10/05/2014

L'incendie

images.jpgMontréal, janvier 1965 - Un blizzard secouait sans interruption la porte d'entrée comme si quelqu'un voulait absolument entrer, à force d'acharnement, tandis que tous dormaient paisiblement, dans l'humble logis ; une mère de famille et ses 5 enfants. Quelques jours auparavant, aux alentours du 27 décembre 1964, la maman fit appel à l'électricien qui devait réparer le tableau électrique qui surchauffait dangereusement avec ses grésillements et ses étincelles pétaradantes. Il promit de venir, mais seulement après les fêtes.

 

Or, le tableau n'attendit pas sa venue pour prendre feu et se transformer en brasier incandescent , flammes échevelées prises de folies et qui se mirent à courir et se répandre derrière la paroi en bois attenante aux chambres où tous dormaient. Eveillée par la forte odeur de cramé et la fumée déjà présente dans toute la chambrée, la maman secoua le dernier enfant, alors âgé de 15 ans et d'un ton calme et posé lui demanda d'appeler les pompiers.

 En quelques enjambées , le jeune atteint une borne rouge située sur le trottoir, à l'angle de la rue et dont il fallait casser la petite vitre pour appuyer sur le bouton d'alarme directement relié à la caserne des pompiers,  très proche du lieu de l'incendie. Cinq minutes passèrent, longues et infinies, et le jeune au comble de l'angoisse, ne voit toujours  personne venir, à ce moment passe une voiture de police, les agents l'interpellent : »Petit, c'est chez toi que ça brûle ? Monte donc dans la voiture !"

En parvenant chez lui, moins de sept minutes après son départ, il réalise que tout a flambé, qu'il est impossible de rentrer dans la maison et que nul n'a réchappé de l'incendie. L'enfant voit sa vie s'effondrer, partie en flammes, explosée en mille craquement, emportée par des volutes épaisses et tournoyantes dans un ciel noir d'une nuit glaciale d'un cruel mois de janvier. Tout, absolument tout est parti en cendres. 

 

27 ans plus tard, en 1992, l'enfant devenu adulte et alcoolique décide de participer à une première réunion des AA (Alcooliques Anonymes). On lui jure que c'est le meilleur groupe du monde. Il s'assied en insistant sur le fait de simplement vouloir assister sans être forcé d'intervenir. L'animatrice lui indique que le créateur de ce groupe est le meilleur des hommes et dont l'histoire est  incroyable. 

Un grand gaillard, les épaules voûtées, prend place devant le petit auditoire et explique comment il a décidé d'arrêter de boire :
- « c'était par une nuit de janvier en 1964, nous étions tous fin torchés, lorsque l'alarme retentit dans la caserne, nous étions ivres et pour la plupart profondément endormis. Nous n'y sommes pas allés, même si on avait voulu, nous en aurions été  incapables !  !Quelques heures plus tard, on apprit qu'une mère de famille et 4 enfants étaient morts dans l'incendie, depuis ce jour-là, j'ai décidé de ne plus toucher à une goutte d'alcool. « 

Salve d'applaudissements, l'animatrice présente le nouveau qui très pâle se lève, chancelant, fait face à l'auditoire, il se retourne vers l'orateur et annonce qu'il est devenu alcoolique depuis une nuit de janvier 1965, lorsque sa mère,  ses frères et soeurs brûlèrent dans un incendie et que les pompiers ne vinrent jamais.

L'ancien pompier est alors pris de malaise, sa femme, assise à côté de lui doit le soutenir, il est à deux doigts de s'évanouir. Très émus, les deux hommes s'embrassent en pleurant, deux alcooliques anonymes qui trouvèrent la force de combattre leur démon et faire face chacun au drame de sa propre vie.


L'homme déclara qu'à partir de cet instant, il se sentit entièrement libéré grâce au témoignage du  pompier , d'une profonde et insoutenable culpabilité, car il s'était toujours cru coupable de la mort de ses proches. Il passa des années à se dire qu'il n'avait peut-être pas appuyé suffisamment fort sur le bouton ou qu'il avait oublié de faire quelque chose de particulier et indispensable dans ces cas-là. Non seulement, il quittait l'alcool mais laissait aussi définitivement derrière lui, la culpabilité destructrice d'avoir été responsable de leur mort.

 

A chaque fête des Mères, l' homme raconte son histoire et se dit que sa mère aurait été heureuse de savoir qu'il avait su pardonner. Elle aurait été, sans doute,  fière de lui.  

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Commentaires

Le pardon arrivant du "par don" puisque ce qui est donné ne se discute plus, il faut savoir dans le détachement obtenir le temps de précipiter dans une assez grande confusion qui permettrait de voir cette imperfection qui nourrit le pardon..sans quoi le pardon n'aurait pas de sens..

le pardon n'est pas innocent ni absent, c'est un acte de courage, surtout quand on doit se pardonner à soi-même..

bonne fête des mères aux femmes qui gardent le pardon de leurs enfants en attendant qu'il ne soient plus trop occupés à se perdre pour se rendre compte qu'il faudra avant ou après arriver au pardon...

bien à toi Djemâa ...

Luzia

Écrit par : luzia | 12/05/2014

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