29/09/2013

Rwanda - L’AFFAIRE GASSER

Il y a des choses qu’on vous raconte  et qui glissent comme eau sur les plumes du canard en vous laissant profondément indifférente.  Néanmoins, l’histoire que je m'apprête à vous  conter,  probablement vous interpellera comme elle l’a fait avec moi.

Avant de partir au Rwanda, des amis m’avaient parlé d’un jeune garçon, à rencontrer à tout prix, âgé de 25 ans, né au Rwanda et dont le  père suisse, valaisan, boulanger de son état et qui  fut parmi les premiers boulangers européens à s'installer à Kigali,  dans les années 90. La boulangerie qui fait également café-restaurant,  s’appelait "La Galette", aujourd’hui devenue "La Baguette" et actuellement gérée par deux Allemands qui ont plutôt  l’aspect de mercenaires que de boulangers.

Un grand massif, aux deux jambes campées et bras croisés, -  posture du guillotineur sur l'estrade des condamnés - , à le bedaine imposante dont le visage empâté et rose-dragée contraste avec ses yeux de tueur, bleu-acier qui se posent sur vous comme le tranchant d’une lame,  prêts à vous saucissonner. Son acolyte, un petit aux cheveux exagérément teints et crêpés pour  donner quelque  volume à ceux qui daignent rester,  touffe d’un noir jais qui  jure avec le cireux jaune  d'un visage effilé et sombre;    arbore un collier,  en or,  épais comme la  corde des pendus,  ficelée étroitement autour du cou.   En enquêtant sur Christian Gasser, ils m’ont fusillée d'un regard glacial qui aurait pu me transformer en passoire;  ce regard qu’on vous lance lorsque les affaires ne sont pas très claires ni très saines :  « Jamais vu de Suisse ici, on n’a connu qu’un Belge ! » m'aboie le grand. Je sais par une amie juge à Kigali que cette « Galette - Baguette » a été le haut lieu de différends judiciaires, au cœur d’une série de scandales, petits et grands, sur fond de pétrin.

Sur une terrasse d’une villa au sommet d’une colline de Kigali, je rencontre finalement le  jeune Xavier Gasser. Un sourire lumineux sur un beau visage rond, couleur miel. Il est, de prime abord,  très timide, avec des manières délicates, voire   légèrement efféminées,  mais prêt à me raconter, comme il l'a déjà fait des  milliers de  fois son histoire.

Dans les années fin 80,  sa mère Marguerite devait croiser Christian, originaire de Randogne (VS)  à Kigali. De leurs amours courtes mais intenses devait naître ce fils.   Christian rencontre une autre femme et croise lors d’un mariage auquel il est invité,  son ex- amie qui porte dans ses bras,   un enfant qui lui ressemble étrangement.  Et là, à ce point du récit,  Xavier me décrit cette scène;  les larmes aux yeux, on sent qu’il l’a passée en boucle durant des années, qu’elle l’a consolée, bercée, nourrie, mais encore et surtout, elle a largement  participé à  sa construction identitaire. Donc, Christian, surpris et  ravi, à la fois,  prend le nouveau-né dans ses bras et accompagne son amie dans la salle de bains pour y baigner le bébé, neuf que de  quelques semaines . Marguerite lui demande si cet enfant peut porter son nom, soit Xavier est autorisé à porter dorénavant le nom "GASSER".

Une scène quasi biblique, récit d'un baptême d'un père qui reconnaît et bénit l'enfant sans jamais avoir pris ou eu le temps d'une reconnaissance formelle. Un récit raconté avec une telle émotion dans la voix d'un fils qui ne retient  de son père que cette image sacrée qu'il chérit et "trésore" depuis sa plus petite enfance. Un souvenir raconté par sa mère, qu'il a embelli, ciselé;  travail d'orfèvre délicat et richement ornementé,  qu'il sort comme un bijou rare, un talisman contre le malheur apte à le protéger de tous les sorts maléfiques. 

La vie étant ce qu’elle  est;  un quotidien en forme de lierre qui vous enserre, jour après jour, chacun, de son côté, continue à  tisser  le fil complexe de son destin.

 Or, les événements vont précipiter les choses. Avant  le début du  génocide des Tutsi, Christian décide de rentrer en Suisse.  Xavier et sa mère se réfugient  au Congo, l’enfant est  alors âgé de 5 ans. A la fin 1993, Christian  perturbé par la tournure de la tragédie rwandaise, sachant qu’il a laissé un fils derrière,  retourne à Kigali et  s’informe sur le devenir de la mère et de l’enfant. Haussements d’épaules, dans le chaos, il est impossible de savoir qui est où. Morts ou vivants. On finira par le convaincre qu’ils sont sans doute morts. La mort dans l’âme,  il revient en Suisse et pendant des années, il mentionnera comme un poids au fond de sa conscience, un douloureux souvenir fantomatique de  l’existence de ce fils qu’il n’aurait jamais dû abandonner. Christian marié à une Rwandaise et installé en Suisse, continuera à élèver désormais ses deux  enfants à elle, issus d'un premier mariage, sans se douter que le sien vivait  encore.

 

 

(Rwanda- L’Affaire Gasser suite ……………………….. )

 

 

 

 

 

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26/09/2013

Les désastres de guerre


Goya-Guerra_(30).jpgL’artiste autrichien,  Gottfried Helnwein,  actuellement exposé  au Musée Albertina de Vienne, rend hommage à  Francisco de Goya. Deux artistes qui, chacun à leur tour, à presque deux siècles d’écart ont peint, puis photographié les désastres de guerre. Los desastres de la guerra de Goya offre une série de dessins sur la Guerre d’indépendance (1808-1814), Goya se démarque de ses contemporains sous influence de l’exaltation patriotique et  de tout cela, lui ne retient que l’horreur;  les manifestations brutales et les conséquences désastreuses de cette violence qui heurte la sensibilité du peintre. Sceptique sur les justifications de cette guerre, il en souligne d’un coup de crayon sombre, le côté le plus obscur et le plus odieux que rien ne peut absoudre. Il n’y a pas de raison, mais uniquement  de la déraison dans une guerre.

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Quiconque analyse les tableaux de Gottfried Helnwein, y retrouve l’absurde, la vacuité du sens, les innocents sont perdus comme égarés dans ce non-sens ; ils paraissent déambuler dans un univers dans lequel ils n’ont plus aucune prise, ils n’en sont plus que les témoins fantomatiques et les victimes. 

 Le murmure des innocents qui n'ont plus la force de crier. 

 

 

 

 

 

unicef_syrie_1.jpgA notre tour, nous pourrions avec un arrêt sur image au quotidien continuer après Francisco Goya et Gottfried Helnwein, à souligner le néant dans lequel on  se meut et  cesser de marcher sur des tonnes de cadavres que nos consciences ont accumulées.  Nous errons d’une image à l’autre,  sans plus en saisir le sens, nous avons renoncé à interroger le monde, nous nous contentons de l'engloutir, sourds et aveugles, de façon boulimique. Pire que l’étonnement ou l’incompréhension qui ne demande qu’à décrypter le sens de ce que nous ingurgitons, jour après jour, nous sommes transformés en  objets submergés par l’indifférence qui devant le téléviseur voient défiler les scènes d’horreur, contrairement aux tableaux, elles ne sont pas cadrées, elles défilent. Les fixer sur une toile  leur donnent une dimension tragique qui nous forcent à les observer et du coup nous distancient face à l’événement qui se présente sous son angle le plus insupportable, le sordide demande à être interprété, pensé, il appelle notre besoin de comprendre et d'appréhender entièrement le monde dans lequel nous vivons.  La force de la réalité saisie nous plante irrésistiblement au cœur de notre propre tragédie;  l’instant d’horreur figé nous renvoie le miroir de notre dimension la plus ténébreuse et nous confronte au non-sens d’une violence qui ne trouve aucun justification et qui devient du même-coup intolérable.

Le frémissement de nos âmes réveille sans doute nos consciences assoupies. L'art possède cette magnifique  puissance de briser nos chaînes et nous ramener à la vie. Poussés par ce souffle vivant  qui nous octroie la  force  de nous insurger face aux désastres de guerre. 

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22/09/2013

Le meurtre d'Adeline : un débat de société ou la monstruosité au coeur du débat humaniste

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C’est sans doute une peinture de Georges Rouault « l’Accusé » qui sera à même de rendre cette ambiance viciée dans laquelle nous évoluons et étouffons, à la fois,  tous,  depuis le meurtre d’Adeline par Fabrice Anthamatten, violeur récidiviste. Un tableau qui confond les accusateurs et l’accusé dans une même noirceur;  où on ne sait plus qui accuse qui, où se trouve précisément le criminel dans ce sombre tableau,   tant les visages portent sur eux  les stigmates de la monstruosité aux formes si diverses et si mouvantes, si insaisissables.  Et avec le monstre, la monstruosité s’est lâchée.  Du bubon pestiféré, à la puanteur dégoulinante des propos pulsionnels;  le pus s’est répandu sur toute une société qui , en moins de rien,  a perdu ses repères et  révèle par-là, la profondeur de son malaise. 

Le monstre déstabilise

Le monstre de tout temps déstabilise l’institution, ses normes, ses règles, il ébranle le pouvoir, il excite les pulsions les plus viles,  certains peuvent sans complexes,  se laisser aller à leurs instincts les plus bas et vociférer au milieu de leur haine pointant un doigt accusateur et prêt à toutes les manipulations.

Mais après la haine et le cerveau reptilien surinflammé, il est temps de diriger le débat au niveau du cortex et de réfléchir, enfin !  Avec Jacques Derrida, on craint de nommer le monstre au risque d’être de connivence avec lui et surtout à travers lui, cette peur de voir muter notre modèle normatif parce que devant un monstre on prend conscience de ce qu’est la norme et à la voir transgresser, il nous faut de toute urgence redéfinir nos frontières et notre cadre.  Confrontés à cette nécessité de revoir nos modèles, nous sommes aussitôt contraints d’en comprendre les limites. Avec Michel Foucault, on surveille et on punit, le pouvoir se définit et s’impose à travers ses lois, les bafouer, les ébranle et c’est en cela que le monstre a une toute-puissance qui nous déstabilise, il transgresse et nous renvoie le miroir de nos failles.

Or, le drame du meurtre d’Adeline, sociothérapeute,  par le violeur multirécidiviste, Fabrice Anthamatten, nous replonge dans ce qu’on croyait avoir définitivement éludé, à savoir la place du monstre dans nos sociétés. Nous voilà à nouveau confrontés à l’inéluctable;  face à la bête monstrueuse qui sommeille à différents niveaux en chacun de nous et qui chez certains a totalement effacé l’humain, pour une déshumanisation sauvage et qui ne se réalisent qu’à travers le meurtre et la violence.  Ont-ils le choix ? Peuvent-il s'en empêcher ? Sont-ils entièrement responsables ? Laissons les spécialistes répondre à cela. 


Notre humanité à l'épreuve de la barbarie

Surveiller et punir,  adapter des mesures qui ne sont que le reflet d’un choix de société et nous avons choisi une politique,  à dimension humaine, pour une réinsertion des prisonniers:  soigner, encadrer, former, transformer,  redonner une deuxième chance parce que l’emprisonnement  doit être accompagné d’une préparation et a pour finalité la réinsertion et se donner pour but aussi  de soigner ceux qui sont profondément malades, parfois incurables.  User de toutes les méthodes pour ramener l’ »anormal «  à la normalité qui permet le  vivre ensemble.

Nous n’avons choisi ni les couloirs de la mort et  ses injections létales, ni la pendaison, ni la lapidation, ni la fusillade, ni l’étripage, ni le bain d'acide, ni la torture, ni l'arrachage des yeux, des dents et des testicules, ni la pendaison, ni l’ébouillantement, ni l’élongation des corps qui fait craquer les os et les démembre, ni les bûchers. Nous pouvons nous targuer d’être les dignes représentants d’une société en devenir qui s’est offert en lieu et place de la barbarie, une humanité à toute épreuve.

Il est dur de garder face à l’horrible meurtre et viol d’une jeune femme, la voie que l’on s’est tracée, de continuer à semer les graines d’une conscience de l’autre qui va le chercher jusque dans ses abysses les plus sordides pour l’en extraire coûte que coûte et lui accorder sa place au sein de la société, à la lumière de notre humanité, nous le ramenons à la surface. 

Il s’agit moins de remettre en question des avancées d’une société ouverte et tolérante que de mettre en place les mesures adéquates pour éviter des drames comme celui que nous venons de vivre. Comprendre et corriger ce qui doit l’être ne doit pas remettre en question nos choix fondamentaux, nos choix de sociétés à l'image de notre conscience.  


Victimes de nos stéréotypes savamment nourris et orchestrés ? 

Une autre question légitime me paraît-il et qui en tarabuste plus d’un est de savoir  si Fabrice Anthamatten s’était appelé Mustafa Belkacem, Feliciano de Almeida, Ceku Daci ou Mamadou Babacar aurait-il  bénéficié du même traitement ? Ceux qu’on a désignés comme les « moutons noirs » auraient-ils eu  droit à des séances d’équithérapie et se retrouver seuls avec une belle jeune femme, au milieu d'une forêt après s'être muni d'un couteau ? Cela ne fait aucun doute, ils auraient été accompagnés par un agent. 

A force de croire que le violeur c’est l’étranger, la société nourrie de fausses images, manipulée à souhait, n’est plus capable d’appréhender   une réalité flagrante qui finit par entièrement lui échapper. Un stéréotype qu'elle  a fini par faire sienne, assimiler  sans s’en apercevoir,  ingurgiter dans le silence le plus absolu, au point de ne plus voir et comprendre que Fabrice Anthamatten pouvait être,  bien que mouton blanc d’origine « caucasienne »,  un  dangereux mouton pour la société.  Les slogans haineux à l’encontre des étrangers finissent par rendre aveugles tous les moutons de Panurge et nous mettre tous en danger, moutons noirs et moutons blancs.  

 

Paix à l’âme d’Adeline et mon soutien à ses proches et à tous ceux qui oeuvrent pour la réinsertion des prisonniers et qui se sont fourvoyés dans ce cas précisément. 

"On peut toujours faire quelque chose de ce qu'on a fait de nous" (Sartre) continuons à y croire et à se battre pour cela. L'homme est humain ou n'est pas !

 

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19/09/2013

US-PINOCCHIO

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concept artistique  Djemâa - Réalisation BS

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07/09/2013

Les Américains et les Français en Syrie : Pourquoi faire ?

Soutenir les rebelles ?  

(attention images choquantes) 

Ils s'apprêtent à exécuter sept soldats syriens, sept prisonniers qui seront abattus comme des chiens et jetés dans une fosse.

Vidéo du New York Times 

 

 

Il est surprenant de constater avec quel empressement les va-t'en-guerre américains sont prêts à partir  en croisade et cela avant même d'obtenir le rapport des experts onusiens, ce qui démontre bien  le peu de crédit qu'ils accordent à l'organisation internationale et que sous prétexte d'humanitarisme, c'est le militarisme qui prédomine. 

La guerre ça rapporte combien à l'industrie de l'armement ? La guerre pour des questions géostratégiques ? Gaz, pétrole ? Pourquoi les Américains ont-il besoin d'intervenir ?  Aider  l'Arabie Saoudite et  le Qatar, amis de longue date,  à installer définitivement et durablement la charia, puis l'arrivée de son jumeau le  Djihad avec pour  ultime  consécration la destruction de l'Etat d'Israël et de tous les Juifs  ? Une déstabilisation pour toute la région qui entraînera assurément une 3 ème guerre mondiale. 

Comme pour l'Irak, nous connaissons la  propension des Américains aux  mensonges, tirons les leçons du passé et restons prudents, sur les manipulations de toutes sortes et les "preuves irréfutables" montées de toutes pièces. Souvenez-vous des bébés dans les incubateurs au Koweit et la preuve des armes de destruction massive de Saddam Hussein basées sur des vidéos-amateurs truquées. Que les Pinocchio restent chez eux !  Lorsqu'ils mentent leur nez se transforme  en long canon atomique à tirer des bombes. 

Quant aux Français ! Après le Mali, la Syrie ! Un vieux retour nostalgique du temps des colonies quand la France légionnait et caillaissait ? Espérer relancer l'économie moribonde par la guerre ? Soutenir, à leur tour les amis du Qatar?  

Oui ! Pour la paix en Syrie, mais pour une  vraie paix, celle que l'on souhaite pour le peuple syrien et non pas celle proposée pour servir les   intérêts de tel ou tel gouvernement. On ne veut pas de cette paix, proposée par des vautours qui viendront encore au-dessus du charnier grappiller tout ce qu'ils pourront. Indignons-nous contre la guerre en Syrie, mais notre volonté de paix s'adresse avant tout au peuple syrien qui souffre depuis plus de deux ans  et on  ne doit pas laisser faire n'importe quoi par n'importe qui. Ni pro-Bachar, ni pro-rebelles, optons pour la troisième alternative ! (votations anticipées, gouvernement de transition neutre?)  - La discorde est haineuse et détestable, grande et bienveillante est la paix ! 

NON A L'INTERVENTION ARMEE EN SYRIE !

UN CONFLIT NE SE RESOUT PAS PAR UN NOUVEAU CONFLIT 

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LE BEL HABIT BLEU

1392088409.jpgJessica à qui j'ai dédié un billet "le poète naît poète"est une adolescente française qui a  gagné un prix de poésie et   que j'ai rencontrée, il y quelques mois,  sur le vol Lyon-Paris, alors qu'elle se rendait à la Réunion, tandis que je partais pour Tunis.
Durant, la courte durée de notre vol, une heure, nous  avons partagé notre passion pour la littérature. Elle m'a envoyé ce beau poème que je partage avec vous.
La poésie réfléchit les beautés de l'univers, c'est en cela qu'elle porte en elle ce souffle divin qui nous émeut et nous ravit. 
 
 











LE BEL HABIT BLEU 

Parée de son bel habit bleu 
du calme flot elle émergeait
Armée du tumulte de la mer
Tendrement elle rougissait
De ces pas cristallins
Fabuleusement elle ondoyait
Sur le sable fin
Les grands mâts des épaves marines
Sous ses doigts revivaient
Voiles colombes se déployaient
De ses deux profonds abysses naissant
Deux océans chargés du Ciel et de la Terre
A la barre se tenait navigant
Un Tableau peint d'Aquarelle
Depuis la jetée on aperçoit
Son bel habit Bleu
Brodé de fleurs et de soie
Majestueuse , étincelante
La brise Océane derrière les nuages s'élève
A travers la Brume Fleurissante
Eclot dans la lagune
La vie est foisonnante               
Doucement elle divague
Reine des Océans à la proue
Milles lieues parées de bijoux
Extravagante traversée
Pêcheurs, chalutiers, rochers
C'est éprise de douceur et d'amour
Qu'elle regagne la baie
Le Souvenir noyé dans l'écume
Mouvante sur le sable amer
Hurle les cantiques chères
De gondoles oubliées
Mais rayonnante  le teint clairsemé
Mère d'amour douceur bonté
La vie émerge des Océans
Brise Marine dans les cheveux,
Parée de son bel habit Bleu .

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04/09/2013

Le suicide de mon poisson rouge

Ce matin, c’est un triste spectacle qui s’offrait à mes yeux encore endormis , tandis que je préparai mon café sans mes lunettes de vue, j’observai une chose étrange dans l’évier, indéfinissable,  alors que l’eau coulait dans le bas de la cafetière italienne, la remplissant peu à peu, en un bruit léger.  Je saisis ce que je crus  être un objet étrange,  d’une couleur passée. C’était  le poisson rouge, surnommé « cacahuète » tout raidi, glacé, légèrement recroquevillé ……..

Un choc ! Puis embarrassée, je le tiens entre mes doigts l’observe comme pour la mouche de Duras et j’aurais pu,  à mon tour,  donner à la mort de ce cyprinidé une histoire;  lui permettre d'exister encore un peu à travers mon imaginaire,  imaginer comment il a pirouetté dans les airs, un triple saut périlleux,  avec cette sensation pleine de joie et de liberté. Or,  au lieu de retrouver l’eau, c’est le froid dur et glacial de l’évier qui l'accueille , puis il se débat, aimerait retrouver son chemin ;  les nageoires bougent de moins en moins en vite, peu à peu, il s’engourdit, se fatigue, puis cesse de lutter. La panique a dû le submerger avant de se laisser mourir . La mort d’un poisson comme celle de la mouche de Duras mérite aussi qu’on la consigne.  Et si les poissons avaient une âme ?

L’autre poisson rouge est dorénavant seul dans son aquarium, il tourne et déploie ses longues voiles, je me demande s’il ressent lui aussi ce drame, pour lui celui bientôt de sa nouvelle  condition. Les poissons comme les humains  ne supportent pas d’être seuls , leur  taux de sérotonine en est immédiatement affecté , et si à son tour, il mourrait,   de solitude ?

Cette nuit ce fut la pleine lune, j’imagine l’aquarium se  transformer  en mer agitée, en reflux, en petites marées, le poisson vit en symbiose avec ces mouvements, un ballet étrange, nocturne avec  les rayons d'argent qui glissent sur l'eau, le petit poisson  danse, prend son élan pour suivre ce courant si fort, une mémoire de poisson ancienne qui joue avec les rayons de  lune, comme autrefois, il y a si longtemps, dans une autre vie , dans un autre Océan ……….. La lune s’en est allée, elle a entraîné ses voiles de lumière pareils à une traîne majestueuse, fière et digne, elle a disparu à l'horizon d'un ciel noir,   le poisson encore émerveillé l'a suivie, volant sur les rais de lumière, il a disparu  avec elle, englouti par sa beauté  ! Une symbiose étrange dans la nuit infinie, des ombres qui  voyagent, un tragédie qui s'est achevée sans un bruit, dans le silence le plus absolu, au coeur de la nuit, sans un cri, la vie..................la vie s'en est allée sur le dos de la lune qui s'est éclipsée.......

 

"La mort d'une mouche, c'est la mort. C'est la mort en marche vers une certaine fin du monde, qui étend le champ du sommeil dernier. On voit mourir un chien, on voit mourir un cheval, et on dit quelque chose, par exemple pauvre bête....Mais qu'une mouche meure, on ne dit rien, on ne consigne pas, rien.

Le bruit des élytres a cessé. La mouche était morte. Cette reine. Noire et bleue.

Celle-là, celle que j'avais vue, moi, elle était morte. Lentement. Elle s'était débattue jusqu'au dernier soubresaut. Et puis elle avait cédé. Ça a peut-être duré entre cinq et huit minutes. Ça avait été long. C'était un moment d'absolue frayeur. Et ça a été le départ de la mort vers d'autres cieux, d'autres planètes, d'autres lieux.

Je voulais me sauver et je me disais en même temps qu'il me fallait regarder vers ce bruit par terre, pour quand même avoir entendu, une fois, ce bruit de flambée de bois vert de la mort d'une mouche ordinaire.

Oui. C'est ça, cette mort de la mouche, c'est devenu ce déplacement de la littérature. On écrit sans le savoir. On écrit à regarder une mouche mourir. On a le droit de le faire."




Marguerite Duras (Écrire 52-53)


mon site www.djemaachraiti.ch

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01/09/2013

Rwanda - L’archevêque Perraudin ou la banalité du mal

8625784686_3d3119f7c2_b.jpgLe mémorial du génocide Gisozi,  à Kigali,  pointe sans hésiter l’archevêque suisse, Mgr. Perraudin, Père Blanc, originaire de Bagnes en Valais .  Missionnaire en Afrique durant des années et consacré,  le 25 mars 1956, évêque du Vicariat apostolique de Kabgayi.  On continue à s’interroger  sur son rôle précis dans le génocide rwandais  et comment cet homme de foi, croyant, pratiquant dont le digne but était d’évangéliser les Africains se retrouve  sur la liste des génocidaires, du moins fiché comme un des principaux idéologue ?

Avant de partir au Rwanda, j’avais visionné le film sur Hannah Arendt et le procès d'Eichmann,  projeté aux Scala. En me retrouvant devant la photo de l’archevêque Perraudin, j'ai tenté d'imaginer comment  la philosophe aurait analysé ce cas où la banalité du mal prend une autre forme , celle de la justification faite par André Perraudin que ce sont les victimes qui l’ont cherché, que ce qui est arrivé aux Tutsi était à prévoir, c’est ainsi que André Perraudin effacera  toute responsabilité dans ce qui sera un des génocides les plus effroyables du XXème siècle et qui fera dire à Bertrand Russell dès 1964 : » «le massacre le plus systématique depuis l’extermination des Juifs par les nazis».

L’histoire de Perraudin est surprenante car l’homme part d’un bon sentiment, du moins d’un sentiment religieux; c’est au nom de la charité chrétienne et de la justice sociale qu’il prend une position ambiguë dans sa lettre pastorale « Super Omnia Caritas » (par-dessus tout la charité) ,  du 11 février 1959 et qui confortera l'intégrisme ethnique.  Le religieux n’a pas compris que cette lettre ferait office d’appui de l’Eglise et tiendrait de justification morale des revendications hutues contre la minorité tutsie qui se déployeront dans une violence sans précédent. Dès le mois de novembre 1956, quelque mois à peine après sa lettre, on verra dans la région de Kabgayie,  fief  de son archevêché , apparaître les prémices du génocide de 1993.

La  lettre apostolique du Père blanc  sera lue dans toutes les paroisses et fera de lui un des principaux idéologue  et inspirateur de la Révolution sociale qui lui fait écrire : « Dans notre Rwanda les différences et les inégalités sociales sont pour une grande part liées aux différences de race, en ce sens que les richesses d’une part et le pouvoir politique et même judiciaire d’autre part, sont en réalité entre les mains d’une même race ».  C’est au nom de l’égalité entre les races et de la charité que Mgr Perraudin soutient de tout son poids cette « révolution sociale » d’où émergent les leaders du mouvement hutu alors que les Pères blancs avaient au préalable et pendant des années éduquée et soutenue l’élite tutsie.

Comment ce religieux nourri spirituellement du « Aimez-vous les uns, les autres «  a pu être pareillement impliqué en qualité de  théoricien du génocide rwandais  dans une idéologie totalitaire qui entraînera l’extermination perpétré par les Hutus contre les Tutsis et Hutus opposés au génocide,  comment ce mandement de Carême qui a marqué un tournant au Rwanda participera à le présenter comme une personne-clé au cœur d’un  génocide  ?

Par la suite, on le verra proche de Grégoire Kayibanda dont il sera le conseiller et l’ami, son implication et son influence sur les dirigeants du Rwanda ne fait aucun doute, il se défendra face aux accusateurs en lançant à la cantonade que "les Tutsi sont  la cause de leur propre génocide. « 

Une question sans doute qui aurait passionné Hannah Arendt et « sa banalité  du mal » revisitée par le rôle de l’archevêque suisse. Un mal banal et atroce qui prend des allures de bien- pensance, de morale, de vertu, par souci de devoir, la nécessité absolue d’en finir au nom du Bien et qui nous rappelle l’adage « les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions ». Au nom de cette compassion, le Père Blanc a alimenté l’intégrisme ethnique né et issu du colonialisme dont lui-même n’en était que le prolongement, dans cette posture de l'étranger qui érige des dogmes selon un point de vue entièrement post-colonial, avec une construction propre et vue par des Européens, loin de la réalité historique de ce peuple.   C’est bien lui qui conseillait  tous les jours le Président Kayibanda qui ne manquait jamais de faire un saut par l’archevêché de Kabgayie pour écouter les recommandations du religieux et surtout les appliquer à la lettre.

Quel a été le rôle précis de la Confédération qui enverra ses cinq  conseillers personnels du Président dont les derniers  Frei et Charles Jeanneret rappelé en 1993 et payés par la DDC ?  Ni l’Eglise catholique ni le Vatican, ni la Suisse ne pouvaient ignorer l’escalade de violence et d’extermination systématique des Tutsi par les Hutu.  La Suisse a bel et bien soutenu et encouragé la « démocratie ethnique «  du régime Habyarimana.

Mais la Suisse comme pour le Tampon J se montre très discrète sur son rôle et son soutien dans son implication auprès des génocidaires. Dans le rapport Voyame,  on la voit exécuter un exercice périlleux de contorsionniste,  or, il ne fait aucun doute qu' elle a bien collaboré étroitement avec le régime politique rwandais Habyarimana, qui s’est avéré criminel et responsable du  génocide tout en s’excusant de n’avoir rien remarqué de particulier tout concentrés  qu’étaient les fonctionnaires suisses à s’occuper de leurs affaires et qui lui fera dire : « les responsables de projets étaient presque exclusivement fixés sur leur tâche locale et qu’ils n’avaient guère, ou pas assez, perçu la dégradation de la situation sociale, l’inquiétude de la population et les abus de l’ethnicisation ». Un rapport Voyame qui banalise le mal et esquive les responsabilités. 

Hannah Arendt aurait une fois encore appelé de tous ses vœux  « notre co- responsabilité pour le monde ».

A nouveau, force est de poser la question de la responsabilité individuelle . La théorie de la philosophe nous livre des outils de réflexion et des pistes sur la responsabilité des génocidaires et surtout leur rejet de toute responsabilité.  Ils ne se sentent jamais coupables de rien, mais de surcroît ce sont les victimes qui sont à l’origine  de leur drame .

Un témoin qui connaissait le personnage me  le décrit suffisant et arrogant ! J’ai visité la cathédrale où il officiait, rénovée, l’argent semble y couler à flot, en me rendant dans la cour de l’évêché, je me fais tancer puis chassée par un religieux autoritaire et désagréable, j’ai juste eu le temps d’apercevoir la vigne  au milieu de la cour sans doute plantée  par Perraudin lui-même , un peu de Valais dans ce paysage africain.

L’histoire Perraudin nous met mal à l’aise, car l’idéologue du génocide était de bonne foi, il était sûr d’agir par charité et montre que chacun de nous pourrait devenir un bourreau .  Il suffirait de mal évaluer une situation, de penser avec le peu d’ éléments qui sont les nôtres, réduits, manipulés, insuffisants, mal interprétés, limités, héritages d’une longue incompréhension.  Nous voilà  prêts à nourrir des  systèmes monstrueux qui vivent de la passivité ordinaire et sombrer dans des génocides. Le lien commun entre la plupart des génocidaires, c’est le rejet total ou partiel de leur responsabilité. Ils agissent en toute bonne foi croyant bien faire et persuadés que l’extermination agira  pour le plus grand bien . Un comportement qu’ils justifieront moralement par la situation exceptionnelle à laquelle il faut mettre fin par des moyens exceptionnels. 

Perraudin a subi l’effet de Lucifer qui transforme les gens de bien en diables . Mais dans les dernières années, il murmurera fatigué, laissant planer un doute salutaire  : »Je me suis peut-être trompé sur le Rwanda . »

Les Belges,  eux du moins,  ont demandé pardon au peuple rwandais, les Suisses une fois encore  comme pour le Tampon J esquivent leur responsabilité et continuent à se nourrir du mythe d’une Suisse, neutre, bonne et généreuse.

Et de conclure avec Primo Levi « c’est arrivé, cela peut arriver de nouveau . Cela peut se passer et partout ». La seule issue, continuer à penser de toutes nos forces et  continuer à interroger le monde et comprendre en profondeur les racines et les mécanismes du Mal qui réduisent les humains à se transformer en bêtes immondes et déshumanisées.  Mais encore, la notion de responsabilité entre toujours en jeu sur fond d'horreur et c'est bien elle qui semble  faire défaut lorsque le monstre s'installe en nous.

Dans le fond, c'est ce qui nous différence entièrement de la bête, c'est être responsable de nos pensées et de nos  actes et accepter de porter cette responsabilité sur nos décisions et nos actes.  Porter cette responsabilité jusqu'au bout de ce que nous sommes nous autorise à rester humain jusqu'à la fin de nos actes, c'est en ceci que réside la liberté de l'homme et sa capacité à se réaliser dignement. Etre responsable permet d'être libre et de ne devenir l'objet ni de la manipulation, ni être transformé en objet immonde, mais elle nous aide à garder à tout jamais notre statut d'être humain,  entièrement humain, éternellement humain dans tout notre  parcours de vie. 

Hannah Arendt aurait fait la remarque suivante : le dénominateur commun  entre Eichmann et Perraudin est l'absence de responsabilité de leurs actes, ils ne se sentent responsables de rien. Le premier exécutait les ordres, le second constate sans sourciller que ce sont les victimes qui l'ont cherché. Tous deux ne se sentaient coupables de rien puisque ils s'estimaient n 'être responsables de rien ! 

 

 

 

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