30/11/2013

Le naufrage

Ils sont entassés dans une fourgonnette, membres d’une même famille, ils fuient  la Syrie et ses bombes, ses armes chimiques,  ses massacres qui rythment depuis presque trois ans leur quotidien. Ni pro-Bachar, ni pro-rebelles;  ils ont choisi  la paix. Ils laissent derrière eux  la terre de leurs pères, de leurs grand-pères;  terre de leurs ancêtres qu’ils ont chérie avec toute la force de leur amour.

 

Les plus jeunes se tiennent par la main tandis que la route les bringuebalent. Ils ne cessent de poser des questions :quelle école, quelle maison, quelle langue, reverront-ils leurs amis ? Les grands leur répondent en imaginant cette nouvelle existence et rêvent avec eux en traçant du doigt leur futur sur le grand tableau de leurs espoirs infinis;   une vie riche de tous les possibles. Un enfant tète le sein de sa mère, puis le sourire de félicité se dessine au coin des  lèvres alors qu’il s’endort. Pères, mères, enfants, oncles, tantes, cousins. Ils sont 13 au total.  Le passeur a reçu 1230 euros par adulte, 615 par enfant.

 

Un Zodiac les attend dans la nuit, ils envisagent  la traversée Turquie-Grèce. Un bateau  qui ne peut en réalité accueillir que 6 personnes. Les fugitifs évitent  d'être repérés et ne peuvent prendre le risque d’en attendre un deuxième;  il faut monter à tout prix sans plus tergiverser, se presser les uns contre les autres, mettre sous leurs pieds les quelques bagages qu’ils ont pu prendre. Ils hésitent encore un peu ,  mais le passeur les bouscule, ils n’ont plus  le temps de réfléchir, ils grimpent à bord et regardent avec appréhension  la terre ferme s'éloigner derrière eux et qui forme des ombres étranges dans la noirceur de la nuit.  

 

A 23 heures,  ils quittent les côtes occidentales de la Turquie pour se diriger vers le large du Péloponnèse.  A 121'000 milles des côtes grecques, un bruit étrange, de l’air qui s’échappe du bateau pneumatique , comme un sifflement aigu pareil à ces ballons bon marché vendus lors des cirques de passage;  les gilets de sauvetage restent  introuvables dans la panique générale et l'obscurité n'arrange rien. Ont-ils même existé ces gilets ? Le passeur les a laissés seuls, il savait sans doute pourquoi, il leur a juste expliqué  qu’il fallait se diriger tout droit là-bas, en tendant nerveusement l’index,  tenir le cap coûte que coûte leur disait-il d'une voix nerveuse et saccadée   !

 

Dans la nuit noire, plus que le calme de la mer et  le doux ressac des vagues, une chaussure d’enfant flotte, blanche sur laquelle est dessiné un papillon rose aux ailes amples, prêt à s'envoler vers ces horizons nouveaux chargés de promesses. 

Tout est devenu silencieux après des cris de terreur ! La mer est repue de ses réfugiés, elle les digère tranquillement, sans bruit, après les avoir engloutis ; si calme, si sereine, la mer a tendu son catafalque noir sous un ciel criblé d’étoiles, larmes scintillantes,   tristes à pleurer. 


* récit d'un  réfugié qui se trouvait dans  un deuxième Zodiac  plus en arrière qui a été témoin de cette scène et qui me l’a racontée 

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Commentaires

Bonjour Djemaa. Que de désolation faudra-t-il encore avant de retrouver la vraie Syrie, celles de femmes et d'hommes libérés des démons de la guerre et de la haine? Nous croyons pouvoir agir... En réalité, nous sommes aussi impuissants que des coquilles de noix traînant sur le sol. Tout l'art du monde, toute la culture, tout l'amour du monde ne peuvent rien face au désir et à la soif insatiables de puissance et de domination de quelques hommes et quelques femmes qui tiennent les rennes de l'argent et des armes...et de quelques gouvernements dont la puissance est criminelle et pas du tout fraternel afin de réussir cette paix nécessaire au peuple syrien. C'est terriblement affligeant.

Au plaisir de vous revoir...

Écrit par : pachakmac | 01/12/2013

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