26/09/2013

Les désastres de guerre


Goya-Guerra_(30).jpgL’artiste autrichien,  Gottfried Helnwein,  actuellement exposé  au Musée Albertina de Vienne, rend hommage à  Francisco de Goya. Deux artistes qui, chacun à leur tour, à presque deux siècles d’écart ont peint, puis photographié les désastres de guerre. Los desastres de la guerra de Goya offre une série de dessins sur la Guerre d’indépendance (1808-1814), Goya se démarque de ses contemporains sous influence de l’exaltation patriotique et  de tout cela, lui ne retient que l’horreur;  les manifestations brutales et les conséquences désastreuses de cette violence qui heurte la sensibilité du peintre. Sceptique sur les justifications de cette guerre, il en souligne d’un coup de crayon sombre, le côté le plus obscur et le plus odieux que rien ne peut absoudre. Il n’y a pas de raison, mais uniquement  de la déraison dans une guerre.

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Quiconque analyse les tableaux de Gottfried Helnwein, y retrouve l’absurde, la vacuité du sens, les innocents sont perdus comme égarés dans ce non-sens ; ils paraissent déambuler dans un univers dans lequel ils n’ont plus aucune prise, ils n’en sont plus que les témoins fantomatiques et les victimes. 

 Le murmure des innocents qui n'ont plus la force de crier. 

 

 

 

 

 

unicef_syrie_1.jpgA notre tour, nous pourrions avec un arrêt sur image au quotidien continuer après Francisco Goya et Gottfried Helnwein, à souligner le néant dans lequel on  se meut et  cesser de marcher sur des tonnes de cadavres que nos consciences ont accumulées.  Nous errons d’une image à l’autre,  sans plus en saisir le sens, nous avons renoncé à interroger le monde, nous nous contentons de l'engloutir, sourds et aveugles, de façon boulimique. Pire que l’étonnement ou l’incompréhension qui ne demande qu’à décrypter le sens de ce que nous ingurgitons, jour après jour, nous sommes transformés en  objets submergés par l’indifférence qui devant le téléviseur voient défiler les scènes d’horreur, contrairement aux tableaux, elles ne sont pas cadrées, elles défilent. Les fixer sur une toile  leur donnent une dimension tragique qui nous forcent à les observer et du coup nous distancient face à l’événement qui se présente sous son angle le plus insupportable, le sordide demande à être interprété, pensé, il appelle notre besoin de comprendre et d'appréhender entièrement le monde dans lequel nous vivons.  La force de la réalité saisie nous plante irrésistiblement au cœur de notre propre tragédie;  l’instant d’horreur figé nous renvoie le miroir de notre dimension la plus ténébreuse et nous confronte au non-sens d’une violence qui ne trouve aucun justification et qui devient du même-coup intolérable.

Le frémissement de nos âmes réveille sans doute nos consciences assoupies. L'art possède cette magnifique  puissance de briser nos chaînes et nous ramener à la vie. Poussés par ce souffle vivant  qui nous octroie la  force  de nous insurger face aux désastres de guerre. 

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