03/10/2015

Kazuki Yamada à l'OSR - Une baguette d’or et de soie

IMG_0546-2.JPGA part Artur Rubinstein interprétant au piano Sergueï Rachmaninoff (Сергей Васильевич Рахманинов) je n’en connaissais pas d’autres, du moins jusqu’à ce soir, de musicien, chef d’orchestre capable d’une telle fougue et d'une telle intensité. 

Une révélation au Victoria Hall du jeune Kazuki Yamada, 36 ans,  en sa qualité de chef principal invité de l’OSR qui interpréta un cycle d’œuvres russes accompagné de l’archet du violoniste allemand Frank Peter Zimmermann .

Né à Kanawaga au Japon, raflant multiples prix dès son plus jeune âge,  il nous a démontrés, ce soir pour le premier concert de l’ouverture de la saison, son talent et sa virtuosité en nous présentant des œuvres de Alexandre Konstantinovitch Glazounov et de Dimitri  Dmitrievitch Chostakovitch et de Tchaïkovksi.

 Une baguette fendant l’air , une main levée puis un corps penchant lentement puis rapidement pareil à un roseau qui épouserait le vent, lui , Kazuki Yamada,  épouse la musique; sa crinière d'un noir  de jais secouée par le rythme fou  des notes égrenées, d’un geste ample de ses mains blanches aux longs doigts fins, il semble que le chef d’orchestre cueille  les notes de musique comme autant de bouquets de fleurs, en gerbes entières, des brassées chamarrées qu’il accueille généreusement. Les  épaules s'arrondissent puis se déploient pour absorber un accord de hautbois, puis il tangue aux sons des violons, tandis que sa main droite surveille le tempo des  clarinettistes. Il fait corps avec son orchestre, avec ses musiciens, ils ne font plus qu'un seul homme. 

Dans la rigueur des frimas hivernaux d’une steppe russe s’élève la chaleur folle des vibratos frémissant au-dessus d’un paysage tissé de glace et de blancheur virginale.  Le concerto pour violon No 2 de Chostakovitch joué par Zimmermann en solo emplit l’air  de la force puissante d’une « cantilena » nostalgique. Une troïka solitaire perdue dans les ombres fantomatiques d'une aube naissante. 

 Arigatô Gozaimasu,  Arigatô Gozaimasu, je remercie le chef d’orchestre qui se courbe en signe de déférence, je lui rends la politesse, avec force courbettes, à mon tour, et lui exprime ma reconnaissance de nous avoir offert un tel concert durant lequel il semble avoir tout donné, tout offert, lui-même transfiguré par la musique qu'il porte et qui l'habite. 

 Arigatô Gozaimasu !

Avec surprise, après avoir participé à des concerts à l'opéra de Vienne et de Budapest force est de constater que l'offre à Genève est à la hauteur de nos attentes,  l'OSR, en terme de lieu doté d'une bonne acoustique et à un prix relativement correct  propose une salle de concert qui peut rivaliser avec les plus grands opéras européens. 

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