27/09/2014

Une kippa en colère

6a00e54eee744d883300e551e47a488834-800wi.jpgParis - Les roulettes de ma valise font un petit bruit sec sur le pavé de la grande esplanade de  la Cité des Sciences ; je file pour sauter dans un métro direction Gare de Lyon quand une scène m’interrompt net dans ma course et me fait ralentir le pas. 

Un homme que je ne vois que de dos et qui porte une kippa, arrête régulièrement des personnes d’origine étrangère et les interpelle, il ne semble pas tout à fait avoir sa raison bien que son  discours soit cohérent  : « Est-ce que vous vous sentez bien ici en France ? Moi je me sens très mal, de plus en plus mal » et il rajoute  « je vais bientôt partir, mais je suis déjà parti une fois, j’ai déjà une fois dans ma vie tout quitté  !  Trois ou quatre hommes d’origine africaine l’entourent avec beaucoup d’affection dans les yeux et l’écoutent parler. Pour ma part, je me rapproche doucement après avoir changé  de cap et toujours  en traînant ma valise pour à mon tour, intercepter  ces bribes de conversation.

 Les hommes qui boivent littéralement ses paroles, en hochant la tête,   admettent que la France, c’est très dur, un d'entre eux rajoute : t’y es né, t'y es pas  né, c’est la même chose, si t'as pas la bonne couleur ou le bon nom:  pas de boulot, pas de respect !  Un dialogue se poursuit durant lequel chacun compare son destin, mais dans l’ensemble, tous semblent d’accord. La France, c’est plus ça, voire ça ne l’a peut-être même jamais été  !

Finalement l’homme se retourne et je découvre alors son profil ;  assez grand, une soixantaine d’années sans doute d’origine sépharade, il porte beau, un long visage fin aux traits délicats, de grands yeux bruns cachés par de longs cils, des cheveux poivre et sel  bouclés dépassent de sa kippa.

En le voyant, j’ai un pincement au cœur, c’est vrai, il aurait pu être avec moi lors de mon premier  voyage Tunis-Marseille, en 1964,  lorsque nous étions entassés au fond de la cale, en 3 ème classe,  du bateau, mes quatre ans baignés dans les larmes amères des Juifs qui quittaient la Tunisie en laissant tout derrière eux.  Cet homme fâché avait, sans doute, été chassé de son pays d'origine,  poursuivi sa vie en France, élevé ses enfants, travaillé, construit sa maison et aujourd’hui, il doit reprendre ses bagages et fuir à nouveau parce que la France ne protège plus personne.

De jeunes français devenus,  sous la manipulation, des  islamistes djihadistes , désabusés, sans perspective d'avenir dans leur pays et  qui  partent par milliers se faire tuer en Syrie et en Irak. Des français de confession juive  qui s’enfuient en Israël, du reste, la plupart d'entre eux n’avaient jamais envisagé un tel projet.  Ils sont plus de 6'000 à être partis depuis les échauffourées de cet été,  les autres toute origine confondue et français d’abord,  galèrent et rament au milieu des six millions de chômeurs.

Et si c’était  la France  qui allait  mal ?  Un pays en déliquescence où tout s’effrite, où tout y devient délétère, où tout part à vau-l’eau.  Un pays asphyxié et asphyxiant  qui entame sa lente dérive;  en perte  de sens, de valeur, de respect, de protection de ses communautés multiples et françaises avant tout,  qui pourraient former un bel arc-en-ciel, panachage fantastique de couleurs et de ton subtils, et qui au lieu de cela s’affrontent  sous les yeux passifs d’une France inerte, souffreteuse ou profondément malade.

Quant à moi, je préviens.  Méfiez-vous!  quand les Juifs commencent à partir, c’est le début de la fin.  Il suffit de voir en Tunisie, c’est la débâcle ! Les Tunisiens  ne s’en sont toujours pas remis d'avoir chassé  leurs frères.

 שנה טובה

 

 

 

 

 

 

12:13 | Tags : juifs de france, sépharade, france, chômage | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Merci pour ce récit. A la fin du 19e siècle, le nouvel antisémitisme gagnait l'Europe. Dans nombre de pays le nationalisme croissant bâfrait ce nouveau rejet des Juifs, désormais détestés comme étrangers. Beaucoup de Juifs fuirent. Les nationalismes n'étaient pas repus, la Première Guerre mondiale éclata. Et passa. Beaucoup de Juifs furent chassés, et vint la Deuxième Guerre mondiale. De grands efforts furent accomplis lorsque cette dernière fut matée pour développer un monde pour tous. Ils sont épuisentés. Des nationalismes furieux, racistes, théocratiques à nouveau soufflent un peu partout. Il est encore temps d'accueillir les réfugiés et, mieux, de travailler à ce qu'il ne faille plus fuir.

Écrit par : Karl Grünberg | 29/09/2014

"Je suis trois fois apatride.

Comme natif de Bohême en Autriche

comme Autrichien en Allemagne

comme juif dans le monde entier"

Gustav Mahler

Écrit par : Patoucha | 29/09/2014

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