21/12/2014

Moncef Marzouki – En attendant la tête, voilà les poumons

10847829_848771875190033_4797368362066486643_n.jpgLes Tunisiens exigeaient depuis longtemps le  rapport psychiatrique  de Moncef Marzouki;  ils devront se contenter des poumons et du résultat des analyses  de sang et de l’électro-cardiogramme.  Le rapport établi par l’hôpital militaire est disponible sur la page Facebook de Moncef  Marzouki qui veut jouer la transparence en nous montrant la radiographie de ses poumons .

Des Tunisiens se lamentent : " Nous sommes déjà déprimés vous n’allez pas encore nous mettre un « fou » à la tête de ce pays » .  Le bilan du rapport devrait un peu les rassurer, de bons poumons assurent une bonne oxygène et avec un peu de chance ça montera jusqu’à la tête.

Il est vrai que le peuple tunisien est habitué aux certificats médicaux, c’en est un, du reste qui est parvenu à destituer Bourguiba. Je me souviens avoir rencontré  à Genève un des médecins qui en tremblait encore, des années plus tard, en me   racontant comment il avait été réveillé  avec d’autres médecins, à l’aube, par les sbires de Ben Ali pour les réunir et leur faire signer  l’avis de démence, un coup d’état médical, ça n’arrive pas tous les jours. 

Le rapport psychiatrique de Marzouki tarde à venir, certains moqueurs  prétendent qu’on n’aurait pas encore trouvé la tête et qu’on la chercherait vainement.   Un psychiatre a affirmé que Marzouki présenterait les symptômes de la schizophrénie ; ambivalence, discours délirants, les yeux fixés au plafond, ton monocorde, visage inexpressif.  Le même psychiatre et sur la même  lancée affirmerait que Ghannouchi serait paranoïaque.

Voilà donc le panégyrique de ces malades qui nous gouvernent.  Dans le fond, le seul composant du pays  à être en bonne santé :  c’est le peuple ! Dans la tourmente depuis janvier 2011, il  essaie de garder la tête froide  et les nerfs solides en pratiquant ce à quoi  excellent  les Tunisiens : L’humour !

Entre gérontoncratie et médiocratie, seul le peuple reste assurément cohérent et rappelle jour après jour, ses mêmes revendications ; moins de chômage,  réduire les inégalités entre le Nord et le Sud, liberté et dignité   ! 

 Tout en continuant à observer  les poumons de Marzouki, respirons un bon coup, tous ensemble sans se départir de notre  calme: inspirer, expirer, inspirer, expirer, inspirer, expirer profondément.  On se relâche et on recommence !

 

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13/12/2014

Être, c’est devenir

images.jpegUne réflexion philosophique pour clore l’année 2014

Concentrée sur une lettre imaginaire que je m’apprêtai à rédiger à l’attention d’une personne qui prenait sa retraite;  une phrase me vint spontanément, à l’esprit,  pareille à une évidence :  il n’y a jamais de fin à ce que nous sommes, il n’y a qu’un devenir. Peu importe l'âge et cela jusque sur notre lit de mort et au-delà, sans doute en un cycle perpétuel : être, devenir, devenir, devenir, devenir ad infinitum. 

Cette perpétuelle transformation puis mutation infime que l’on perçoit par à-coups est notre force et sans doute ce mouvement naturel qui nous a permis d’être là, longue lignée de survivants, adaptés à leur environnement. Héritiers de millénaires surpassés, nos ancêtres de par  leur capacité d’adaptation nous ont permis de franchir toutes les épreuves.  La réponse sans doute unique réside dans  l’adaptation à un environnement et les mutations induites, première forme d’intelligence selon la théorie évolutionniste de Darwin. Qui s’adapte, survit. 

On le voit pour les plantes, ce formidable  instinct de survie et cette aptitude extraordinaire  à communiquer entre elles et se prévenir , lorsque le danger les guette. Cette force de vie qui non seulement leur permet de survivre mais de s'assurer de l'existence de leurs semblables.  D’où vient cette volonté de vie qui n’est pas  de  l’ordre de la conscience, mais appartient davantage à une première forme d’intelligence, force de vie  ?  La vie appelle la vie. Etre est par essence devenir.

Ce qui nous distingue des plantes avec lesquelles nous partageons beaucoup de choses en commun, à savoir des gènes, nous avons sur elles un avantage considérable, celle de notre conscience. Non seulement comme elles, notre organisme répond à des stimuli extérieurs mais encore, nous sommes aptes à interroger le monde qui nous entoure et à tenter d’en percer ses mystères.  

A la différence des plantes et des animaux, nous avons cette capacité de réfléchir, de porter un regard sur notre environnement, de l’analyser, de comprendre la nécessité des changements dont dépendra notre survie et celle de nos héritiers. Mais surtout, nous sommes ces gardiens du temple sacré au coeur duquel nous évoluons, là où se déroule notre existence, dans cette planète magnifique qui est la nôtre,  et dont la fidèle mission consisterait à la préserver, non seulement sa nature, sa faune et sa  flore  m mais avant tout et par-dessus tout,  ceux qui l'habitent.  

Etre est un mouvement au cœur de la vie qui nous pousse incessamment à devenir, à l’instant même où je vous écris, je suis déjà autre que lorsque je commençai à vous rédiger les premières lignes du texte en haut de la page. Notre pouvoir est notre conscience et c’est bien elle qui offre les moyens d’appréhender le monde dans lequel nous évoluons.

Être et devenir, c’est notre conscience, un souffle de vie,  et la mort ou la notion de  fin prend corps dans cette fin de conscience qui marque aussi le début de notre fin et  la cessation du devenir. 

Nous savons tous que ni les guerres, ni les injustices, ni les inégalités, ni l’exclusion,  ni la détérioration de  notre planète nous assureront une continuité à long terme.

Être, c’est effectivement  devenir, en toute conscience du monde qui nous entoure et a contrario, notre inconscience nous mènera à disparaître.

 

Bonnes fêtes et bonne fin d’année 2014 à tous

 

 

Mes prochains billets seront australiens. 

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08/12/2014

Paschal Grousset : un parcours engagé, une figure injustement oubliée

 

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Mon invité Xavier Noël  
Xavier Noël a découvert Paschal Grousset lors de ses études de Lettres en 1980. Après lui avoir consacré une maîtrise, un D.E.A. et plusieurs articles, il a écrit récemment une biographie qui a reçu le Grand prix Jules Verne. Aujourd’hui,  il poursuit ses recherches sur l’œuvre de cet homme qui continue de le fasciner par ses engagements nombreux (les prochains articles paraîtront dans les revues Planète Jules Verne et Le Rocambole). Chargé de la diffusion de la culture scientifique et technique au Conservatoire national des arts et métiers en Pays de la Loire, il est également photographe.
Le site de la Société Grousset Laurie Daryl : http://societe-grousset-laurie-daryl.fr/
 
 
Figure singulière de l’histoire politique, littéraire et sportive de la seconde moitié du XIXème siècle, Paschal Grousset (1844-1909) fait d’abord vaciller le Second Empire par ses écrits politiques. Ministre des affaires étrangères de la Commune de Paris en 1871, il échappe à la semaine sanglante, pour être emprisonné au Fort Boyard et déporté en Nouvelle-Calédonie.
 
evasion2.jpgSon évasion retentissante est immortalisée par le peintre Édouard Manet sous le titre "L'évasion de Rochefort". A Londres, il devient le correspondant du grand quotidien Le Temps. Traducteur de romans anglo-saxons, il fait connaître L’Ile au Trésor de R.-L. Stevenson. Sous le nom d’André Laurie, il entreprend une œuvre littéraire sous l’égide de l’éditeur Hetzel. Les Vies de Collège dans tous les pays sont uniques par leur approche sensible et documentée des mondes éducatifs.
Avec ses récits d’aventures et d’imagination scientifique, dont certains seront signés… Jules Verne, il peut être considéré comme l'un des pères de la science-fiction. Utopiste, il propose pour l’Exposition Universelle de 1900 un laboratoire souterrain destiné à étudier le feu central terrestre, source inépuisable d’énergie.
 
Sous le nom de Philippe Daryl,  il introduit l’éducation physique et sportive dans les écoles et  précède Coubertin dans l’intention de ressusciter les Jeux olympiques. A nouveau présent sur la scène politique pour quatre mandats de député, il apporte des idées novatrices dans tous les grands débats qui traversent la Troisième République : justice sociale, égalité homme femme, accès au savoir… et prend la défense du capitaine  Dreyfus. Cent ans après la disparition de Paschal Grousset, son œuvre multiforme, d’une portée considérable, encore actuelle à bien des égards, mérite d’être redécouverte.
 

Une biographie  qu'on lit comme un roman, d'une traite. 
 
Xavier Noël
Paschal Grousset
De la Commune de Paris à la Chambre des députés
De Jules Verne à l'olympisme
Les Impression Nouvelles 2010
 

06/12/2014

Le colis de chocolat suisse

Url.jpgRécit tiré de "Chronique d'une saison à la Goulette - Novembre 1966 à juin 1967"

"Une histoire que personne n’aime, car on essaie de nous faire croire qu’il y a encore des sujets tabous. Mais écrire, c’est oser dire. Personnes sensibles s’abstenir."

Entre le dédale des petites ruelles de la Goulette, le facteur arrive portant un paquet. Tous les habitants de la rue savent qu’il devait arriver et  attendent impatiemment le colis , depuis plusieurs jours.   Ils imaginent déjà les montagnes enneigées,  une petite fille aux tresses parfaites portant son tablier rouge, le drapeau blanc et rouge de la même couleur que le drapeau tunisien. Le chocolat est arrivé !  Le chocolat suisse est là, enfin. Je me promène comme investie d’une aura magique, les enfants me saluent plus longuement que d’habitude, je profite de ces moments de gloire si éphémères, juste le temps de les laisser  dévorer  quelques carrés et d’être aussitôt reléguée aux oubliettes. 

 

Les quelques plaques de la sublime gourmandise sont rangées par  ma logeuse dans l’armoire de la cuisine, suffisamment haut pour qu’on n’y touche pas.  Myriam est notre ancienne femme de ménage à Tunis, croyante et pratiquante chez qui j’habitai  avec ses enfants tandis que ma grand-mère d’origine valaisanne partait  travailler en Suisse espérant accumuler suffisamment d’argent pour aussitôt venir me repêcher.

Dans cette ruelle de la Goulette, je me taille rapidement une réputation de danseuse de twist, à l’âge de 6 ans et demi, on m’invite à tous les mariages du quartier pour mon numéro de twist aux sons de la darbouka; les gens rient et s’exclament la « danse zazou » puis, en sueur, essoufflée, je  m’assieds,  très fière à côté de la mariée qui ne cesse de me complimenter sur cette danse si frénétiquement incroyable. La journée,  je traîne mon blues par des journées de novembre grises, froides et humides et  parle aux mendiants. La plupart du temps, bouffée d'oxygène, je suis fourrée chez mes voisins juifs entrain de déguster les pâtisseries de Sarah, malgré l'interdiction qui m'avait été faite de me rendre chez eux et qui quelques mois plus tard  s'enfuiront lors de la Guerre de Six jours laissant tout derrière eux, un bras devant, un bras derrière; ce qui me plongera dans le  désarroi le plus  total,  et,  ajoutera à mon sentiment de complète solitude. 

Pour accéder à la plage  nous traversions un immeuble dans lequel logeait  une sorcière, installée sous la cage d’escalier;  elle s’était construite une espèce de cabane à l’aide de carton et de plastique, elle nous faisait  trembler de peur, nous avancions à petits pas, et elle surgissait  hurlant, se croyant menacée et lorsqu’elle réalisait que ce n’était  que nous, elle nous offrait  un sourire totalement édenté et les quelques chicots noirs qui restaient, branlaient  et s’entrechoquaient  lorsqu’elle parlait. Ce passage le plus court à la mer, nous causait à chaque fois une  grande frayeur mais nous rendait assurément, à  chaque voyage,  un peu plus courageux.

 

Chaque  matin, à grands coups de serpillière,  Myriam nettoyait  le sol, je soulevai  alors les pieds du banc où j’étais  assise, observant le va-et-vient incessant des mains qui passaient  et repassaient  sur les carreaux. Elle pétrissait ensuite la pâte, la menait au four et ramenait un pain chaud, "la tabouna",  rond, plein,  généreux dont nous prenions un morceau et que nous trempions dans un peu d’huile d’olive sucrée.

 Ma deuxième occupation hormis twister consistait à lire aux habitants du quartier les lettres qui leur parvenaient de France et tenter de leur expliquer ce que j’en comprenais, c’est-à-dire peu de choses par contre j’appris rapidement à dire de belles choses  qui faisaient rêver découvrant dans l'art de conter, une forme de puissance nouvelle; une forme de présence mystérieuse. 

Ce qui devait advenir advint, à savoir que le chocolat disparaissait à vue d’œil et nous savions tous que c’était Zohra la fille aînée âgée de 11 ans qui se servait généreusement.  La plus grande en âge et en taille qui parvenait à se hisser sur la pointe des pieds, prendre une plaque et partager avec les plus petits que nous étions une barre ou deux. La mère vint à s’en apercevoir, elle nous aligna pour nous interroger , nous restions muets, mais les regards terrorisés des plus jeunes frères désignaient de façon implicite leur grande sœur.

Sous la pluie de  coups qui s'abattit sur elle, Zohra  finit par avouer. La mère saisit l’enfant, prit du piment et lui enduisit le vagin de piment fort. Durant  deux jours, l’enfant resta recroquevillée  dans le couloir, les mains entre les cuisses hurlant d’abord puis poussant des cris déchirants et  s’évanouissant , et finalement à nouveau revenue à elle, elle hoquetait en sanglotant et implorant pour que la douleur cessât. 

 

Comme si  ce martyr ne suffisait pas, quelques semaines après ce terrible épisode, je surpris le cousin de l’enfant abuser d’elle, en silence, derrière le paravent en ficelles, jeux interdits auxquels  ils semblaient déjà habitués et contre lesquels, elle n’osait se révolter.    On finit par s’en apercevoir ouvertement lorsque l’enfant ne put plus retenir ses selles et qu’on la voyait marcher, les jambes salies, humiliée et honteuse. La mère, à nouveau la frappait encore et encore et l’enfant se taisait, terrée dans un mutisme paralytique.

Lorsque ma grand-mère revint de Suisse, je lui contai l’histoire de tout ce que j’avais vu, aussitôt elle prévint la mère qui refusa d’entendre quoi que ce soit et se mit en colère. Après cela, on ne la revit jamais.

Pour ma part, je devins convaincue que la religion n’a jamais été un frein à l’horreur et cela se tient pour toutes religions confondues. Persuadée qu’une société qui maltraite ses  femmes, ses filles, ses hommes et ses garçons,  ne peut-être que violente dans son ensemble et qu’il faudra des générations pour abolir cette domination de l’un sur l’autre, et des siècles pour extirper l’humiliation et  la soumission.  Et autant d’années pour que les femmes se fassent une vraie place, respectées et appréciées à leur juste valeur.  Des femmes respectées ce sont des enfants, filles et garçons  élevés dans le respect qui à leur tour, adultes,   respecteront et l’inverse joue parfaitement, la maltraitance induit de la maltraitance .

L’épigénétique transgénérationnelle  révèle que trois générations peuvent porter le  trauma d’un ancêtre quand bien même,  les nouvelles générations ignorent tout des causes du trauma. 

Les descendants et descendantes  de cette enfant devenue femme et mère   sont peut-être les mêmes qui aujourd’hui se font exploser la tête en Syrie. La violence engendre de la violence ! 

Quant à moi, je ne mange plus que du chocolat noir et amer.

 

Un autre billet à ce sujet écrit en 2009 sur le départ de mes voisins juifs de la Goulette  : 

Six jours pour grandir

http://regardscroises.blog.tdg.ch/archive/2009/07/14/six-...

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05/12/2014

Mâchouiller la vie comme un vieux chewing gum usé

images.jpegLes personnages de Jim Harrison sont  des gens arrivés au bout d’eux-mêmes.  Après la fortune, un beau mariage, les belles maisons, la carrière, les enfants,  le néant ! Tout ça n’est qu’illusion et la vie n’a même plus de  goût amer, pire, l’amertume est encore la définition de quelque chose d’existant, l’existence  n’a plus de goût du tout. Penser au suicide n’aurait pas plus de sens, parce que se suicider est encore l’espoir d’un meilleur après la mort, ou la fin d’un insupportable ;  il y a là encore une forme d’attente. La  volonté de fin désigne secrètement le désir maladroit d'un avenir autrement.

Fatalistes, les personnages  de Harrison se laissent dériver tranquillement dans un courant inexorable puis surgit peu à peu, la seule forme de vie possible : observer le monde, avec cet  œil immense de poisson mort, penché sur le côté, un œil qui englobe le monde sans ciller avec cette  force puissante de l’immobilisme.

Avaler un autre chewing gum  et continuer à le mâcher, inlassablement plus par automatisme qu'autre chose, par habitude ? Après l'intensité du goût du début,  savoir qu’il se perdra encore et toujours  , seule demeure cette mécanique du mâchouillement  fatigué , immuable, un quotidien répétitif qui aurait perdu toute saveur. Ruminants, à l'oeil morne et éteint. 

En regardant le mur sale et gris  de mon bureau, j’ai suggéré une performance artistique intitulée "Hors-Murs"  et proposé que chacun amène un dessin pour cacher la laideur, en cela réside la puissance de l’art; camoufler l’horreur ou du moins la dissimuler ne serait-ce qu'un instant. Le gagnant recevra une bouteille de vin pour s'enivrer jusqu'à plus soif. 

Dans le fond, lorsqu’il ne reste plus rien et qu’on a cette sensation d’arriver au bout de soi, il ne reste plus que l’art pour continuer à vivre, l’art sans doute est une forme de désespoir qui permet de survivre à l’espoir désenchanté.

Assurément Nordstrom, le personnage de Harrison dans "L'homme qui abandonna son nom" a pris la posture d'un philosophe qui  regarde la vie couler comme un long fleuve tranquille en dansant le soir tout seul ! 

Une réflexion qui pareille à un  long parchemin, se déroule tranquillement à la faveur d’un jour gris au ciel bas noyé dans une brume épaisse, après la lecture de « Légendes d’automne » . Il  faut s’enivrer de mots  pour donner du sens et de la couleur à la grisaille. 

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03/12/2014

"Dis, Papa comment tu parles la langue du feu ?"

didou_42923887_TOUT FEU TOUT FLAMMES.jpgEn sortant de l’hôpital cantonal, plongée dans des pensées existentielles après la visite d’une malade,  sur la vie, la déchéance des corps en partance, la douleur, la mort, une phrase dite par une enfant me sort brusquement de ma rêverie :  « Dis, papa, comment tu parles la langue du feu ? ». Devant moi, marche une enfant haute comme trois pommes, sa petite menotte enfouie dans la main de son père, un bonnet en laine sur la tête, à gros pompon rose qui chaloupe de gauche à droite et de droite à gauche.  Elle  regarde son  magicien de père , les yeux emplis d’admiration, ne doutant pas un seul instant qu’il parle cette langue subtile faite de crépitements et  d’étincelles.

Aussitôt, telle une ombre, subjuguée par la conversation, je fais demi-tour et  me glisse derrière eux,  en me demandant quelle pirouette le Papa allait faire pour lui révéler les mystères de  cette langue secrète : « Tu sais le feu raconte toujours une histoire, il danse, chante, siffle, expire, souffle, s’essouffle, se contorsionne, pétarade.  Il peut-être  le meilleur ami et le pire ennemi de l’homme ! Il aime jouer avec le vent, court sans s’essouffler . C’est une langue unique faite de couleurs étranges et de chants magiques et que l'on apprend en regardant. 

L’enfant écarquille les yeux, on y verrait presque des flammèches dansotter.

Méphisto s’est éloigné, je ne vois plus que  la force d’un récit empli d’amour d’un père qui raconte une histoire extraordinaire ;  l’histoire tendre d’un père  qui offre des rêves éternels à sa fille et qui me rappelle qu’un feu couve toujours au fond de nous, il suffit d’un moment d’intense émotion pour le rallumer et sentir cette douce chaleur nous envahir qui réchauffe les âmes et les cœurs. 

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02/12/2014

Histoire de livres voyageurs

DownloadedFile.jpegLors d’un des derniers billets que je titrai joyeusement « Mooc qui veut » j’ai dû réfréner ma joie en réalisant que des étudiants de pays lointains pouvaient effectivement  accéder aux cours sans parvenir à obtenir le livre recommandé.  Pour ce qui nous concerne, il s’agissait du cours de biologie de l’Université de Tel-Aviv donné par le Professeur Daniel Chamovitz et suivi par 22'596 étudiants de 176 pays différents : « What a plant knows » et qui recommandait au préalable l’achat du livre qui porte le même titre.

Un étudiant bengali dans le  forum en lien avec le cours, demandait  aux autres étudiants une copie version numérique. Je lui fis remarquer que si tous les étudiants faisaient comme lui, les auteurs se retrouveraient tous sur la paille et que faisait-il donc  des droits d’auteur ?  Il s’excusa alors précisant que Amazon ne livrait pas au Bangladesh et que le livre n’était pas non plus disponible dans les librairies de Dakha.  Je lui suggérai alors un troc, en lui envoyant le  livre commandé par moi auprès de Amazon et qu’en échange il pouvait me proposer l’ouvrage d’un des auteurs bengali de son choix.  Il me proposa Rabindranath Tagore ou Humayun Ahmed, possédant déjà plusieurs titres de Tagore dont «  La demeure de la Paix », et la « Corbeille de fruit », je choisis Humayun.

Une magnifique enveloppe truffée de beaux timbres suisses rouge vif partit pour Dakha. Je suivai avec appréhension le trajet via le site de la poste : Genève- Zürich- Allemagne, puis le néant ! 10 jours après  enfin un email  me confirmait que le livre de Daniel Chamovitz était bien arrivé au Bangladesh.

 

RD661711629CH – envoi international (Suisse → Bangladesh)

 

Numéro d'envoi CH:

Date

Heure

Evénement

Traité par

Remarques

 

mer. 19.11.2014

17:47

Dépôt

1200 Genève 12

 

 

jeu. 20.11.2014

02:26

Arrivée office frontière du pays d'expédition

CH-8010 Zürich 1

 

 

jeu. 20.11.2014

02:28

Départ de la frontière du pays d'expédition

CH-8010 Zürich 1

 

 

jeu. 20.11.2014

02:29

Départ de la frontière du pays d'expédition

CH-8010 Zürich 1

 

 

jeu. 20.11.2014

18:44

Arrivé dans le pays de transit

Asendia SCL Germany

 

 

sam. 22.11.2014

02:53

Sorti du pays de transit

Asendia SCL Germany

 

 

Malheureusement, notre partenaire de distribution dans le pays de destination ne met pas à notre disposition les événements liés aux envois.

Toutefois, ces informations manquantes n'ont aucune influence sur la distribution effective.

 

 

 Et la réponse immédiate de l’étudiant me parvint comme un cri de joie ! Et l’imaginer comme il l'écrit respirer  l’odeur du livre neuf m’émut profondément.

 "I have just received the book. I love the smell of new books. I have ordered a Humayun Ahmed's English translation, the name of the book is "In blissful hell". I am not sure if they can manage it or neither about the quality of the translation. However, there are 3-5 books available in the market in English- I will send you one of them. The best thing about the author is  readers can not stop reading his book, until he finishes it in one go."

I will send your book by this week and inform you about that.

Best wishes,

En conclusion, malgré des cours à la carte et gratuits, il faut non seulement posséder un ordinateur, être connecté à internet mais encore obtenir le livre et que de ce fait de nombreux étudiants ne pourront pas  suivre les cours du moins pas  dans les meilleures conditions.

 A mon tour, d’attendre l’ouvrage promis et j’imagine l'étudiant faire une longue queue à la poste de Dakha, puis coller des timbres colorés. Passer d'une écriture maladroite  du bengali. lettres aux formes arrondies représentées par  des triangles ou des crochets collés les uns aux autres et  barrés d'un trait horizontal,  aux lettres latines, tout étant bousculé de toutes parts.  Imaginer le trajet infini de ce livre que je trouverai  dans ma boîte aux lettres; ouvrir fébrilement la grande enveloppe venue de si loin et ensuite sentir en tournant les feuilles du livre, l’odeur épicée de Dakha se mêlant subtilement à l’odeur de papier et retracer avec délectation  le parcours  du livre de « In Blissful Hell » qui me plonge dans une béate attente qui pourrait elle aussi, être proche de l’enfer !

 

Un proverbe bengali :"La passoire dit à l'aiguille qu'elle a un trou !" ce qui équivaut à me semble-t-il "voir la paille dans l'oeil du voisin et pas la poutre dans le sien !"

 

 

20:27 | Tags : what a plant knows, daniel chamovitz, humayun ahmed | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |