22/04/2015

Sur les toits de Tunis

v_Les_toits_de_la_medina_1979696113.jpgSUR LES TOITS DE TUNIS   

( un peu de poésie  pour oublier la terreur, aujourd'hui vous pouvez aussi mourir pour un poème écrit )

 




Sur les toits de Tunis
L'aube d'un cristal azurescent
Cueille les martinets aux cris perçants


La voix du muezzin au loin
Chevauche le vent témoin
D'un Dieu au triste chagrin


Dans l'éclat de la chaux blanche
Se meurt l'espérance
D'une révolution naissante


Par-delà les toits pâles
Le ciel céruléen empale
Dans un dernier cri, un râle


Des hommes d'attente perclus
D'un avenir déjà perdu
Par l'histoire déçus


Le passé s'effiloche
Antar, légende d'époque
Abjer achève, l'ennemi approche


Les Phéniciens marins
Noyés dans leur déclin
Place aux Vandales mutins


Reine des Aurès, fière berbère
Kahena, sauvage cavalière
Sa tête sur le plateau d'orfèvre


Hannibal Barca, sans baraka
Aux Janissaires destin fatal
De tisser la saga beylicale


Ibn Khaldoun s'essouffle
Vision dantesque, folle
Clio, muse affolée


Sur les toits de Tunis
La mémoire punique
Exhale sa mélancolie


Autour des zaouias blanches
S'enroulent les branches
De ma noirceur affranchie


Les "smâr" aux tiges dorées
Plient sous la langueur hâlée
De princesses numides


Derrière le voile épais
Les yeux des femmes épient
La vie qu'elles envient


Les tortues paresseuses
Avancent silencieuses
Dans la chaleur mielleuse


Sur les toits de Tunis
La sieste magnifique
Révèle les amants magiques


Les bougainvillées vrillent
Le long des murs vacillent
Pour des jasmins héliophiles


Un parfum de cumin
Embaume l'air mutin
D'une sensualité mâtine


Quand vient le soir, les nuages
Chargés de soleil opaque
Murmurent à la nuit leurs oracles


Sur les toits de Tunis
Les étoiles scintillent de mille cris
Pour tant d'êtres marris


Les héros se rassemblent
Et s'enivrent ensemble
Ivresse-détresse au comble


Les chats tigrés, des sphynx
Immobiles, regard de lynx
Yeux mi-clos, sombre onyx


Les draps suspendus claquent
Dans leur blancheur s'esclaffent
Un rire jeté à la brise lasse


Dans le patio, les femmes
Chuchotent, ombres qui s'arment
Et pour un rien s'alarment


Sur le sol les mosaïques
En un langage prosaïque
Décrivent les temps mythiques


Le khamsoun poudre de sable
La ville blanche pitoyable
Suffoque, crissements effroyables


Au loin, si loin, des nuances
Turquoises, puis bleu intense
L'azur enfin, bleu pervenche


Le ciel et la mer s'épousent
Et se fondent, ligne jalouse
De mélopées andalouses


Sur les toits de Tunis
Mon coeur s'est uni
A l'horizon infini


Tunis, le 16 avril 2015


Réponse à un éditeur en attente de ma réponse positive  pour son offre de  publication de mon prochain roman "L'irradié".

"Cher Monsieur, merci pour votre réponse, actuellement j'observe les martinets, à l'aube sur les toits de Tunis et réfléchis à votre proposition entre deux battements d'ailes."

Bonne soirée  Djemâa Chraïti




12:15 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.