05/12/2014

Mâchouiller la vie comme un vieux chewing gum usé

images.jpegLes personnages de Jim Harrison sont  des gens arrivés au bout d’eux-mêmes.  Après la fortune, un beau mariage, les belles maisons, la carrière, les enfants,  le néant ! Tout ça n’est qu’illusion et la vie n’a même plus de  goût amer, pire, l’amertume est encore la définition de quelque chose d’existant, l’existence  n’a plus de goût du tout. Penser au suicide n’aurait pas plus de sens, parce que se suicider est encore l’espoir d’un meilleur après la mort, ou la fin d’un insupportable ;  il y a là encore une forme d’attente. La  volonté de fin désigne secrètement le désir maladroit d'un avenir autrement.

Fatalistes, les personnages  de Harrison se laissent dériver tranquillement dans un courant inexorable puis surgit peu à peu, la seule forme de vie possible : observer le monde, avec cet  œil immense de poisson mort, penché sur le côté, un œil qui englobe le monde sans ciller avec cette  force puissante de l’immobilisme.

Avaler un autre chewing gum  et continuer à le mâcher, inlassablement plus par automatisme qu'autre chose, par habitude ? Après l'intensité du goût du début,  savoir qu’il se perdra encore et toujours  , seule demeure cette mécanique du mâchouillement  fatigué , immuable, un quotidien répétitif qui aurait perdu toute saveur. Ruminants, à l'oeil morne et éteint. 

En regardant le mur sale et gris  de mon bureau, j’ai suggéré une performance artistique intitulée "Hors-Murs"  et proposé que chacun amène un dessin pour cacher la laideur, en cela réside la puissance de l’art; camoufler l’horreur ou du moins la dissimuler ne serait-ce qu'un instant. Le gagnant recevra une bouteille de vin pour s'enivrer jusqu'à plus soif. 

Dans le fond, lorsqu’il ne reste plus rien et qu’on a cette sensation d’arriver au bout de soi, il ne reste plus que l’art pour continuer à vivre, l’art sans doute est une forme de désespoir qui permet de survivre à l’espoir désenchanté.

Assurément Nordstrom, le personnage de Harrison dans "L'homme qui abandonna son nom" a pris la posture d'un philosophe qui  regarde la vie couler comme un long fleuve tranquille en dansant le soir tout seul ! 

Une réflexion qui pareille à un  long parchemin, se déroule tranquillement à la faveur d’un jour gris au ciel bas noyé dans une brume épaisse, après la lecture de « Légendes d’automne » . Il  faut s’enivrer de mots  pour donner du sens et de la couleur à la grisaille. 

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Commentaires

Chère Djemâa, votre idée du dessin mis à nu sur la saleté de nos existences et le prix de la bouteille de vin à la meilleure oeuvre...génial l'idée! Schmolitz, Djemâa. Si vous voulez, on se prend une bonne caisse ensemble dans un petit bar genevois un de ces jours:-) Jean-Marie.

Écrit par : pachakmac | 05/12/2014

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