F, B et C pour les mesures d’insertion professionnelle doivent disparaître car la perpétuer c’est encourager une discrimination entre les statuts et inciter ceux qui deviendront de futurs citoyens suisses à être traités durant des années comme des citoyens de « seconde zone  « et on ne s’en  remet que difficilement de cette injustice et de ce traitement différencié subis durant des années, sous le regard impuissant de leurs enfants qui pour la plupart naissent et grandissent en Suisse et deviendront citoyens helvétiques. 

Difficulté de se reconstruire sur des traumas, manque de sécurité, impossibilité de se projeter dans le futur, isolement social dû à la précarité qui engendre une vulnérabilité psychique. Le renouvellement du permis chaque année crée des angoisses profondes et durables et la lancinante question : et s' il n’était pas renouvelé cette fois-ci ?

Un témoignage qui nous fait part du ressenti douloureux :           

« Ici, nous somme juste assis comme ça, à attendre. mais nous ne sommes pas des animaux. Nous avons besoin de faire quelque chose, de faire nos preuves. On dort, on mange, et c’est fini. Tous les jours je cherche du travail mais c’est impossible avec un permis F. On cherche un travail pour pouvoir payer les factures. 

Pertinente et intéressante,  cette idée de ne pas vouloir être associé  à un animal. Parce que l’auteur de cette réflexion a dans le fond raison, c’est bien de vouloir accueillir des migrants à bras ouverts, mais il ne s’agit pas de les  parquer comme des bovins dans un lieu, en souterrain dans des abris éclairés aux néons ou pas, sous des tentes, ou dans des immeubles désaffectés et de les nourrir comme on nourrirait des poules confinées dans des cages.

Accueillir,  c'est plus que cela. Accueillir, c'est s'engager pleinement. 

Il s’agit de « vouloir » dès le premier jour , à l'instant même de  leur arrivée, intégrer ces hommes, ces femmes et ces enfants, de vouloir leur  faire une vraie place à nos côtés, de vouloir en   faire nos semblables, de « vouloir » donner le meilleur de ce que l’on peut offrir.

 

A savoir, vouloir,  une vraie politique d’intégration qui soit digne de ce nom  ! Au bout du tunnel, tous attendent la lumière et l’espoir de jours meilleurs .

  

INVITATION AU VERNISSAGE DE L'EXPOSITION  

PERMIS F : admission provisoire ou exclusion durable ?

9 octobre à 17h 30 

 

 

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Commentaires

Merci Djëmaa. J'essayerai de faire une visite à l'expo. Ces enfants "illégitimes" de la Suisse et d'Europe me font penser à ces oiseaux-migrateurs qui volent haut dans le ciel de leur coeur et qui ne trouvent refuge, liberté, indépendance, démocratie, égalité, qu'auprès d'autres oiseaux-migrateurs qui ont vu le monde, la terre des Hommes, et savent combien l'être humain trouve son égal dans l'être humain et non dans les idéologies racistes et de supériorité ethnique qui voudraient que la terre se conquièrent par la force, la guerre, la religion, la loi du plus fort. Nous sommes des oiseaux migrateurs, Djëmaa et je suis fier de faire partie de cette "race" là qui éclaire l'humanité et sa destinée. Bonne journée à toi. Peut-être à une nouvelle visite un de ces jours prochains... Cela fait longtemps.

Écrit par : pachakmac | 10/10/2015

Ma famille et moi nous avons vécu une vie sans endroit, comme beaucoup d'autres familles de réfugiés, nous sommes passés à travers notre existence en poursuivant un désir de foyer, un désespéré besoin d'avoir une adresse ou arriver, tout à commencé lors qu'un fusil a explosé un coup sur nos existences, ce violent lâche coup à tué notre insouciance, ce mal a meurtri nos yeux innocents et a fait tomber notre colombe,l'animal blessé a essayé de se remettre envol pendant des décennies sans jamais y arriver complètement à guérir et reprendre son envol, nous pauvres gens à l'aile brisée, nous obligés à exister dans un songe devenu brutal, dans un cauchemar parfois du quel l'on ne se réveille que par moments et pour essayer de rêver des merveilles, nous sommes pris par un sommeil qui ne nous lâche jamais et nous vivons l'amputation de notre lieu sans jamais trouver la paix ni la reconnaissance et ceci je crains sera ainsi jusqu'à notre mort …


Et sans savoir comment survivre, nous avons succombé à la fatalité de nous perdre nous mêmes, ou beaucoup d'entre nous ..


Obliger les gens à l'exile c'est un crime, parce que ça enlève le droit aux gens d'avoir des souvenirs, aux enfants d'avoir une enfance avec ses familiers, dans leur quartier, change leur langue et leur inconscient collectif et meurtri leur insouciance de savoir qui sont les gens autour d'eux qui comptent en les obligeant à se sentir dans une errance perpétuelle, dans un sentiment aigu de déranger ou que l'on se trouve et à sentir de n’être qu'une erreur, dans un doute qui ne t’abandonne jamais..


L'on peut lutter, protester, militer, créer, mais l'amputation d'une vie est irremplaçable.


Et quand tu n'es de nulle part, tu meurs ou tu apprends à aimer ton pays de nulle part.


Luzia ©2015 de «Mon pays de nulle part»

Écrit par : luzia | 12/10/2015

Rappel de la réalité en Suisse, ou pour info à luzia:

ce dont vous vous plaignez, est pourtant ce que tout suisse devait assumer pour sa propre subsistance. jusqu'à ces dernières années

- une mère célibataire en Suisse devait être salariée jusqu'à avant naissance du bb, afin de bénéficier d'1 congé maternité (peu de semaines). et c'est tout: rien de ces aides diverses que le social français verse à la mère, logement, matériel, couches etc

- besoin d'aide au logement? réponse inexistante. passez votre chemin.
- sans travail, besoin d'aides pour trouver ? oui: services & conseils.
- sans ressources, besoin d'aides financières ? non. rien n'est gratuit.
- à moins de recourir à l'aide sociale, sous conditions: pas de dons, mais des prêts: vous, proches ou famille devenaient garants, et devaient rembourser.


Sorti de Suisse: dans toute l'Europe, à commencer par la France, le suisse était dans 1 situation pire que vous aujourd'hui: pas de portable, pas de PC, pas d'internet, pas d'info gratos.

Pour tous pays limitrophes, le suisse était soumis à obtention de permis de séjour, non seulement pas automatique mais limité dans le temps, obtenu si permis de travail existant ou ferme, conditionné à permis de séjour.

Etudiants? interdit de travailler, obligation de retour en Suisse entre juin et octobre. Pas d'accords d'échanges.

Futur à court terme, interdits tous azimuts donc. Kafkaïen.


ne voulez-vous savoir
que la générosité des contribuables suisses qui financent votre situation actuelle,
est plus bien plus facile et confortable que ce que nous-mêmes avons vécu, et ce jusque fin 1999?

Vous êtes chagrinée de ne pas avoir plus de facilités? ou par vos coupures culturelles? si vous aviez l'un (l'argent), l'autre ne pèserait plus tant (retour au pays faciles)?
Imaginez-vous isolé dans un monde sans portable et sans internet!


ne comprenez-vous que ces facilités matérielles que vous demandez

sont en fait le fuit de génération cumulées de suisses dont la vie de travail, la situation et la façon de vivre n'avaient rien

du confort et des facilités que vous vous attendez à bénéficier gracieusement?

allez, ne vous laissez pas envahir par la majorité venue en Suisse sur ce seul motif d'établissement: un bénéfice salarial.
Ne voyez-vous que rien n'est acquis?




par contre aujourd'hui vous bénéficiez d'aides sociales dont les suisses ne disposaient pas, mais que de génération en génération, ils ont provisionné et financé




Si se victimiser, est s'affaiblir soi-même

Écrit par : suisse & genevois déshérité | 12/10/2015

Monsieur machin déshérité...

vous ne comprenez rien à la poésie,

je suis suissesse et vous n'avez rien à m'expliquer sur mon pays ...

allez verser votre fiel ailleurs...

Écrit par : luzia | 13/10/2015

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