22/06/2014

L’altérité, à l’origine du monde

4081399377.jpgJean-Michel Oughourlian,  neuropsychiatre à l’Hôpital américain de Neuilly et ancien professeur de psychopathologie à la Sorbonne  nous offre un troisième cerveau. Après le premier cerveau, siège du raisonnement et de l’intelligence, le deuxième cerveau émotionnel, enfin on en découvre un troisième qui régit les deux premiers et dit cerveau mimétique. Une révolution, sans doute la plus grande révolution psychologique du XXème siècle, les recherches ont débuté dans les années 90, elle  nous impose une nouvelle interprétation du monde. « Les neurones miroirs sont à la psychologie, ce que l’ADN est à la biologie » selon un grand chercheur en neurosciences.

L’altérité structure notre comportement, elle est constitutive de nos comportements. à travers ces neurones  miroirs caractérisés par leur capacité à réagir aux actions et aux intentions d’une autre personne, notre inter-dépendance est indissociable de tout mécanisme identitaire:  Moi, est un autre  et l’autre participe à ma construction  !

Pour exemple , un mari regarde avec ennui son épouse, un deuxième homme arrive et observe avec des yeux émerveillés sa femme, automatiquement le désir du mari sera réactivé. Le désir par mimétisme, crée le désir. 

Un effet miroir qui montre que les mêmes zones sont activées dans le cerveau de celui qui fait une action et dans le cerveau de celui qui l’observe. 

Pour s’adresser à ce cerveau nous ne disposons que de nous-même. Le désir qui nous anime est le fait du désir de l’autre, on désire par mimétisme. Le neurone est miroir de l’autre, et à notre grand bonheur une machine ne peut en aucun cas remplacer l’autre,  l’effet n’aura pas lieu. Ceci ne se réalise qu’entre humains. Certains animaux comme les singes grâce à leurs neurones miroir, chez les macaques particulièrement, reproduisent ce qu’ils voient faire chez les humains, mais rarement en sens inverse.

Empathie,  compréhension intuitive, infra verbale, les hommes communiquent entre eux de manière intuitive d’abord avant de rationaliser.  Les autistes n’auraient pas de neurones  miroir ou ils seraient en déficit.

L’empathie est à l’origine de cette propriété mimétique, un processus qui permet d’entrer dans l’autre et de ressentir ce qu’il ressent, de désirer ce qu’il désire. Un troisième cerveau qui nous permet de vivre ensemble, Le troisième cerveau, note Oughourlian, nous a appris l’importance décisive de la réciprocité. Le sourire, l’amabilité, la politesse, dit-il, entraînent en général une attitude en miroir rendant possible sinon agréable la vie en société.

 Pour  Oughourlian, le malheur de la condition humaine réside dans la difficulté à accepter l’altérité de son propre être, à accepter que le moi est un “autre”, et que cet autre qui me constitue m’est antérieur (…) L’histoire de l’humanité et l’histoire de chacun de nous est celle de nos révoltes contre la reconnaissance de cette altérité, celle de la revendication de notre originalité, de notre antériorité et de la priorité de notre désir sur celui de l’autre qui l’a inspiré, induit, suscité, créé. »

 

Seul un processus long et individuel de reconnaissance de cette altérité conduira à un monde plus sage.


Interview de Jean-Michel Oughourlian  sur France Inter, émission La tête au carré

Le Troisième cerveau 


Notre troisième cerveau de Jean-Michel Oughourlian, édition Albin Michel, 2013 

 

 

Commentaires

Votre exemple: le mari qui regarde sa compagne avec ennui jusqu'au moment où un autre homme la regarde avec émerveillement. L'émerveillement en question n'a-t-il pas flatté le mari trouvant ou retrouvant par le fait SENS à la présence de son épouse, SENS à leur vie commune? Vanité flattée donnant SENS:

Epouse-moyen pour flatter la vanité de l'époux

Epouse-objet

Epouse-jouet

Las!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/06/2014

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