02/05/2015

L’Irlande, comme un goût de nauséabond

Dublin - (écrire, c'est oser dire) - Une soirée qui aurait dû démarrer dans la joie et la bonne humeur, une soirée organisée pour moi par des amis curieux de parler de littérature, celle-ci à peine entamée, un Irlandais verre à la main, lâche à son interlocuteur « Hitler aurait dû finir son travail jusqu’au bout et exterminer tous les Juifs », j’interromps ma conversation avec ma voisine et demande à l’Irlandais au fort accent de répéter  plus lentement ce qu’il vient de dire.  Hilare, très fier pensant faire un bon jeu de mots, il le répète haut et fort à l’assemblée qui soudain se tait.

Très énervée, je jure « what the f…g are you talking about ? » . L’ambiance, en quelques secondes est devenue glaciale, tous les regards sont posés sur moi.

De jeunes universitaires me regardent avec un grand intérêt.  Dans un silence de plomb, je souligne : « Inacceptable, je ne peux pas accepter ce discours, il est contre ma morale, il est haineux et j’ai honte d’être parmi des gens qui peuvent et le dire et l’écouter sans broncher».  L’Irlandais baisse la tête, il est gêné, il s’excuse, « je disais ça comme ça » et comme tu es Arabe, je pensais que ça te conviendrait.  Non ! Je suis d’origine arabe et quand bien même je n’accepte pas ce discours, croire  que j’allais l’accepter est un stéréotype ! " J'ai le droit d'être arabe, sans être antisémite, n'est-ce pas ? insistai-je et j'ai le droit de ne pas pas être obligée d'écouter et endurer ces insanités, n'est-ce pas ? 

Je me retourne vers mon interlocutrice qui a collaboré de très loin à l’enquête sur les  800 bébés découverts en 2014, dans une fosse commune près d’un foyer catholique,  Saint Marie des Sœurs du Bon Secours de Tuam, destiné aux  mères-célibataires.  Tous admettent que cette histoire a véritablement traumatisé les Irlandais.  Je me retourne vers l’antisémite et lui demande si lui aussi est traumatisé, il confirme encore être sous le choc de cette histoire.  Et je profite de l’occasion, et selon la méthode socratique pour lui demander si ces bébés et nouveaux-nés avaient été juifs serait-il aussi traumatisé ? Tous les convives retiennent leur respiration et attendent sa réponse.

Il est mal à l’aise, il se balance d’un pied sur l’autre, après quelques secondes qui paraissent être des heures, il répond :

Oui !J’aurais aussi été traumatisé.

 Finalement, il préfère s’éclipser, un autre convive me dit être étonné de l’entendre parler ainsi car son patron qui l’a le mieux payé et le mieux traité était  de confession juive et qu’il l’a toujours adoré et respecté   et rajoute que sans doute ce sont des discours de poivrots tenus dans les pubs.

Et justement, c’est bien ça qui fait peur, une Guiness, deux Guiness, trois Guiness, on tient des discours haineux  de poivrots, noyés dans l’alcool, on sort bourrés et pour s’amuser  encore un peu on décide de casser du « negro, du bougnoul ou du youpin ! » 

Lorsqu’on me demande comment c’était l ‘Irlande, je ne puis m’empêcher de faire une moue un brin dégoûtée : « Hateful » ! Détestable !

 

 

 

 

 

 

 

 

10:17 | Tags : irlande, antisémitisme | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Il faut pas mal de courage pour intervenir comme vous l'avez fait, donc bravo. Ce genre d'initiative vaut mille fois mieux que les interdictions de ceci ou de cela façon article 261 bis. Cela dit, ne tombez pas dans le piège de généraliser sur l'Irlande...On connaît un peu trop bien ça en Suisse...

Écrit par : Géo | 02/05/2015

Ce n'est pas à cause d'un type peut-être bourré mais certainement très con qui a tenu des propos haineux et abjects qu'il faut traiter I'Irlande et les Irlandais de détestables...

Écrit par : JMC | 02/05/2015

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