06/03/2015

Raconte-moi une histoire – La greffe

dons-300x248.pngPendant des mois, il attendait ce moment si précieux, à l’affût près de son téléphone, sursautant à la moindre sonnerie, priant tous les jours pour qu’on lui annonça enfin qu’une greffe du foie est possible et sans laquelle il aurait été condamné à mourir.

Le voilà couché, pâle, souffrant encore des huit heures d’intervention qu’il vient de subir. La voix est pâteuse, la narcose encore bien présente.

Fatigué, mais soulagé ! Assise, à côté de lui, je l’encourage à tenir bon, encore quelques semaines et le tout devrait être du passé.

Il me fait part timidement de ses pensées, de cet autre, ou cette autre qui a fait don de son organe qui lui permet à lui de vivre,  aujourd’hui,  goûter encore à la vie  pour quelques années. Faiblement, il me fait part de ses pensées « tu imagines que je vis, grâce à un ou une inconnue »- « un acte de générosité de quelqu’un que je ne connais même pas «  « Parfois, je me demande qui c’est, je l’imagine, à quoi il ou elle pouvait bien ressembler, son passé,  ses espoirs puis en partant il ou elle décide de donner encore la vie ! »- Il pleure de reconnaissance en songeant à ce don inespéré. 

Un silence étrange, à mon tour, je tente de m’imaginer l’absent ou l’absente dont la présence est si forte. Un ange passe, la générosité semble avoir des ailes et traverser le temps, les corps. Elle a nourri d’espoir pétri d’attente un malade.

Un vieux souvenir me revient en mémoire, celui d’une amie décédée, très jeune,  en Espage  et qui fit  don de son cœur; son père, alors  fou de douleur investigue, connaît un proche qui travaille à l'hôpital où a eu lieu la greffe  et remonte la piste jusque vers  le receveur;  il le guette, le surveille, se demande comment il va vivre avec le cœur de sa fille, sur les traces du seul élément vivant de son enfant: son coeur.  Par malheur, il le voit fumer et l’attrape par la gorge et  menace de le tuer en  hurlant  : »Ma fille n’a pas laissé son cœur pour que tu le détruises ! »

J’hésite, réfléchis, ai-je envie de faire un don d’organe ? Je doute, une petite voix me souffle : » tu pars comme tu es venue ! Mais le doute est bien là, il s’est immiscé subrepticement  dans ma conscience  ………….un combat intérieur du pour et du contre et une question lancinante : et si en mourant on pouvait encore sauver une vie ?

 

 

 

20:50 | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

Le doute est sain et chacun se fait son idée.
Ce qui m'est insupportable c'est de subir un article qui ne dit rien des raisons du national de refuser le don tacite et surtout aucune référence à un site pour s'enregistrer.

Écrit par : Pierre Jenni | 06/03/2015

Monsieur Jenni,

Avant de trouver un site pour "s'enregistrer", essayez de trouver un site qui donne avec transparence les durées de survie des greffés, et dans quelles conditions. Bonne chance parce que c'est soigneusement dissimulé.


La raison en est simple, la greffe d'organe est une impasse: Dès la 1er seconde l'organisme considère le greffon comme un corps étranger et mobilise toutes ses ressources pour le rejeter. Seul un matraquage chimique massif du système immunitaire l'en empêche plus ou moins longtemps, avec les effets secondaires que vous imaginez.

Maintenant je comprend bien que face a sa propre fin ou celle d'un proche, on s'accroche a tous les espoirs, que le moindre jour de plus est un cadeau qu'on ne peut pas refuser.

Ce qui n'empêche pas qu'en y réfléchissant a froid, et considérant les aspects humains, moraux, médicaux et voir même philosophiques, on ne devrait pas légiférer pour faire tacitement de chacun d'entre nous un magasin de pièces de rechanges qui alimente un système qui ne fonctionne simplement pas.

Écrit par : Eastwood | 07/03/2015

Effectivement, Johann, le trafic d'organes est devenu une arme de guerre. Prélever des organes sur un sujet sain et le laisser mourir au bord de la route est devenu fréquent, pour exemple, un trafic dénoncé par Amnesty sur l'enfer des Erythréens qui tentent la traversée du Sinaï. Les organes doivent absolument être tracés pour faire cesser ce trafic immonde des vautours sur les organes humains.

Enlèvements et trafic d’organes

Il en coûte 2 500 $ pour aller jusqu’au Caire puis en Israël avec le risque d’être retenu en otage dans l’enfer du Sinaï, zone de non droit en Égypte. Que se passe-t-il au Sinaï ? L’exode des migrants érythréens tourne souvent au cauchemar s’ils tombent aux mains de certains Bédouins de cette péninsule. Ceux-ci kidnappent et torturent leurs otages pendant que la famille en ligne au téléphone est « incitée » à payer rapidement une rançon. Les pratiques sont sinistres : électrocutions, doigts coupés, brûlures, os brisés.

Les femmes sont violées, parfois par d’autres otages sous la contrainte des tortionnaires. Un trafic d’organes s’est aussi développé : des médecins opèrent sur place, on laisse le patient mourir ensuite. Les chiffres de ce trafic moderne d’êtres humains au Sinaï sont aujourd’hui publics : 25 000 à 30 000 victimes (à 90 % Érythréens), au moins 10 000 survivants, entre 5 000 et 10 000 morts et de nombreux disparus.

Écrit par : djemâa | 07/03/2015

Votre questionnement est essentiel et je vous remercie de ce texte.

Quand a votre dernière remarque (les érythréens dans le Sinaï); deux questions: par qui et pour qui ?

Écrit par : Archi-bald | 08/03/2015

Les commentaires sont fermés.