15/02/2015

Raconte-moi une histoire - La plante

philodendron_piccolo_raphidophora_tetrasperma_plante_d_interieur_aracees_paris_fevrier_2015_hiver.jpg"Peu de temps après ma décision de partir rejoindre mon père, j'appelle ma grand-mère maternelle, pour lui annoncer la nouvelle , et surtout lui demander de prendre en charge ma plante, celle qu'elle m'avait donnée. 

Cette plante a une histoire. À l'origine elle se trouvait dans un cabinet de trading au bord du lac Léman à Genève . Elle a la particularité de faire des greffons et de grimper le long du mur avec ses nombreux longs bras garnis. Dans ce bureau, elle faisait le tour d'un grand miroir, posée sur une cheminée en marbre rose saumon à côté du Télex. Très chic. C'était la première chose qui attirait le regard dans la pièce.

 

Ma grand-mère était employée pour le nettoyage de l'entreprise. Elle ôtait la poussière, aspirait les moquettes et la salle de bain, parfois, je l'accompagnais pour descendre les poubelles le soir.

A l'époque elle était grande et de forte corpulence, toujours habillée en jupe ou en robe. Une forte tête aussi, des yeux clairs plutôt verts, encadrés par une coupe courte sombre.

C'est dans cette pièce qu'on se prenait en photo ou qu'on allait regarder les feux d'artifices durant les fêtes d'été.

Un soir,  elle prit un bras de la plante pour la mettre en pot chez elle. A la vérité, je crois que l'entreprise déménagea et qu'elle prit la plante. Ma mémoire me joue des tours, mais peu importe, cette plante se trouva aussi bien chez ma grand-mère que dans le bureau lumineux et grandit rapidement.

J'avais plus de 14 ans quand ma grand-mère me donna un autre bras de la plante que j'emportais très fière dans ma chambre nouvellement rafraîchie d'un papier peint à petites feuilles de vignes, que j'avais choisi et contrastant avec les grandes fleurs colorées à la mode dans les années 80.

Moins d'une année après, je décidais de partir vivre chez mon père. Ma mère souffrait de sa séparation et mes rapports avec elle étaient chaotiques. Conflits ouverts en permanence. Il fallait que cela cesse que je puisse m'épanouir et me concentrer sur mes études, ma vie.

J'avais 15 ans et trois mois. La première chose que je fis, fut d'appeler mon père pour lui annoncer la nouvelle, j'allais faire mes valises et partir chez lui. Je lui apportais aussi - gratitude ou trahison - un objet qu'il désirait plus que tout. La preuve de sa trahison, un objet insignifiant pour lequel ma mère demandait le divorce. Pensait-il que ma mère renoncerait à son divorce sans cette preuve ?

Enfin, j'appelais ma grand-mère. Ce fut une grave erreur. Ma grand-mère furieuse d'apprendre que je parte avec mon père et me bannit de la famille, elle me condamna à un exil qui dura environ 4 ans sans retour! Et m'interdisait bien entendu de prendre la plante avec moi.

Dans mon for intérieur, je senti une grande faille, une grande ambiguïté, allais-je prendre la plante avec moi ? Non, ma plante resterait chez ma famille maternelle, c'était ce que je désirais.

Aujourd'hui, j'ai à mon tour 2 filles de 15 ans. Cette plante est réapparue subitement dans ma vie. Ma grand-mère 93 ans est toujours bien vivante, elle habite une résidence pour personnes âgées depuis seulement deux mois. À l'occasion de la remise de son appartement, ma mère m'a demandé de prendre la plante. Je l'ai récupérée et placée dans un angle de mon salon, à coté du téléphone ... soit 30 ans plus tard. Est-ce la plante mère? Un greffon ? La mienne ?

Cette plante est à nouveau dans ma vie, comme une évidence... Comme un pardon... J'espère pouvoir en donner deux bras bien garnis à mes filles quand elles me quitteront à leur tour ...

La roue des générations tourne..."

A mes filles 

Diana de la Rosa Rubio


 

13:26 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.