26/02/2014

Antonio Pagnotta – Chronique d’un engagement


antonio pagnotta,fukushima,naoto matsumura,japonEntretien avec Antonio Pagnotta, en direct de   Hiroshima  -

Premier juin 2011, le masque collé au visage, qui vous mord comme un chien, la respiration difficile,  Antonio Pagnotta avance dans Tatsuta au Japon, un village totalement déserté de ses habitants, dorénavant déclaré zone interdite, situé à moins de 30 kilomètres de Fukushima.  Le photojournaliste sent ce jour-là qu’il franchit une frontière effroyable, un seuil qui l’entraîne dans un basculement terrible de la conscience ;  seul au monde, au milieu de nulle part,  au cœur de la barbarie, là où l’homme est devenu le plus grand danger pour  l’homme.

 Il marche sur les traces du dernier homme de Fukushima, Naoto Matsumura, qu’il doit photographier. Le matin l’accueille avec une lumière bleu acier, la couleur des  radiations, celle de la mort silencieuse, bleue, froide, indifférente. Sans bruit, elle envahit tout sur son passage et achève dans son linceul de silence hommes, animaux, plantes. 

 Témoin unique d’une expérience sans précédent, Antonio Pagnotta réalise que la catastrophe nucléaire est inéluctable, après Tchernobyl, Fukushima, la Chine sans doute et très vraisemblablement un jour, la France. Oui ! Il faut cesser de croire que cela n’arrive qu’aux autres, la France et tout autre pays européen ne sont plus à l’abri de rien, les ingénieurs français ne sont ni pires ni meilleurs que les autres. 

 

Quelque chose d’irréversible bascule dans la conscience du photographe. Après avoir vécu cela, il perçoit le danger imminent qui saute au visage, et il ne lui reste plus que l’engagement à travers un activisme bénévole sans faille, jour après jour. En lanceur d’alerte, il pressent les séries d’accidents nucléaires  qui ne font que commencer ; à Fukushima,  on dénombre 14 réacteurs en alerte. C’est une guerre nucléaire contre l’homme qui a été déclenchée et derrière cette chose insensée se tapit un énorme lobby qui s’attaque  aux hommes tandis que l’argent circule en masse.  Le nucléaire draine des fortunes qui, pour certains, valent et justifient  le sacrifice de quelques milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

Le photojournaliste relaie le  témoignage d’un agriculteur, Naoto Matsumura, qu’il suivra pas à pas. C’est l’histoire d’un homme qui a un nom et qui témoigne à visage nu. Un homme dont le parcours pourrait être associé  au  parcours christique d’un Saint-François d’Assise qui traverserait un désert et n’aurait plus que les animaux avec qui parler. Planter dans un décor, l’essentiel, le sacré : la vie.

 

Le choix des  prises de vue de Antonio démontre aussi un souci de respect du sujet. Planté en face de lui , il impose sa volonté d’établir un rapport démocratique même à travers le téléobjectif ; le photographe n’est pas invisible, le sujet l’observe et il l’observe.

 

Né à Corigliano Calabro dans la province de Cosenza en Calabre, il a 58 ans. De 1990 à 1999, il travaille à Tokyo pour la presse française et internationale et se distingue par des scoops : « La carrière secrète du cannibale Japonais » puis, après l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, il parvient à photographier l’usine où se fabriquait ledit gaz près du mont Fuji. Ces photos sont considérées par les Japonais comme le scoop du siècle. D’autres clichés rares et interdits le consacreront photojournaliste du Japon.

 

 

Depuis avril 2011, Antonio Pagnotta se consacre exclusivement aux conséquences du désastre nucléaire de Fukushima.

Il accompagnera le dernier homme de Fukushima, Monsieur Naoto Matsumura lors de son périple en Europe, dès le 4 mars à Paris : 

Puis,  la Suisse : 

 18 mars :  conférence à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne

19 mars :  matin, vigie devant l’OMS avec Independant Who à Genève

 

 pour en savoir plus :

http://www.ledernierhommedefukushimaafessenheim.com/

http://www.fukushima-blog.com/

 

 

Son livre : « Le dernier homme de Fukushima »  est publié aux Editions Don Quichotte, 2013.

 

07:11 Publié dans Résistance, Solidarité | Tags : antonio pagnotta, fukushima, naoto matsumura, japon | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

24/02/2014

Suzan Samanci - Ecrivaine kurde à Genève

suzan samanci;Kurde, Mon invitée - Suzan Samanci est écrivaine Kurde de Turquie, elle  est née le 20 Septembre 1962 à Diyarbakır. Elle a travaillé comme chroniqueuse pour les journaux Demokrasi, Gündem, Özgür Politika et Taraf. Elle a deux enfants et vit à Genève depuis cinq ans. Elle a publié ses premiers poèmes dans la revue Sanat Olayı en 1985. Avec son recueil de nouvelles, la neige s'installe sur les montagnes de Moor (1996), elle a reçu le deuxième prix au Concours Orhan Kemal histoire courte en 1997.

Ses œuvres largement traduites,en anglais, espagnol, français, allemand, arabe et sorani offrent  un regard exceptionnel sur le drame kurde mais aussi un regard sans complaisance sur le statut des femmes.  A travers ses nouvelles courtes et intenses, elle balaie d’un trait incisif une réalité insoutenable dans des univers clos qui étouffent le lecteur sans pour autant évincer une esthétique qui donne au drame une puissance métaphorique : 

 

Rojîne

 

Le journaliste, chez qui j’allais pour le nettoyage, m’a dit : « D’après ce que j’ai entendu dire, ils vont permettre le retour aux villages ». Ma Rojîne et l’herbe de mon village qui sent les montagnes m’ont tellement manqué!.. Ils avaient brûlé notre maison mais ce n’est pas grave. Nous allons la reconstruire. Je n’ai pas pu m’habituer à la vie citadine ; comment ces gens arrivent-ils à vivre ainsi ?! Tous les matins je pleure en allant au travail. Lorsque je commence le nettoyage de la maison de l’écrivain qui fait un programme à la télé, je me ressaisis petit à petit. L’écrivain me console en me  taquinant ; il me dit : « vous, vous dites ‘kartol’ aux pommes de terre n’est pas ?» Il paraît que sa femme est native de notre pays. Selon les dires de cette dernière, il y a longtemps, ses aïeuls ont été envoyés en exil à Istanbul. Elle me demande de lui raconter notre pays ;  lorsque je le lui raconte, elle ne me croit pas et, en faisant la moue d’un air incrédule, elle me dit: « Mais non voyons, est-ce possible ? » Je crois que c’est une femme foncièrement bonne ; mais, son comportement m’étonne quand même. Dans ce bled, « l’honneur ne vaut pas plus cher qu’une botte de persil !.. » Dans notre pays, si une femme agissait comme elle agit ici, elle, on l’aurait immédiatement fusillée, je n’ai aucun doute là-dessus. Or ici, cette femme arrive à mettre dans le même sac et son mari et son amant. Est-il possible que son mari ne soit pas au courant des amourettes de sa femme ? C’est une femme avare, une grippe sou. L’autre jour, elle a rempli mon sac avec des repas avariés et des pommes de terre pourries. J’ai avalé ma salive et je n’ai pas pu dire. « Même dans mon village, je mangeais mieux que ça ». Quand je travaille elle me suit de près ; par exemple, lorsque je frotte les toilettes, elle se plante à côté de moi et elle dit sans arrêt : «  Frotte bien, frotte bien ». Alors je lui répond gentiment:  « Mais oui Madame, mais oui… », mais je m’apitoie sur mon sort et j’ai envie de pleurer.

 

Il faut que je termine vite mon travail. Maintenant mon mari ne se fâche plus à tout venant, comme il avait autrefois l’habitude de le faire dans notre village ; mais j’ai peur du noir et des voitures  qui passent en zigzagant comme des serpents.

 

Un jour, lorsque j’époussetais sa chambre, l’écrivain m’a demandé : « N’es-tu pas la mère de Rojîne ? » « D’où le sais-tu ?» lui ai-je répondu. J’étais comme figée de surprise. Il m’a montré une photographie sur laquelle je tenais dans mes bras le corps inanimé de ma fille devant  la porte de la morgue. Je l’ai supplié en lui disant : « je t’en supplie, cela doit rester entre nous. Mon mari  m’avait tellement battue à cause de cette photographie, lorsqu’il l’avait vue. » Mais sa voix était tellement douce… J’ai entendu s’éloigner les pas de sa femme qui allait retrouver son amant. L’écrivain m’a dit : « Parle, cela te soulagera ». Alors je me suis assise en face de lui.

 

Quand les gendarmes sont descendus au village, il faisait beau comme aujourd’hui. J’étais en train de carder les toisons des moutons dans la cour. Les gardes champêtres  qui portaient des gilets pare-balles sont arrivés comme le vent et entrés dans la maison. En peu de temps ils l’ont mise sens dessus dessous. Par dessus le marché, ils nous ont interpellés rudement : 

« Nous avons faim, préparez-nous quelque chose à manger ». Mon mari a dû égorger deux dindes. Il était tellement en colère qu’il a cherché noise à Rojîne. Lorsque nous vivions au village, j’avais très peur de mon mari. Ma Rojîne était la plus belle fille du village. Ses cheveux blonds tombaient sur ses épaules comme des cascades. Tous les jeunes du village brûlaient pour elle. Les gendarmes et les gardes champêtres qui venaient au village pour fouiller les maisons la regardaient avec des yeux avides. Hüso, le plus cruel des gardes  champêtres, était  un ami proche de notre famille, comme un deuxième père de notre fils. Lui et mon mari allaient chasser ensemble et  cultivaient aussi le potager. Mais l’envie de se faire de l’argent facile et d’avoir la possibilité de porter une arme avait été finalement plus forte que l’amitié. Une fois, il avait même fait battre  mon mari au milieu du village, devant tout le monde.

 

Ma Rojîne était dans sa quatorzième année. Elle était ma plus grande aide. Je lui achetais des babioles chez le marchant ambulant pour son trousseau. Ces achats lui faisaient plaisir. Son père n’était pas d’accord. Il disait : « je donnerai ma fille, en fin de compte,  à un taureau étranger ; dois-je aussi lui donner des biens par dessus le marché ? »

 

 Ce jour-là, Hüso et ses copains se sont étendus sur les matelas. Ils parlaient et riaient entre eux. En rentrant du tandour, j’ai rencontré Hüso dans la cour ; il était en train de nouer les cordons de son pantalon. Après avoir mangé chez nous, ils sont descendus dans le village pour rafler des dindes et des agneaux. Ils ont dit : « Nous les amènerons au poste de la gendarmerie pour les donner au commandant ». Après leur départ mon mari a donné des coups de pied à tout ce qu’il a rencontré sur son chemin. Je me suis tirée en douce. J’ai cherché Rojîne partout ; lorsque je suis entrée dans la grange en marmonnant, j’ai entendu des gémissements. J’ai aperçu Rojîne, elle s’était penchée sur les bottes de foins et elle sanglotait. Soudain tout est devenu noir devant mes yeux. J’ai crié : « Qu’est-ce qui se passe ? » « Je suis tombée sur le soc de la charrue » m’a-t-elle répondu. Je me suis jetée sur elle comme un oiseau de proie ; j’ai tourné son visage vers la lumière du jour. J’ai regardé dans ses yeux. « Dis-moi la vérité » ai-je dit. Elle a évité mes regards. Ses cils mouillés ont tremblé. Elle m’a dit en gémissant : « Que je sois damnée maman, si je ne dis pas la vérité ».

 

A partir de ce jour Rojîne a perdu l’appétit. Elle pleurait sans raison apparente, elle avait des absences. Nous ne pouvions plus nous coucher sur le toit. Nous avions peur des aboiements féroces des chiens, des lumières que nous apercevions briller autour du village. La chaleur et les moustiques aussi nous empêchaient de dormir. Surtout moi, j’étais continuellement sur le qui-vive. Une nuit, j’ai aperçu Rojìne qui se faufilait comme une ombre dans l’entrebâillement de la porte. Je l’ai suivie. Elle s’est arrêtée un instant sous l’escalier et a regardé autour d’elle. Ses pieds nus étaient tellement beaux sur  les cailloux… Le feu d’une cigarette a brillé et disparu immédiatement, au delà de la bergerie. Rojîne a défait ses cheveux.  Elle s’est balancée comme une fée de nuit. Je suis allée à quatre pattes jusqu’à côté de l’entrepôt. J’ai regardé par la fenêtre et aperçu Rogîne dans les bras de Neçirvan, le fils de l’imam. Je n’étais pas fâchée. Dans ma jeunesse moi aussi j’étais tombée amoureuse ; mais  pas de mon mari bien sûr. Je rencontrais mon amant dans l’étable de Emo, la veuve. Emo restait assise devant la porte et faisait diversion aux passants. Chez moi je dérobais du sucre et du gruau et les donnait à Emo. Cette dernière était ravie. Sa langue pendante et l’un de ses yeux fermé, elle me demandait même du tabac. Mon père grondait Teyfo de Helhel  en lui disant : « Ton tabac est maudit, il part trop vite ». Je n’ai pas pu épouser Rizo. J’ai dû épouser mon cousin, le fils de mon oncle paternel. L’herbe de ton propre jardin est toujours amère…

 

Lorsque j’ai aperçu les deux jeunes sous la lumière de la lune, mes yeux se sont d’abord remplis de larmes,  mais  ensuite j’ai eu peur ; car j’ai pensé que mon mari pourrait les voir. Ils s’embrassaient et se caressaient. A un moment donné, Rojîne s’est appuyée contre le mur et a pleuré. Neçirvan lui a caressé les cheveux.

 

Le lendemain, la femme cadette de l’imam est venue chez nous. Dans notre pays les imams ont la considération de tous et c’est pour cette raison que, non seulement eux-mêmes, mais leurs femmes aussi se donnent des airs. Elles ne rendent visite à personne et se contentent de donner des ordres à droite et à gauche. Ce jour-là la femme de l’imam  n’avait pas cessé de faire des manières. Elle disait : «  Mon fils mange les olives avec une fourchette ». Aussi, j’ai fait la difficile et dit « Ma fille est encore très jeune et d’ailleurs c’est son père qui décide ». Je n’aime pas les imams, ils sont libidineux… Ce soir l’imam aussi est venu ; et il a commencé à prêcher… En partant  il a fait allusion au mariage. Mon mari a dit : « Je veux bien si c’est vraiment de bon augure ».

 

Lorsque je me suis rendue au réduit aux provisions, j’ai retrouvé Rojîne derrière l’armoire ; elle était en pleurs. Elle a dit : « Maman » et s’est tue, en évitant de me regarder. Je lui ai dit : « Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as tes règles ou quoi ? » Elle a enfoui sa tête entre ses genoux et  gémit : « Maman, j’ai mal au cœur ».  Ensuite, elle est sortie  dans la cour pavée et a vomi. Elle ne voyait,  ni n’entendait… Elle renversait les grands plateaux, faisait déborder le lait, elle gardait continuellement le silence. Elle faisait semblant de jouer avec son frère benjamin pour sauter de l’escalier. Une fois je l’ai surprise  pendant qu’elle prenait son bain, sa taille de guêpe avait épaissi et ses hanches s’étaient arrondies. Alors,  j’ai immédiatement compris, ce n’est quand même pas pour rien que j’ai mis au monde dix enfants. Je l’ai appelée: « Rojîne ! » En m’entendant, elle a sursauté. Elle a essayé de couvrir son ventre. Elle s’est levée. Elle était comme folle. Elle s’est donné des coups de poing sur le ventre. Elle s’est cognée d’un mur à l’autre. Elle m’a dit : «  Je porte le bâtard de Hüso ». Je lui ai répondu : « Ne mens pas, tu t’es fait engrosser par Neçirvan ». Alors elle a juré en mettant la main sur le Coran et m’a raconté son histoire, en sanglotant : « Le jour où tu m’avais vue dans la grange, j’étais sortie dans la cour pour jeter des grains aux poussins. Hüso m’a vue. Il avait son arme à la main. Il m’a interpellée et dit : ‘Viens, ton père veut te voir’ ». Nous nous sommes enlacées et nous avons pleuré ensemble. Nous, nous ne pouvons pas aller en ville, chaque fois que nous en avons envie ; même mon mari ne peut y aller que deux fois par an. Alors j’ai commencé à supplier Dieu pour que ma fille puisse se marier le plus rapidement possible. Il est maintes fois prouvé que, si l’on fait un vœu avec beaucoup d’insistance, il ne se réalise jamais ! Et lorsque Neçirvan est parti pour faire son service militaire …

 

Le ventre de ma Rojîne grossissait chaque jour un peu plus. Je n’arrivais plus à dormir la nuit. J’ai visité les tombes de tous les saints hommes ensevelis aux environs de notre village. Un jour,  après avoir fait avaler à ma fille du henné dilué dans de l’eau, j’ai appuyé de toutes mes forces sur son ventre ; alors la pauvre a gémi de douleur comme un faon blessé. Finalement, un jour, son père a tout remarqué. J’ai essayé se le persuader que c’était à cause de la jaunisse. Il m’a battue si violemment qu’il a brisé quelques unes de mes dents  et démis l’un de mes bras. Ma fille m’a fait boire du lait tiède et manger  de la bouillie. Le pire c’était l’attente ! Nous sommes allés à pied au dispensaire du bourg. Comme mon mari sait lire et écrire, il ne se sent jamais intimidé devant les officiels : employés et autres. Cette fois-ci, mon mari avait l’air  d’un homme très doux. Lorsqu’il est comme ça, moi personnellement, je commence à avoir peur ; car je comprends qu’il est en train de mijoter quelque chose.

 

A notre retour au village, nous étions tous très fatigués. J’ai demandé à ma fille si elle voulait quelque chose. Elle m’a dit : « rien », en secouant ses épaules. Elle se taisait, comme si elle savait déjà ce qui allait se passer. A ce moment-là, ma Rojîne était devenue toute belle avec ses joues rosies. J’ai servi de la viande fricassée. J’ai dépecé la viande en petits morceaux sur le pilaf. J’ai dit à ma fille : « Mange un peu pour me faire plaisir ». Elle a pris une ou deux cuillerées mais soudain, elle a éclaté en sanglots.

 

Lorsque j’ai entendu le coup de feu, j’étais en train de faire ma prière du matin. J’ai immédiatement couru dehors en criant : « Rojîne ! » Quand je suis arrivée à côté d’elle, j’ai vu qu’elle s’était écroulée sur le sol au milieu du bétail. J’ai pris sa tête dans mes bras ; le sang coulait à flots. Mon fils était comme figé, il portait son arme à la main et il m’a dit : « Mère j’étais obligé de sauver notre honneur ». Les gendarmes sont arrivés pour le constat. Mon fils s’est rendu. Ils ont aussi arrêté Neçirvan après son service militaire. J’ai dénoncé le garde champêtre Hüso. Actuellement, le procès est en cour. Voilà toute l’histoire, Monsieur l’écrivain, notre destin est comme ça.

 

 

 

 

 


 

08:00 | Tags : suzan samanci;kurde | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

20/02/2014

Naoto Matsumura –« Le dernier homme de Fukushima »

Naoto chiots.jpgOn le surnomme le « dernier homme de Fukushima » celui qui refusa  de quitter la ville de Tomokia proche de Fukushima et devenue ville fantôme.  Agriculteur âgé de 54 ans, au  lendemain de la catastrophe nucléaire du 12 mars 2011, il s’oppose, en avril,  à son évacuation pour s’occuper des survivants ;  des animaux laissés à l’abandon, enfermés dans leur enclos, expirant lentement, livrés à eux-mêmes.

Des étables transformées en mouroirs, où seuls les rapaces s’agitent  pour déchiqueter à même les corps,  les chairs, à peine putréfiées.

« Laisser agoniser des centaines d’animaux est un crime ! » s’insurge Naoto Matsumura.






naoto matsumura,fukushima,tomokiaResté seul dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Daii Ichi,  son action de résistance s’organise au milieu du chaos, dans un désert humain.  Il décide alors de libérer les animaux enchaînés ou enfermés, et de s’occuper de 400 vaches, de cochons, de chats, de chiens et même d’autruches. Profondément shintoïste, Naoto  nous rappelle que la nature est sacrée;  le rituel  shinto consiste à  offrir des aliments aux dieux et en nourrissant les bêtes, Naoto  nourrit les Dieux, à travers elles. Il lance son association « Ganbaru Fukushima »  Ganbaru signifiant en japonais « persévérer, tenir bon ».

 « La centrale nucléaire m'a tout pris, ma vie et mes biens. Rester ici, c'est ma façon de combattre pour ne pas oublier, ni ma colère ni mon chagrin. » Et il tiendra bon.

Un irradié dont on craint de serrer la main ? Un rejet,  ô combien douloureux et qui nous ramène, à un autre souvenir, encore empreint d’émotion;  la stigmatisation de ceux qui ont survécu à la bombe nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki. Des victimes doublement exclues, qui voient après le premier drame, surgir un  autre danger aussi grand et insidieux ; l’exclusion, le vide qui se crée autour d’elles, la crainte de contamination  les associant  à des pestiférés des temps modernes, des parias ostracisés. A croire qu’on n’a rien appris, ni rien retenu des leçons précédentes, une peur qui trouve sa source aux racines de l’ignorance. Après les "hibakusha" de Nagasaki et Hiroshima, voilà les nouveaux "burakumin" de Fukushima, avec pour  dénominateur commun : la discrimination ! 

 « Lorsque j'ai vu les visages de ma tante et sa famille, j'y ai lu la peur panique d'être contaminé. Cette épouvante était incontrôlable ; à tel point que leur première réaction a été de nous laisser dehors. Nous y sommes restés un long moment. Une fois entrés, la conversation tournait autour d'un seul sujet : celui de notre départ immédiat vers un centre d'évacuation. » (Naoto Matsumura p.62)*

 Témoin de la catastrophe nucléaire, le combat de Naoto, devenu figure emblématique pose la brûlante question  de l’existence même des centrales nucléaires. A l’heure,  où  les conséquences de l’accident de Fukushima sont encore difficilement évaluées avec pourtant  des morts par milliers, un impact sur la santé des personnes touchées,  des enfants jouant au milieu des déchets radioactifs, une agriculture contaminée, un Pacifique qui chaque jour qui passe est davantage pollué, la question du déni  reste entière. Fermer les yeux, faire semblant de rien, jusqu’à quand ? Jusqu’au dernier homme ?

 A l'occasion du 3ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, Naoto Matsumura est invité en Europe. A Paris,  dès le 4 mars, après 10 jours, il continuera son périple  jusqu’à la Centrale nucléaire de Fessenheim.

Puis la Suisse : 

 18 mars :  conférence à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne

19 mars :  matin, vigie devant l’OMS avec Independant Who à Genève

 

 pour en savoir plus :

http://www.ledernierhommedefukushimaafessenheim.com/

http://www.fukushima-blog.com/

 

*  : citations issues du livre d’Antonio Pagnotta : « le dernier homme de Fukushima » publié aux éditions Don Quichotte en mars 2013


PHOTOS DE ANTONIO PAGNOTTA AUTORISEES PAR L'AGENCE COSMOS 

21:03 Publié dans Développement durable, Résistance, Solidarité | Tags : naoto matsumura, fukushima, tomokia | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

18/02/2014

PLAIDOYER-CHOC DE YASMINE-ATTIA :JIHAD AU FEMININ

 

Me Yasmine Attia, avocate tunisienne, a remporté le dimanche 2 février, au Mémorial de Caen, la 25e édition du concours international de plaidoiries. Avec le thème du "Jihad au féminin", l’avocate a défendu la cause de jeunes Tunisiennes envoyées se prostituer en Syrie sous prétexte de "guerre sainte".

Une nouvelle forme de guerre sainte autorisée par une fatwa, qui autorise le  « djihad a'nikâh » c'est-à-dire le jihad par le sexe;  plus proche de la traite des femmes et de jeunes filles que d'une voie directe pour le  Paradis. 

 

21:11 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

15/02/2014

Ibrahim Gezer (Îrbo) L' Apiculteur

dI_00a.jpgRéfugié à Bâle, vivant à Laufen, Ibrahim Gezer a tout laissé derrière lui ; sa femme qui de désespoir mettra fin à sa vie, après  les sept longues années  de fuite de son époux caché sous une fausse identité dans les montagnes et son départ définitif pour la Suisse. Sur leurs 11 enfants, plusieurs  sont morts dont  une fille, Elifa,  engagée dans la guérilla et tuée par des soldats turcs, deux de leurs  fils disparus,  eux aussi dans la résistance, deux autres emprisonnés,  sous prétexte qu’ils collaboraient avec le PKK. Certains réfugiés en Angleterre et en Suisse. Une famille kurde déchirée, disloquée, sauvagement détruite par l’armée turque.

 

 Ibrahim Gezer non seulement a dû abandonner son pays, sa famille, mais il a aussi dû renoncer à ses abeilles ;  ses 500 colonies et leur 18 tonnes de miel, le tout détruit  par l’armée dans les montagnes du Kurdistan turc. Or, son amour pour ces reines héliotropes , il le porte en lui et le transporte jusque  vers les hauteurs de Andermatt . La semaine il travaille dans un atelier de réinsertion pour handicapés à poser des sachets de bonbons Ricola dans une boîte en carton, puisqu’en Suisse, apiculteur n’est pas un métier mais un »schönes  hobby » comme lui signifie sa  conseillère ORP. Qu’à cela ne tienne, en fin de semaine, il monte retrouver ses chères petites et continuer à donner du miel aux hommes et à s’émerveiller de l’intelligence des abeilles, une organisation qu’il aurait tant voulu reproduire auprès des hommes : « mais les abeilles sont si intelligentes ! »

 

 images-2.jpegUn film d’une grand humanité qui parvient à  donner à l’exil un léger goût de miel, un film  chargé d’espoir porté par les ailes diaphanes des abeilles sans lesquelles Ibrahim n’aurait jamais survécu, contraint de vivre seul, dans un studio, situé  au-dessus d’un bistrot bruyant et enfumé. Mais c’est une rencontre aussi entre un réfugié et une famille de paysans suisses  qui  l’accueille par une nuit d’orage. Une amitié forte se crée entre eux et  pour les remercier « Îrbo »leur offrira des colonies d’abeilles et leur enseignera  à devenir, à leur tour , apiculteurs.

 

Un film de Mano Khalil à ne pas manquer, jusqu'au 18 février 2014. 

 

Cinéma Bio de Carouge

 

Prochain billet Destins d’exception : Naoto Matsumura – le dernier homme de Fukushima

 

 

 

09:48 | Tags : l'apiculteur, der imker, mano khali, kurdistan, armée turque | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |