12/07/2014

Ces écrivains de l'entre-deux mondes : Yahya Hassan le dano-palestinien et Sayed Kashua l'arabo-israélien

Yahya_Hassan.jpgAvant mon départ au Danemark, un artiste plasticien m’envoie la liste des écrivains danois ; Jakob Ejersbol, Karen Blixen, Inger Christensen,  Jørn Riel que je lis actuellement « Le jour avant le lendemain » et  naturellement à ne pas oublier le poète qui défraie la chronique Yahya Hassan.

Un jeune poète danois âgé de 19 ans qui fustige la communauté à laquelle il appartenait, force est de le mettre à l'imparfait,  tant il l’a critiquée et s’en est démarqué.  Né dans une banlieue défavorisée à Aarhus où ses parents s’y étaient installés dès 1980,  parmi les réfugiés libanais, syriens, les enfants nés au Danemark y grandissent comme dans des camps de réfugiés, la langue parlée obligatoire est l’arabe et bien que grandissant au Danemark, ils  n’ont pas le droit de s’exprimer en danois. Ce qui les amène à devoir par la suite fréquenter des centres pédagogiques pour réadaptation.

C’est un recueil de  150 poèmes qui porte son nom  qui mit le feu au poudre ; enfance difficile, père violent abruti devant la chaîne Al-Jazeera et fraudeur social.  Le jeune poète hait la religion et le clame en vers,  haut et fort,  ce qui lui a valu de nombreuses menaces de mort. Athée auto-proclamé il revendique une totale liberté d’expression.

Une deuxième artiste dano-iranienne est la cible Firoozeh Bazrafkan a été condamnée pour racisme pour avoir écrit sur son blog des propos qui fâchent.

Le seul doute qui demeure et qui s’impose à nous est de savoir si c’est leur art et poésie qu’on admire ou si  leur succès est une récupération pure et simple des milieux d’extrême-droite qui peuvent s’appuyer sur leurs dire, dans une forme d’hypocrisie et de s’excuser:"ce n’est pas moi qui le dis mais c’est lui que « l’Islam a été réduit à l’idéologie sans âme des islamistes » et que les musulmans  vivent en mode binaire sur deux rails « Halal/Haram » « Paradis-Enfer » , tout ce qui est entre deux est gouffre d’ignorance." 

Toujours selon le jeune poète en colère,  les garçons de sa génération  au Danemark prient le vendredi et le reste du temps il boivent, fument du cannabis, couchent avec des danoises jusqu’à ce qu’ils se marient avec une fille arabe. Une vie schizophrène et pourtant c’est dommage, selon Yahya, la religion musulmane a été éclipsée par des préceptes d’interdits que l’on frappe sur la tête des ignorants et le message spirituel profond a disparu ou n’est plus que la propriété d’une petite élite d’intellectuels.

 

Sayed Kashua.jpgCes poètes et écrivains de l'entre-deux mondes sont passionnants.  Ils ont pour eux d’avoir plusieurs générations d’avance. Pensons à  Sayed Kashua auteur de « Les Arabes dansent aussi » premier écrivain arabe à écrire en hébreu;  un écrivain hybride coincé entre deux mondes qui s'opposent, aujourd'hui plus que jamais,   et c’est la pirouette qu’il nous offre,   pétrie d’intelligence et de brio avec une analyse implacable des deux sociétés. Un trait qui transgresse dans les deux sens, avec ces visions qui  se confrontent en un kaléidoscope aux prismes multiples et dont ces poètes écrivains apprennent à nous en montrer toutes les variantes et toutes  les subtilités de là, où ils se trouvent, assis sur leur promontoire, légèrement en retrait,  à comprendre les signes les plus  infimes de ces cultures qu’ils mêlent et pétrissent sous leur plume pour nous offrir un regard nouveau sur le monde qui nous entoure et au sein duquel nous restons enfermés par ce manque de distance, par ce besoin de communautarisme grégaire.  

Des écrivains devenus solitaires, bercés par une douce errance au sein des mondes dans lesquels ils évoluent, coincés entre deux cultures, mais si en avance sur leur temps parce qu'enrichis de ces deux héritages ou plusieurs selon   ! Transformés en dignes  héritiers de ces mutations singulières, ils osent porter un regard différent qui permet le trait de génie le plus absolu : la transgression sans laquelle il n’y a pas d’art ! 

11:46 | Tags : yahya hassan, sayed kashua | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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