07/02/2015

La disparition de secteurs d’activité : un traumatisme collectif

1582385_3_41c6_devant-le-site-d-arcelormittal-a-flemalle.jpgLiège – Je passe devant un magasin Aldi, derrière la vitre deux SDF rangent  leurs quelques misérables courses dans un sac à dos trop ample et qui souligne  davantage cette impossibilité de le remplir;  le tissu pendouille triste et laid pareil à un ventre vide. Un des deux hommes au visage buriné, presque sans âge, compte au creux de sa main large et rougie par le froid, les pièces qui lui restent;  les cuivrées, celles qui ne valent plus qu’un ou deux centimes d’euro. Il les glisse dans sa poche précautionneusement,  avec une lenteur infinie, sans doute pour profiter encore un peu de la chaleur du magasin avant de rejoindre le trottoir, où une bise qui vous picote de mille aiguilles,  souffle sans pitié. 

Cette scène me touche, une émotion étrange me submerge, me voilà sauvée ! Je ne me suis pas encore habituée à la laideur, à l’injustice, à l’exclusion, à une société à deux vitesses. L'indifférence ne m'a pas achevée.

Il est vrai que Liège a vécu l’agonie de son secteur d’activité principal, à savoir la sidérurgie.  Des usines qui ferment et crachent leurs ouvriers sur le trottoir, par milliers. Victor Hugo comme s'il pressentait le drame qui se jouait dans sa correspondance à un ami décrit : »les vallées enfouies dans l’ombre, il y a une gueule pleine de braise qui s’ouvre et se ferme brusquement et d’où sort par instants avec d’affreux hoquets une langue de flamme ! »  Des usines qui s’allument, des hauts fourneaux qui strient le ciel de leurs volutes noires et vomissent des hommes sur les trottoirs glacés. 

Aujourd’hui, la région est sinistrée, un économiste belge me souffle : »Les gens sont traumatisés ». Et il enchaîne, ce n’est pas un crise économique, parce que la crise a un début et une fin: c’est un problème de société! Il faut réenvisager un système qui soit apte à répartir les richesses de façon équitable. Repenser la notion essentielle de partage.

Un autre interlocuteur souligne, il n’y a plus d’utopie, nous n’avons plus de rêveurs qui rêveraient  d’une société meilleure, les jeunes ne savent pas de quelle société il faudrait rêver pour parvenir à coexister dans une forme de justice et d’équité élémentaire. Les idéologies se meurent !  Et de rajouter nous vivons dans une société du rejet et non plus du projet.

Des utopies parfois si proches de devenir réalité ou déjà réalisées, défilent ; partage du travail, réduction de l’âge de la retraite pour laisser  la place aux jeunes, revenu universel, soutenir financièrement les pères ou mères qui souhaiteraient élever leurs enfants,  à plein temps.  Alternatives à la fin du travail pour tous !   Sonder ensemble de nouvelles pistes pour une véritable transformation sociale. Comprendre ensemble pourquoi les riches deviennent toujours plus riches et pourquoi, il y a toujours plus de pauvres. 

Allez rêveurs et utopistes, venons montrer ensemble que nous n'avons pas encore renoncé aux rêves d’un monde meilleur  et sommes capables de repenser de nouveaux modèles de société.

Et continuer à ne pas ingurgiter au quotidien la laideur et la misère des autres comme si c’était naturel ! Non ! Gardons pleine et entière notre sens de la révolte et en guise de dernière utopie, se dire que le monde du travail doit encore rester un lieu de fraternité! Mais est-ce compatible avec la notion de  libéralisme sauvage et du profit envers et contre tous  ? 

PODEMOS! Nous pouvons et devons laisser un avenir à nos enfants.


COLLOMBEY-MURAZ FERMETURE DE LA RAFFINERIE TAMOIL, 238 EMPLOIS MENACES

NOUVEAU TRAUMATISME COLLECTIF ?  

TOUT NOTRE SOUTIEN AUX TRAVAILLEURS


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