21/02/2015

Raconte-moi une histoire - LA DERNIERE BALLE

*Avishaï était amoureux fou , d'un amour intense pour une belle suédoise rencontrée lors d'un périple scandinave. Ses parents avaient pensé bien faire en  offrant à ce fragile fils à l'imagination étrange et débordante, un périple scandinave et qui à force de barouder finirait  bien par oublier ses idées suicidaires.

Mais les amours d'été ne durent qu'un été, Avishaï traîne des pieds, remet sine die la date du retour. Le père de la jeune fille s'impatiente et lui recommande vivement de partir et rentrer chez lui.

Chez lui, c'est un kibboutz qu'il arrose  dorénavant des  larmes d'un chagrin plus lourd qu'un ciel d'hiver chargé de tristesse et de gris, et situé  près de la frontière jordanienne où chacun est armé. Son père, militaire de carrière comme pour prévenir un drame, cache toutes les armes lorsqu'il rentre le soir chez eux. Sa mère se souvient vaguement d'un vieux revolver rouillé et au mécanisme grippé, oublié au fond d'une armoire et qui ne représente plus aucun danger. Les parents tremblent de peur et surveillent étroitement ce fils schizophrène, poète fantasque qui rêve de chatouiller le ventre du ciel pour faire pleuvoir des gerbes d'étoiles.

Avishaï tourne et retourne le revolver si vieux et qui pourtant paraît reprendre vie entre les mains fébriles du jeune homme. Il ouvre le barillet et y découvre une balle qui luit comme une étoile dans la noirceur de l'arme,une étoile filante qui strie une vie d'or et de lumière pense le poète.

Il avait 17 ans et s'appelait Avishaï, un poète si amoureux des étoiles qui chantent dans le ciel de notre néant.

Récit raconté en hébreu et en anglais par l'oncle du jeune homme.


Un conteur ne juge pas celui qui raconte une histoire, il écoute son histoire parce que les histoires sont la mémoire de l'humanité.

*prénom fictif

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15/02/2015

Espagne et Portugal – Le retour des Juifs sépharades

expulsion-portugals.jpgLe Portugal adopte une « loi du retour » interprétée par certains  comme « acte de repentance »  ,  et qui vise  les descendants des Juifs expulsés, la nationalité sera accordée à toute personne apte à prouver une filiation avec les Juifs chassés et persécutés lors de l’Inquisition portugaise qui débuta en 1536.

Admissibles à la nationalité portugaise, les candidats à la nationalité pourront demander un certificat de filiation  auprès de rabbins ou communautés juives. Les noms de familles pourront aussi être retenus ou la langue, le ladino, dialecte parlé par les juifs espagnols et portugais.

La loi devrait entrer en vigueur en février ou début mars 2015. La communauté juive du Portugal ne dénombre  plus que 1500 individus contre des dizaines de milliers autrefois, pour la plupart issus des ashkénazes originaires des pays de l’Est.

uhhphkm-2680309-jpg_2319970_652x284.JPGIdem pour l’Espagne, qui expulsa les juifs dès 1492. Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon forcent les Juifs à choisir entre la conversion ou l’exil par le décret de l’Alhambra, resté en vigueur jusqu'en 1967.   L’avant-projet avait déjà  suscité l’enthousiasme de millions de personnes intéressées. Le projet de loi a donc été adopté vendredi passé.  Des Musulmans chassés d’Espagne au XVIIème siècle, les Morisques, descendants de Maures demandent semblable réparation historique et souhaitent bénéficier  de mêmes  mesures. 

Il  ne sera pas demandé de renoncer à sa première nationalité, fait rare jusque là. Les candidats auront trois ans pour présenter leur demande de nationalité, après l'entrée en vigueur de la loi. 

 Une façon de lutter contre la crise pour remédier aux problèmes économiques ? On voit apparaître dès le XVIIème siècle semblable tentative, période durant laquelle on envisage de rappeler les Séfardis  « pour rétablir les finances du Royaume », la cour et l’Etat s’opposeront farouchement au projet du comte-duc d’Olivares. Pour relancer  un secteur immobilier moribond ? remarquent certains, une manoeuvre comme une autre pour pallier à la crise.  On recenserait trois millions de personnes susceptibles d’être intéressées.

 « Si la France promulguait une « Loi du Retour » pour les Juifs expulsé en 1396 par Charles VI, le roi fou, elle gagnerait plus de 13 millions de nouveaux citoyens. Presque tous les Juifs ashkénazes sont en effet d’une façon ou d’une autre, originaires de la France médiévale. »

Du côté des Juifs, on sourit un peu las:" Déjà en France, malgré qu'on y soit né, on a de la peine à se sentir chez soi, "je ne me sens ni espagnol, ni portugais" renchérit un autre qui pourrait bénéficier de la nationalité ou  :"Si les gouvernements décidaient de déchoir de leur nationalité tous les descendants  qui ont participé au massacres des Juifs,  ce serait aller jusqu'au bout de la repentance." Mais alors que deviendraient-ils ? "Comme nous,  des apatrides pendant des siècles."

 

Noms séfarades publiés par les journaux :

Listado de nombres  sefardies

http://my.ynet.co.il/pic/news/nombres.pdf 

 

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Raconte-moi une histoire - La plante

philodendron_piccolo_raphidophora_tetrasperma_plante_d_interieur_aracees_paris_fevrier_2015_hiver.jpg"Peu de temps après ma décision de partir rejoindre mon père, j'appelle ma grand-mère maternelle, pour lui annoncer la nouvelle , et surtout lui demander de prendre en charge ma plante, celle qu'elle m'avait donnée. 

Cette plante a une histoire. À l'origine elle se trouvait dans un cabinet de trading au bord du lac Léman à Genève . Elle a la particularité de faire des greffons et de grimper le long du mur avec ses nombreux longs bras garnis. Dans ce bureau, elle faisait le tour d'un grand miroir, posée sur une cheminée en marbre rose saumon à côté du Télex. Très chic. C'était la première chose qui attirait le regard dans la pièce.

 

Ma grand-mère était employée pour le nettoyage de l'entreprise. Elle ôtait la poussière, aspirait les moquettes et la salle de bain, parfois, je l'accompagnais pour descendre les poubelles le soir.

A l'époque elle était grande et de forte corpulence, toujours habillée en jupe ou en robe. Une forte tête aussi, des yeux clairs plutôt verts, encadrés par une coupe courte sombre.

C'est dans cette pièce qu'on se prenait en photo ou qu'on allait regarder les feux d'artifices durant les fêtes d'été.

Un soir,  elle prit un bras de la plante pour la mettre en pot chez elle. A la vérité, je crois que l'entreprise déménagea et qu'elle prit la plante. Ma mémoire me joue des tours, mais peu importe, cette plante se trouva aussi bien chez ma grand-mère que dans le bureau lumineux et grandit rapidement.

J'avais plus de 14 ans quand ma grand-mère me donna un autre bras de la plante que j'emportais très fière dans ma chambre nouvellement rafraîchie d'un papier peint à petites feuilles de vignes, que j'avais choisi et contrastant avec les grandes fleurs colorées à la mode dans les années 80.

Moins d'une année après, je décidais de partir vivre chez mon père. Ma mère souffrait de sa séparation et mes rapports avec elle étaient chaotiques. Conflits ouverts en permanence. Il fallait que cela cesse que je puisse m'épanouir et me concentrer sur mes études, ma vie.

J'avais 15 ans et trois mois. La première chose que je fis, fut d'appeler mon père pour lui annoncer la nouvelle, j'allais faire mes valises et partir chez lui. Je lui apportais aussi - gratitude ou trahison - un objet qu'il désirait plus que tout. La preuve de sa trahison, un objet insignifiant pour lequel ma mère demandait le divorce. Pensait-il que ma mère renoncerait à son divorce sans cette preuve ?

Enfin, j'appelais ma grand-mère. Ce fut une grave erreur. Ma grand-mère furieuse d'apprendre que je parte avec mon père et me bannit de la famille, elle me condamna à un exil qui dura environ 4 ans sans retour! Et m'interdisait bien entendu de prendre la plante avec moi.

Dans mon for intérieur, je senti une grande faille, une grande ambiguïté, allais-je prendre la plante avec moi ? Non, ma plante resterait chez ma famille maternelle, c'était ce que je désirais.

Aujourd'hui, j'ai à mon tour 2 filles de 15 ans. Cette plante est réapparue subitement dans ma vie. Ma grand-mère 93 ans est toujours bien vivante, elle habite une résidence pour personnes âgées depuis seulement deux mois. À l'occasion de la remise de son appartement, ma mère m'a demandé de prendre la plante. Je l'ai récupérée et placée dans un angle de mon salon, à coté du téléphone ... soit 30 ans plus tard. Est-ce la plante mère? Un greffon ? La mienne ?

Cette plante est à nouveau dans ma vie, comme une évidence... Comme un pardon... J'espère pouvoir en donner deux bras bien garnis à mes filles quand elles me quitteront à leur tour ...

La roue des générations tourne..."

A mes filles 

Diana de la Rosa Rubio


 

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07/02/2015

La disparition de secteurs d’activité : un traumatisme collectif

1582385_3_41c6_devant-le-site-d-arcelormittal-a-flemalle.jpgLiège – Je passe devant un magasin Aldi, derrière la vitre deux SDF rangent  leurs quelques misérables courses dans un sac à dos trop ample et qui souligne  davantage cette impossibilité de le remplir;  le tissu pendouille triste et laid pareil à un ventre vide. Un des deux hommes au visage buriné, presque sans âge, compte au creux de sa main large et rougie par le froid, les pièces qui lui restent;  les cuivrées, celles qui ne valent plus qu’un ou deux centimes d’euro. Il les glisse dans sa poche précautionneusement,  avec une lenteur infinie, sans doute pour profiter encore un peu de la chaleur du magasin avant de rejoindre le trottoir, où une bise qui vous picote de mille aiguilles,  souffle sans pitié. 

Cette scène me touche, une émotion étrange me submerge, me voilà sauvée ! Je ne me suis pas encore habituée à la laideur, à l’injustice, à l’exclusion, à une société à deux vitesses. L'indifférence ne m'a pas achevée.

Il est vrai que Liège a vécu l’agonie de son secteur d’activité principal, à savoir la sidérurgie.  Des usines qui ferment et crachent leurs ouvriers sur le trottoir, par milliers. Victor Hugo comme s'il pressentait le drame qui se jouait dans sa correspondance à un ami décrit : »les vallées enfouies dans l’ombre, il y a une gueule pleine de braise qui s’ouvre et se ferme brusquement et d’où sort par instants avec d’affreux hoquets une langue de flamme ! »  Des usines qui s’allument, des hauts fourneaux qui strient le ciel de leurs volutes noires et vomissent des hommes sur les trottoirs glacés. 

Aujourd’hui, la région est sinistrée, un économiste belge me souffle : »Les gens sont traumatisés ». Et il enchaîne, ce n’est pas un crise économique, parce que la crise a un début et une fin: c’est un problème de société! Il faut réenvisager un système qui soit apte à répartir les richesses de façon équitable. Repenser la notion essentielle de partage.

Un autre interlocuteur souligne, il n’y a plus d’utopie, nous n’avons plus de rêveurs qui rêveraient  d’une société meilleure, les jeunes ne savent pas de quelle société il faudrait rêver pour parvenir à coexister dans une forme de justice et d’équité élémentaire. Les idéologies se meurent !  Et de rajouter nous vivons dans une société du rejet et non plus du projet.

Des utopies parfois si proches de devenir réalité ou déjà réalisées, défilent ; partage du travail, réduction de l’âge de la retraite pour laisser  la place aux jeunes, revenu universel, soutenir financièrement les pères ou mères qui souhaiteraient élever leurs enfants,  à plein temps.  Alternatives à la fin du travail pour tous !   Sonder ensemble de nouvelles pistes pour une véritable transformation sociale. Comprendre ensemble pourquoi les riches deviennent toujours plus riches et pourquoi, il y a toujours plus de pauvres. 

Allez rêveurs et utopistes, venons montrer ensemble que nous n'avons pas encore renoncé aux rêves d’un monde meilleur  et sommes capables de repenser de nouveaux modèles de société.

Et continuer à ne pas ingurgiter au quotidien la laideur et la misère des autres comme si c’était naturel ! Non ! Gardons pleine et entière notre sens de la révolte et en guise de dernière utopie, se dire que le monde du travail doit encore rester un lieu de fraternité! Mais est-ce compatible avec la notion de  libéralisme sauvage et du profit envers et contre tous  ? 

PODEMOS! Nous pouvons et devons laisser un avenir à nos enfants.


COLLOMBEY-MURAZ FERMETURE DE LA RAFFINERIE TAMOIL, 238 EMPLOIS MENACES

NOUVEAU TRAUMATISME COLLECTIF ?  

TOUT NOTRE SOUTIEN AUX TRAVAILLEURS


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