13/09/2014

LE SILENCE DES CHARTREUX DE LA VALSAINTE

resized_488x307_origimage_484152.jpgDans la vallée du Javroz, longue et profonde,  au Sud de Fribourg, se cachent au pied de la montagne de la Berra, les Chartreux de Valsainte, derrière les hauts murs blancs d'un ensemble architectural extraordinaire datant de 1295. C'est là, près de Charmey,  que leur ordre se repliera lorsqu'il sera chassé, -  comme de nombreux ordres religieux,-   du Dauphiné , par la loi anti-cléricale de 1901. 

Les derniers Chartreux ont pour credo,  depuis Saint Bruno, né à Cologne en 1035 :  "Soli Deo". Ils continuent à vivre comme dans les premiers temps de l'ordre crée, il y a plus de neuf cents ans ,  en  se conformant  strictement  aux trois voeux fondamentaux : chasteté, pauvreté, obéissance. 

Une communion mystérieuse entre l'homme et le Divin tissée de silence;  de repli sur soi, d'abnégation, de voeu de pauvreté, et pour choix, une vie austère coupée du monde.

Dans la petite chapelle aux allures si simples avec ses  rangées de bancs en bois   , - attenante au monastère -   le dimanche matin, à l'heure de la prière, deux  Pères sont couchés, cote à cote,  devant l'autel , séparé par un grillage.  Un office religieux sans bruit, sans sermon, sans prêche, sans encens,  sans imprécation, sans admonestation, sans exhortation, sans jugement. La simplicité des lieux offre un lieu de recueillement parfait. 

Une prière monastique où chacun peut à loisir trouver au fond de lui, une ferveur qui ne demande qu'à se révéler dans le calme et la sérénité, 

 A l'heure, où le bruit et la fureur du monde emplissent nos consciences d'une agitation incessante, cette profession de foi, nous ramène à notre dimension la plus sacrée. Qu'importe à quelle religion appartient le visiteur, qu'importe même si le visiteur ne se sent affilié à aucune d'elle. 

Les ermites que nous pouvons admirer dans leur vie cartusienne, nous proposent une école du silence, ; langue universelle. Le chemin le plus court pour se redécouvrir : un retour sur soi, une autre façon de suspendre le temps au-dessus de nos têtes sous la voûte céleste, freiner notre frénésie d'action pour davantage de réflexion. Un moment sublime d'une union rare qui nous permet à travers le silence de se sentir  ce qui nous relie aux autres  et non point ce qui nous en sépare. La parole peut, elle, si  souvent diviser. 

Un silence plus pur que le cristal, à travers lequel nos émotions se déploient lentement dans cette forme si rare d'une communion solennelle avec soi-même, où l`âme agitée dans une perpétuelle inquiétude trouve enfin un peu de répit.  Enfin,  une  sensation naissante qui rappelle que tout  le reste n'est plus que superflu, surtout la frénésie des corps qui s'agitent en un perpétuel mouvement, soumettant l'âme à l'impitoyable vacuité d'une hyperactivité qui n'a que pour seul objectif, souvent, d'éviter de se retrouver seul, face à soi.  

 Les moments de solitude sont toujours propices aux grandes questions et on voudrait pourtant les fuir, elles sont si dérangeantes.  Ne pas avoir à se demander dans le fond, vers quoi on tend, à quoi ça sert de courir après le vent, sombrer dans une loghorée sans fin parce qu'on redoute le silence, accumuler des biens qui finissent par nous posséder, corps et âme. Se disperser avec mille choses insignifiantes qui nous engloutissent entièrement.   

L'étude et la réflexion exigent du silence, du calme, du ralentissement, avec cette nécessité de se soustraire parfois, même souvent à l'agitation enfiévrée du monde. 

Un moment de  contemplation qui nous offre, sans doute,  ce qui nous est le plus précieux :  une réconciliation avec soi pour mieux appréhender le monde.

Dans le silence sacré, nous recueillerons les fruits de nos pensées les plus mystérieuses et sans doute les plus généreuses. 

Stat crux dum volvitur orbis 

20:36 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Merci Djemâa.

Écrit par : hommelibre | 21/09/2014

Les commentaires sont fermés.