26/02/2014

Antonio Pagnotta – Chronique d’un engagement


antonio pagnotta,fukushima,naoto matsumura,japonEntretien avec Antonio Pagnotta, en direct de   Hiroshima  -

Premier juin 2011, le masque collé au visage, qui vous mord comme un chien, la respiration difficile,  Antonio Pagnotta avance dans Tatsuta au Japon, un village totalement déserté de ses habitants, dorénavant déclaré zone interdite, situé à moins de 30 kilomètres de Fukushima.  Le photojournaliste sent ce jour-là qu’il franchit une frontière effroyable, un seuil qui l’entraîne dans un basculement terrible de la conscience ;  seul au monde, au milieu de nulle part,  au cœur de la barbarie, là où l’homme est devenu le plus grand danger pour  l’homme.

 Il marche sur les traces du dernier homme de Fukushima, Naoto Matsumura, qu’il doit photographier. Le matin l’accueille avec une lumière bleu acier, la couleur des  radiations, celle de la mort silencieuse, bleue, froide, indifférente. Sans bruit, elle envahit tout sur son passage et achève dans son linceul de silence hommes, animaux, plantes. 

 Témoin unique d’une expérience sans précédent, Antonio Pagnotta réalise que la catastrophe nucléaire est inéluctable, après Tchernobyl, Fukushima, la Chine sans doute et très vraisemblablement un jour, la France. Oui ! Il faut cesser de croire que cela n’arrive qu’aux autres, la France et tout autre pays européen ne sont plus à l’abri de rien, les ingénieurs français ne sont ni pires ni meilleurs que les autres. 

 

Quelque chose d’irréversible bascule dans la conscience du photographe. Après avoir vécu cela, il perçoit le danger imminent qui saute au visage, et il ne lui reste plus que l’engagement à travers un activisme bénévole sans faille, jour après jour. En lanceur d’alerte, il pressent les séries d’accidents nucléaires  qui ne font que commencer ; à Fukushima,  on dénombre 14 réacteurs en alerte. C’est une guerre nucléaire contre l’homme qui a été déclenchée et derrière cette chose insensée se tapit un énorme lobby qui s’attaque  aux hommes tandis que l’argent circule en masse.  Le nucléaire draine des fortunes qui, pour certains, valent et justifient  le sacrifice de quelques milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

Le photojournaliste relaie le  témoignage d’un agriculteur, Naoto Matsumura, qu’il suivra pas à pas. C’est l’histoire d’un homme qui a un nom et qui témoigne à visage nu. Un homme dont le parcours pourrait être associé  au  parcours christique d’un Saint-François d’Assise qui traverserait un désert et n’aurait plus que les animaux avec qui parler. Planter dans un décor, l’essentiel, le sacré : la vie.

 

Le choix des  prises de vue de Antonio démontre aussi un souci de respect du sujet. Planté en face de lui , il impose sa volonté d’établir un rapport démocratique même à travers le téléobjectif ; le photographe n’est pas invisible, le sujet l’observe et il l’observe.

 

Né à Corigliano Calabro dans la province de Cosenza en Calabre, il a 58 ans. De 1990 à 1999, il travaille à Tokyo pour la presse française et internationale et se distingue par des scoops : « La carrière secrète du cannibale Japonais » puis, après l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, il parvient à photographier l’usine où se fabriquait ledit gaz près du mont Fuji. Ces photos sont considérées par les Japonais comme le scoop du siècle. D’autres clichés rares et interdits le consacreront photojournaliste du Japon.

 

 

Depuis avril 2011, Antonio Pagnotta se consacre exclusivement aux conséquences du désastre nucléaire de Fukushima.

Il accompagnera le dernier homme de Fukushima, Monsieur Naoto Matsumura lors de son périple en Europe, dès le 4 mars à Paris : 

Puis,  la Suisse : 

 18 mars :  conférence à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne

19 mars :  matin, vigie devant l’OMS avec Independant Who à Genève

 

 pour en savoir plus :

http://www.ledernierhommedefukushimaafessenheim.com/

http://www.fukushima-blog.com/

 

 

Son livre : « Le dernier homme de Fukushima »  est publié aux Editions Don Quichotte, 2013.

 

07:11 Publié dans Résistance, Solidarité | Tags : antonio pagnotta, fukushima, naoto matsumura, japon | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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