27/05/2015

Les riches aiment-ils l'art ?

 

Chemin des sérénités prose.jpg

La question que nous sommes tous amenés à nous poser un jour lorsqu'on voit des ventes spectaculaires  à plusieurs centaines de millions, une interrogation toute légitime. Les riches aiment-ils  l'art pour l'art ?

Sur internet, on peut lire fréquemment "parier" sur l'art ou l'immobilier.  On imagine un tableau de maître transformé en cheval de course et sur lequel on mise en espérant qu'il deviendra gagnant un jour.  On investit pour spéculer, 274 millions de dollars pour les Joueurs de Cartes  de Paul Cézanne acheté par la famille royale du Qatar et qui se vendra encore plus cher au prochain coup; acheté par un multimilliardaire chinois?   Parfois, lors de vernissage on observe  quelques malheureux artistes bien vivants, eux,  qui attendent de pied ferme le riche client prêt à succomber sous le charme de leur talent, rat de galerie qui  au lieu de mettre la main à la poche, la glisse furtivement d'un air dégoûté dans le bol de cacahuètes grasses devenues légèrement collantes accompagné de quelque femme éthérée poussant des cris perçants et s'excusant de ne trouver les mots pour exprimer ce qu'elle ressent……….c'est-à-dire pas grand-chose.

 

Imaginez ce tableau acheté au prix le plus fort qu'un mécène admire et fait admirer à la cantonade, qu'il a fait assurer, protéger, mettre sous alarme et un jour,   apprendre à sa plus grande stupéfaction  que c'est un faux, une triste copie et aussitôt dévalué;  ce n'est plus qu'un triste regard de chien battu qu'il posera sur la toile traîtresse, comme si la beauté du tableau résidait en  son prix astronomique. Un Goering n'a émis qu'un  seul regret dans sa vie en avalant sa capsule de cyanure, se retrouver avec un Han Van Meegeren,au lieu d'un Vermeer (IV Meer) un "Christ et la Femme adultère " que le Maréchal cacha dans un mine de sel avec des milliers d'autres oeuvres pillées dans toute l'Europe. Le faussaire se vantera devant ses juges d'avoir été le seul à réussir à rouler Goering dans la farine, ou plutôt dans ses pigments meegeriens, des faux devant lesquels s'extasieront les plus grands spécialistes, béats d'admiration "devant ces purs chefs-d'oeuvre de Vermeer". 

Pour ma part, je viens d'acheter un quintryptique et me demande pourquoi l'avoir acheté ? Habiller le mur blanc de mon salon ? Parce qu'à la troisième coupe de champagne, on finit par se dire que tout est beau……. le poème qui accompagne le tableau est aussi d'une grande beauté? Le gris souris se mariet parfaitement avec le rouge coquelicot ?   Parce que le peintre est un descendant du créateur du Golem et que je trouve que sa quête intense de sens dans l'exaspération de la matière pétrie  doit livrer un message essentiel sur la folie du monde. L'art, acte de résistance?  J'observe les formes étranges du tableau et me laisse aller à une  douce rêverie. Pourquoi acheter de l'art ? Simplement parce que c'est beau, il flatte notre sens de l'esthétique, et nous souffle un  avant-goût  d'infini reproduit par des formes qui proposent de nouveaux horizons;  l'art renferme quelque chose d'intangible et d'infini. 

Et se poser une autre question, les pauvres ont-ils  aussi le droit d'aimer l'art ? L'art n'est-il pas le symbole de la réussite la plus accomplie, tout posséder permet de se tourner vers l'objet qui ne sert à rien, la chose superflue  qui vient bien après tout ce dont on a besoin et qui s'inscrit tout en haut de la pyramide de Maslow à laquelle s'ajoutera une sixième  catégorie; une cerise sur le gâteau qui vacillerait au sommet d'un trop plein dont on ne sait plus que faire ? 

 

Et pour revenir à quelques questions qui méritent réflexion, les vôtres seront rajoutées à cet arbre qui trônera devant l'exposition. Pourquoi un arbre? Parce que l'arbre de vie et poser des questions c'est rester vivant !

L'arbre à questions

Les  riches, aiment-ils  l'art ou surtout l'argent ?

L'art ça sert à quoi ?

L'art subventionné est-ce encore de l'art ou de la soumission ?

Comme Platon, exclure sensation contre raison de la Cité idéale ?

L'art doit-il toujours être beau ? Francis Bacon décrivait l'horreur

Y-a-t-il un art sans transgression ?

Les artistes reconnus sont-ils les meilleurs ?

Pourquoi les artistes morts ont plus de succès que les vivants?

Les artistes , sont-ils  à l'avant-garde ? 

Les artistes sont-ils visionnaires

La beauté d'une oeuvre change-t-elle avec le temps?beau aujourd'hui, laid demain

Les grands faussaires sont-ils aussi de grands artistes?

La cote d'un peintre l'apparente-t-elle a de la marchandise qui prendrait de la valeur?

La beauté est-elle universelle et intemporelle?

Les artistes doivent-ils se sentir malheureux pour être créatifs?

Pourquoi les écrivains jalousent les peintres?

Les écrivains sont-ils des peintres ratés ?

Les femmes peintres sont-elles moins reconnues ou moins nombreuses?

Les galeries vampirisent-elles les artistes?

 Est-ce que l'art est intemporel?

L'art induit-il nécessairement une réflexion?

La reconnaissance est-elle nécessaire à l'art pour qu'il existe?
 
Art et génie sont-ils indissociables?
 
Peut-on être artiste par intermittence?
 
Comment se définit la cote d'un artiste?
 
L'intérêt pour l'art est-il un effet de mode?

Autant de questions sur  mon arbre à questions que vous retrouverez à l'exposition du peintre Jacques Strauss, 

 

 

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Commentaires

Vous posez une question tout a fait intéressante. Et la tendance est effectivement plus dans la spéculation de tableau plutot que dans l'admiration. Il n'y a qu'à déjà regarder combien de ces artistes ont vendu durant leur vivant ?

Enfin, voici autre chose qui me choque. La nuit des bains. Très bon concept de faire partager au cours d'une soirée des oeuvres d'art. Le street-art, ou art de rue, qui est de plus en plus courtisé par des gens fortunés à déjà ses victimes. On ne compte pas le nombre de riche ayant acheté des tableau à "mister wash mind" artiste pas artiste vraiment. Bref je reviens à la nuit des bains. Ayant pas mal de pote de talent certains ont la possibilité d'exposer pendant la nuit des bains. Sauf que lorsque l'on sait que la galerie se mettra plus ou moins (parce qu'il faut négocier) 80% du prix d'une toile et l'artiste 20%...on ne pousse pas les artistes à vivre de leur art. Ou pire encore, certaine régies qui demande des fresques mais qui ne sont prêt à payer que le matériel. Rien pour l'artiste.

Je crois que votre réflexion très juste touche un phénomène grandissant, qui est : "On cultive l'art du dollars"

Écrit par : plumenoire | 28/05/2015

L'art est-il instrument de domination et de discrimination comme le présupposait ou plutôt l'affirmait Pierre Bourdieu ("Les Héritiers", "La reproduction") ? Pourquoi les peintres seraient-ils plus accomplis que les écrivains ? : La "lecture" est -elle lue ? Qu'est-ce que la lecture : la bonne ou la mauvaise ? Qu'en est-il ? Comment l'oeuvre peinte est-elle perçue ou surtout évaluée? Par ceux qui peuvent se l'offrir ou ceux qui se contentent de la regarder et l'envier sans savoir ni comment l'acquérir "c'est pas pour nous ça !" ou en faisant l'acquisition pour adhérer : l'art, un pass d'adhésion à une catégorie sociale ? Quand l'art devient-il symbolique, dans le sens d'appartenance à une tendance, à une classe sociale ? L'art n'est-il pas comme le dit simplement Plumenoire "l'art du DollarS" avec un gros S ? Ainsi, qu'est-ce que le Génie dans l'art ? ou l'art devrait il être génie ? et...........Interessant !

Écrit par : Chantal DOUPEUX | 15/06/2015

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