28/08/2013

Rwanda - De la bestialité des hommes et de l’humanité des bêtes

Il ne se passe pas un jour sans qu’on vous raconte quelque histoire de massacre, de tuerie incroyable, de père, de mère, de sœurs, de frères, de femmes violées, d’enfants froidement abattus, de bébés jetés contre les murs.   Avec une immense pudeur, on risque une question, on soulève discrètement le voile sur un détail lugubre. Parmi tous les récits que j’ai entendus et plus émouvants les uns que les autres , j’en ai retenu un qui m’a particulièrement impressionnée  et que voici  :

En avril 1994, une vieille maman venue d'une autre ville du pays, se rendit en visite chez ses deux fils à Kigali et qui vivaient alors dans une grande maison, ils y possédaient un chien, joyeux comme peut l’être un chien à fureter par-ci par-là, à musarder sans cesse dans le jardin aux barrières fleuries de bougainvillées grimpants d’un violet lumineux. Dans ce calme paisible, un fracas assourdissant , des hommes Hutus entrent en courant avec leurs machettes étincelantes, ils renversent tout sur leur passage, des cris, des coups, puis des hurlements de douleurs et enfin le silence.

Contrairement aux habitudes canines, le jeune chien n’a ni aboyé, ni menacé, ni mordu. Il s’est tout simplement caché, sans faire de bruit, tremblant de peur;  observant le spectacle des humains si féroces, plus sauvages que la bête la plus sauvage.  Il regarde avec effroi la mort de ses deux maîtres, puis voit la vieille femme allongée par terre, évanouie, le sang coule abondamment sur son visage.  Elle respire encore ! Le chien s’approche tout doucement tend le cou vers le ciel et pousse un long hurlement en voyant la mort régner dans la pièce, après un long moment il se met à lécher  les yeux de la femme allongée et  atrocement blessée par des coups de machette.

Durant  3 semaines , plusieurs fois par jour, le chien lèchera tous les jours les yeux de la vieille dame devenue quasiment aveugle, il parviendra ainsi à en sauver un, l’autre est réduit à un tas de bouillie. Et puis, la bête ira tous les jours chercher à manger pour nourrir la pauvre femme, encore choquée par la mort de ses deux fils et totalement hébétée. Le chien dépose l’aliment dérobé au gré de ses pérégrinations aux pieds de la malheureuse. A croire qu’un des fils s'est réincarné dans la bête qui semble si humaine, si incroyablement sensible et intelligente.

Aujourd’hui,  la dame est très âgée, elle raconte l’histoire du chien qui l’a sauvée et qui n’est plus , elle l’a enterré dans son jardin. Un sourire étrange flotte sur ce visage ridé. Elle hésite encore et se demande qui est homme et qui est bête ! Mais elle sait dorénavant qu’un animal peut être doué d’une âme  charitable et prendre le relais des hommes lorsqu’ils  deviennent  des bêtes immondes et qui lui fait dire en soupirant  « plus on connaît les hommes, plus on aime les chiens ! »

 

(récit inspiré d’une histoire vraie qui m’a été contée à Kigali)

 

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27/08/2013

Rwanda- Le blanchiment de l’"âme nègre"

P1050999.JPGA l’aube,  la prière s’élève du minaret de la mosquée du quartier musulman du Biryogo relativement épargné pendant le génocide, la peur des djins y a beaucoup contribué (dans l'ensemble les Hutus et Tutsis musulmans ont préféré se ménager). Puis,  comme pour ne pas se laisser devancer, ce  sont les cloches de l’église qui s’agitent dans les airs et finalement pour couronner le tout, un  coco-dieu ! coco-dieu ! enragé d’un volatile exaspéré  pour parachèver  ce concert cacophonique.

Les églises catholiques, anglicanes, adventistes du septième jour, Témoins de Jéhovah, maintenant les Islamistes, se livrent une concurrence farouche pour additionner et s’arracher les âmes à convertir qui elles,  ont l'embarras du choix et n'hésitent pas à naviguer entre les unes et les autres.  Les catholiques sont encore les plus nombreux mais à l’allure où on voit pousser les mosquées financées par l’Arabie Saoudite et le Qatar dans les coins les plus reculés du pays, dans les quelques années à venir, le rapport pourrait bien s’inverser. Kadhafi avait tenté quelques incursions en offrant une belle  mosquée à Kigali.

Il est vrai que la religion catholique a perdu beaucoup d’adeptes après le génocide qui constatèrent avec effroi qu’il était possible d'être bigot, manier la machette, Bible en main et   participer au massacre avec des bondieuseries plein la bouche.

Le texte même de l’idéologie génocidaire prit des allures de "10 commandements"  du Hutu  avec en couverture la photo de Mitterand «le véritable ami du Rwanda ».   Tout revête  des airs  de religiosité  au cœur même des massacres qui se  déroulèrent  jusque dans les églises et même bien souvent à l'intérieur  des lieux dits sacrés  et qui virent  périr des milliers de morts à la machette sous les yeux d’un Christ en croix, halluciné devant cet holocauste qui ne lui était pas destiné et dont il se serait sans doute fort bien passé.  

Il est passionnant de voir avec quel enthousiasme l’Eglise fait œuvre de « mission civilisatrice » si proche du colonialisme. Elle s’occupe de rendre les âmes dociles tandis que d’autres issus du même moule s’activent à faire les poches des Africains, à arracher les richesses de leurs terres tout en invoquant Dieu.

Il est surprenant de voir comment les Eglises se sont servies en s’appropriant des terres à l’infini, en s’installant sans vergogne pour  leur travail de missionnariat intensif et systématique. Un missionariat souvent antichambre d’un pillage des biens , deux attitudes indissociables, on l’a bien vu avec les conquistadors : prosélytisme et pillage l. On change de continent et  de siècles,  mais les atavismes perdurent. 

 

Les blancs n’ont pas seulement apporté la religion mais ils ont été les premiers à ethniser le pays en divisant les deux groupes Tutsis et Hutus qui devaient être identifiés et apposés sur les cartes d’identité et rendu obligatoire par les Belges oeuvrant  sous mandat de la Société des  Nations. Or, jusque-là,  on pouvait passer d'un groupe à l'autre en fonction plutôt d'un statut social que d'une ethnie, un Hutu pouvait devenir Tutsi et vice versa. La nouvelle séparation devait créer  ainsi une distinction raciale et par là-même, l'ethnicisation d'une nouvelle société vue et interprétée par des yeux de blancs et aux conséquences désastreuses. 

Un blanchiment des âmes qui aboutira à un des génocides les plus odieux du XXème siècle et contre lequel la religion n’a rien pu,  bien au contraire, elle a su  attiser les haines jusqu’à la tentative d’extermination totale des Tutsis. Deux groupes Hutus et Tutsis qui vivaient côte-à-côte depuis des siècles et dont la distinction était plus sociale qu’ethnique, il a fallu l’intervention de l’impérialisme blanc accompagné de sa horde de fanatiques religieux pour plonger le pays dans un confusion meurtrière sans précédent.

On m’a prévenue :" au Rwanda tu as intérêt à dire que tu appartiens à telle église ou telle autre, sinon on ne te lâche plus". Alors, je  me réfère avec enthousiasme à Imana, Dieu tout puissant qui crée et protège la vie, qui vit dans tout ce qui est vivant sans distinction : anima, objet, pierre, animal, chaque chose est habitée par l’esprit. A cela s’ajoutent des cultes féminins, Nyabingi proche de Ryangombe.

Des croyances animistes qui sans doute démontraient une plus grande tolérance comparé à ce que l'on verra par la suite et  prémices de l’écologie et du développement durable, par conséquent l'avenir de l'Afrique. Une force spirituelle qui réside dans tout ce qui vit et meurt sans frontière, sans race, sans couleur, sans ethnie. La force fantastique du tout vivant, du tout respect. Notre avenir est sans doute dans le retour à  l'animisme:  la vie est partout. Respectons-là ! 

En attendant les églises font leur petit business, gèrent des magasins, vendent alcool et cosmétique, produits à récurer,  ouvrent des bureaux de changes et continuent à blanchir l’âme africaine à tour de bras.

A quand la libération de l’âme africaine ?

 

* Photo de l'écriteau du Magasin de l'économat général de l'archidiocèse de Kigali. 

 

  (Suite......................)

 

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25/08/2013

KIGALI, MIEUX QU’UNE VILLE EUROPEENNE

kigali002.jpg

Un journaliste burundais,  Chris Harahagazwe, invité dans un de mes billets précédent titrait « Kigali, n’est plus une ville africaine », j’irai plus loin en précisant que Kigali est mieux qu’une ville européenne en terme de propreté.

Dès l’atterrissage de l’avion à Kigali , vous êtes invités à laisser vos sachets plastique dans l’avion, l’annonce paraît surprenante, je me tourne vers ma voisine qui continue sur Entebbe et lui remet mon sachet « Geneva airport » avec une plaque de chocolat suisse . La dame ougandaise me laboure les côtes en riant, «  avec ça mon mari ne croira jamais que je suis partie en Suède mais en Suisse. »

 

Non seulement Kigali qui s’étend parmi  les collines  est d’une propreté rare, mais cette constatation est valable pour le pays entier. Chacun a pris sur lui la responsabilité de maintenir  le pays sans déchets. Ça frotte, ça balaie, des poubelles sont installées partout, des gazons bien arrosés sur lesquels il est formellement interdit de marcher.

 Une fois par mois, le dernier samedi du mois, les habitants se réunissent pour des actions communes citoyennes dont parmi elles le nettoyage collectif et ça marche. Une fierté nationale revendiquée par tous  d’avoir réussi en quelques années à  faire de ce pays  à peine émergé d’un génocide terrible et plongé dans un chaos sans précédent, la perle de l’Afrique.

Comme le précisait le journaliste burundais les femmes sont belles, je le confirme, leur finesse se révèle aussi à travers ce déhanchement lascif et chaloupé qui met en perspective les « bissoussous » en kinyarwanda qui signifie  les clignotants,  enveloppé dans un pagne coloré , à savoir un arrière train agréablement voyant bercé au rythme des pas lents et balancés.

Mais au-delà de ce petit clin d’œil esthétique, il est important de souligner que la participation des femmes au pouvoir politique est la plus forte du monde.

Kigali, n’est plus une ville africaine mais mieux qu’une ville européenne. S’il fallait comparer Genève à la capitale rwandaise , la cité de Calvin est bien loin derrière et confirme que la propreté  suisse est un mythe éculé et qu’il y a des endroits à Genève sales comme l’entrée de l’aéroport par exemple ou la gare.

Le Rwanda est un pays qui se décline en mille et une collines comme un conte  fantastique ; bananiers, théiers, caféiers, forêts d’eucalyptus les recouvrent et offrent une palette de verts infinie. 

 

(suite …………..)



 

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22/08/2013

Non à l'expulsion de Flor Calfuno Paillalef vers le Chili

Adressée à Madame Salerno 

Pétition urgente aux autorités suisses: Reconsidérer l'ordre d'expulsion au 31 août 2013 de Flor Calfunao Paillalef vers le Chili

Pétition de

Tania Marino Queupumil

Suisse

Flor Calfunao Paillalef, dénonciatrice des violations des droits de l’homme des mapuches risque l’expulsion vers le Chili fixée au 31 août 2013 suite à sa demande d’asile du 17 novembre 2008 déposée en Suisse.

Compte tenu de la situation actuelle des mapuches, sa sécurité est en danger.

Flor Calfunao Paillalef est une personne sérieuse bien intégrée sur le plan professionnel et social dans la ville de Genève où elle réside depuis plusieurs années.

En 2008, elle a reçu publiquement par le Maire de Genève, M. Patrice Mugny le prix « Femme exilée, femme engagée » pour son engagement dans la dénonciation des violations des droits de l’homme des mapuches au Chili.

Le 21 juillet 2012, élue par les autorités traditionnelles mapuches en tant qu’ambassadrice pour mettre en œuvre la Mission permanente mapuche devant les Nations-Unies selon l’art . 3 de la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones de 2007, elle poursuit  son travail de dénonciation devant les instances onusiennes (1).

Durant son exil en Suisse, plusieurs membres de sa famille ont été emprisonnés en raison de leurs revendications territoriales et de leurs droits en tant que peuple autochtone comme de nombreux autres mapuches (2).

Il est essentiel  de tenir en compte ce qui suit :

1)      Ben Emerson, rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte anti-terroriste a rédigé un rapport le 30 juillet 2013 suite à sa visite officielle au Chili cet été. Il confirme la violence excessive exercée par les policiers à l’encontre des communautés mapuches et conclut qu’il n’y a pas de terrorisme, il a par conséquent recommandé à l’Etat chilien de cesser d’utiliser la loi anti-terroriste et suivre la voie du dialogue car la situation est potentiellement « explosive »(3).

2)  En réponse, le Ministre de l’Intérieur chilien Chadwick a rejeté les recommandations.

3)      La situation explosive est tristement illustrée entres autres par l’assassinat par balles d’un mapuche de 26 ans, Rodrigo Melinao Lican, survenu le 6 août 2013 dans la région de Ercilla au sud du Chili dans un contexte hostile. En effet, le Ministre de l’agriculture Luis Mayol et l’ex-ministre de la justice Teodoro Ribera Neuman ont réitéré l’appel à la légitime défense des propriétaires colons et ont ainsi justifié l’utilisation des armes par ces derniers sur fond de menaces de mort proférés explicitement contre les mapuches. Cet assassinat est intervenu alors que la police avait militarisé la zone et contrôlait jour et nuit tout mouvement des personnes avec différentes installations modernes technologiques. La position politique chilienne attise la violence et ne protège pas les communautés mapuches des attaques latifundistes.

Sur la base de ces éléments, la ville de Genève, ville des droits de l’homme qui a reconnu le travail de Flor Calfunao Paillalef dans ce domaine, ne peut expulser une ambassadrice mapuche bien intégrée en Suisse dans un pays qui applique une politique répressive  envers le peuple mapuche et qui réfute le rapport d’un expert en terrorisme et droits de l’homme.

Par conséquent, Flor Calfunao Paillalef, mapuche active dans le cadre des droits de son peuple n’a pas la garantie d’être en sécurité au Chili.

C’est pourquoi,il est urgent de reconsidérer son ordre d’expulsion.

Signer, diffuser et écrivez cette pétition à:

Madame la Conseillére fédérale Simonetta Sommaruga

Département fédéral de justice et police, Palais fédéral ouest, 3003 Berne
Fax: 031 322 78 32

Monsieur le Conseiller d'Etat Pierre Maudet, Place de la Taconnerie 7, CP 3962, 1211 Genève 3

Madame la Maire Sandrine Salerno, rue de l'Hôtel-de-Ville 5, 1211 Genève

 

  1. Site Mapuexpress, informativo mapuche « Comunicado, Ginebra 15 de agosto 2013 sobre Misión Permanente Mapuche ante ONU y situación discriminatoria refugio Flor Calfunao»

http://www.mapuexpress.net/?act=publications&id=8242

2. Comisión Etica contra la tortura, Informe 2013 de derechos humanos « En la senda de la memoria, los derechos y la justicia, 1973-2013 : 40 años de lucha, resistencia y construcción », capitulo 2, Represión en territorio mapuche p.37-184, Santiago Chile

http://www.contralatortura.cl/

3. Rapport du 30 juillet par le Rapporteur Spécial de L'ONU sur la promotion et la protection de droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste

http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx...

 

POUR SIGNER LA PETITION 

http://chn.ge/17B6Uhb

 

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CHRONIQUE RWANDAISE

Bonjour chères lectrices et chers lecteurs, 

Bon retour de vacances à ceux et celles qui ont en pris, bon voyage à ceux qui partent et courage à ceux qui reviennent et qui ne rêvent que de repartir.

Encore à l'aéroport de Amsterdam sur la voie du retour, je prépare  une chronique rwandaise après un séjour de quelques jours dans le pays des mille collines (j'en soupçonne davantage). 

Il faudra un peu de temps sans doute pour intégrer la beauté des paysages et cette propreté rwandaise qui laisse pantois, l'horreur des mémoriaux avec ces squelettes sur lesquels on peut encore voir sur les crânes les coups de machettes et de marteau. Tisser patiemment l'histoire du chien qui sauva sa maîtresse en la nourrissant pendant 3 mois alors qu'elle  était gravement blessée aux yeux. Revenir sur des silences insupportables. Parler de cette solidarité magnifique de ces familles déjà fortement ébranlées par leurs propres morts et qui réussirent  encore à élever les enfants des autres, orphelins traumatisés, aujourd'hui devenus des hommes et des femmes. 

Une chronique rwandaise tissée de cendres,  au goût d'eucalyptus et de miel. Il me faudra marcher à pas de velours sur les souvenirs meurtris des rescapés, déambuler lentement entre les méandres d'une histoire contrariée; une errance qui joue à cache-cache entre ombre et lumière. 

Chronique des années de cendres après celles de  braises. 

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03/08/2013

La destruction du piano de Chopin

frederic-chopic-soldier-of-satan-and-musical-genius.jpgConcentrée à découvrir les poètes polonais, je tombe sur le poème « Piano de Chopin » de Cyprian Kamil- Norwid, ami du compositeur qui  commémore l’ incident de la destruction de l’instrument de Chopin dans son Vade-mecum , recueil de 100 poèmes et qui nous offre à travers lui une description émouvante du compositeur et révèle tout à la fois, la souffrance du poète face à cet acte de barbarie. 

Le 19 septembre 1863, jour de l’insurrection, le  palais Zamoïski, à Varsovie,  suite à une tentative d’attentat contre le délégué du tsar partie depuis les fenêtres du palais;  les Russes en représailles investissent les lieux et perquisitionnent, à la recherche des coupables. Ils s’introduisent alors dans l’appartement, situé au 3 ème étage  de la sœur du pianiste, Izabela Barcinska. Les gardes pour se venger, jettèrent par les fenêtres le piano qui se fracassa sur le pavé et brûlèrent au pied de la statue de Copernic les meubles, les tableaux, les manuscrits, les livres et les partitions de Chopin.

 

Parmi les actes de répression politiques contre la Pologne, Chopin a toujours été dans la ligne de mire des oppresseurs comme symbole de la culture polonaise et de la lutte pour la liberté du pays.

En 1940, les Nazis détruisirent sa statue au Parc Lazienki et interdisent la diffusion de ses oeuvres.

En 1945, le coeur de Chopin, préservé dans du cognac échappe aux bombardements  qui ont détruit 90 % de Varsovie.

Comme pour le poète, Saint-Pol-Roux dont les œuvres ont été brûlées par les Allemands en 1940 et sa fille violée, on réalise que la barbarie ne peut rien contre le génie.  On continue à écouter Chopin et lire Saint-Pol-Roux, le poète assassiné.

Imaginer ce piano défenestré par de rustres braillards  qui comme un cercueil voltige dans les airs pour se fracasser sur le pavé et dont quelques notes s'échapperaient  dans l'éclatement de l'instrument,   impressionne effectivement l'imaginaire du poète et de tout romancier. Quelques  notes discordantes   après le fracas épouvantable;  un air signé de la main du compositeur,   une épitaphe musicale  destinée  au tombeau de la  sauvagerie. 

 

Le Piano de Chopin

J’étais chez toi ces jours avant-derniers

De la trame non dénouée,

Pleins comme le Mythe,

Pâles comme l’aurore…

Quand la fin de la vie parle au commencement et murmure

« Je ne te briserai pas – non ! Je te donnerai l’essor !

 

J’étais chez toi, ces jours avant-derniers,

Quand – d’instant en instant – tu t’apparentais

A la lyre tombée des mains d’Orphée

Où la vigueur de la chute combat avec le chant :

Quatre cordes se parlent

En vibrant tout bas

Deux à deux – deux à deux -

Murmurant :

« – Est-ce lui qui commence,

Qui fait jaillir les notes ?…

« Si grand Maître ! … qu’il joue…

Lors même qu’il nous repousse ?.. »

J’étais chez toi, ces jours-là, Frédéric !

Toi dont la main… par sa blancheur

D’albâtre – et sa grâce – et son élégance -

Et son toucher impalpable comme une plume d’autruche

Se confondait sous mes yeux avec le clavier

D’ivoire…

 

Et tu étais pareil à cette forme que,

Du sein des marbres,

Avant de les tailler,

Fait surgir le ciseau

Du génie – l’éternel Pygmalion !

 

Voici, regarde, Frédéric ! voici Varsovie :

Sous un astre embrasé

En étincelles étranges -

Regarde les orgues de la Cathédrale

Regarde, ton nid ; La-bas, les demeures

Patriciennes de la Res Publica,

Les pavés sourds et gris des places,

Et le glaive de Sigismond dans les nues.

 

L’édifice a pris feu, le feu

Couve et s’étend – voici, le long du mur,

Je vois les fronts en deuil des veuves

Refoulés sous les crosses -

Je vois encore, malgré la fumée aveuglante,

Entre les colonnes du balcon,

Une sorte de cercueil

Que l’on hisse. il tombe il tombe Ton piano !

 

Lui qui a proclamé la Pologne, au zénith

De la Toute-Perfection des Temps,

Saisie par un hymne d’extase -

La Pologne .. ; des charrons transfigurés,

Il tombe… sur les pavés de granit !

Et voici, telle une juste pensée d’homme,

Il est bafoué par la fureur des hommes,

Ou comme – depuis les siècles

Des siècles – tout ce qui éveille !

Et voici, tel le corps d’Orphée

Mille Furies le déchirent,

Et toutes hurlent : « Moi, non !

Moi, non ! » Toutes grincent et hurlent -

Mais toi ? – Mais moi ? Faisons jaillir

Le chant du Jugement, clamons :

« Réjouis-toi, lointain héritier !

Les pierres sourdes ont gémi,

L’Idéal… a touché le pavé »

 

 

Fortepian Szopena

Bylem u Ciebie w te dni przedostatnie

Nie docieczonego watku,

Pelke, jak Mit,

Blade, jak swit…

Gdy zycia koniec szepce do poczatku :

« Nie stargam Cie ja – nie ! Ja, u-wydatnie ! »

 

Bylem u Ciebie w dni te, przedostatnie,

Gdy podobniales – co chwila, co chwila –

Do upuszczonej przez Orfeja liry,

W ktorej sie rzutu-moc z piesna przesila,

I rozmawiaja z soba struny cztery,

Tracajac sie,

Po dwie – po dwie –

I szemrzac z cicha :

« Zaczalze on

uderzac w ton ? …

Czy taki Mistrz ! … ze gra… choc – odpycha ? .. ;

 

Bylem u Ciebie w te dni, Frederyku !

Ktorego reka… dla swojej blialosci

Alabastrowej – i wziecia – i szyku –

I chwiejnych dotkniec jak strusiowe pioro –

Mieszala mi sie w oczach z klawiatura

Z sloniowej kosci…

 

I byles jako owa postac, ktora

Z marmurow lona,

Nizli je kuto,

Odejma dluto

Geniuszu – wiecznego Pigmaliona !

 

Oto – patrz, Frederyku ! … to Warszawa :

Pod rozplomieniona gwiazda ;

Dziwnie jaskrawa –

- Patrz, organy u Fary ; patrz : Twoje gniazdo :

Owdzie – patricjalne domy stare

Jak Pospolita-rzecz,

Bruki placow bluche i szare

I Zygmuntowy w chmurze miecz.

 

- Gmach zajal sie ogniem, przygasl znow,

Zaplonal znow – i oto – pod sciane

Widze czola ozalobionych wdow

Kolbami pchane

I znow widze, acz dymem oslepian,

Jak przez ganku kolumny

Sprzet podobny do trumny

Wydzwigaja – runal.. ; runal – Twoj Fortepian !

 

Ten !… co Polske glosil, od zenitu

Wszechdoskonalosci Dziejow

Wzieta, hymnem zachwytu,

Polske – przemienionych kolodziejow :

Ten sam – runal – na bruki z granitu !

I oto : jak zacna mysl czlowieka,

Poterany jest gniewami ludzi,

Lub jak – od wieka

Wiekow – wszystko, co zbudzi !

I oto – jak cialo Orfeja,

Tysiac Pasyj rozdziera go w czesci ;

A kazda wyje : « Nie ja !.. ;

Nie ja » – zebami chrzesci –

Lecz Ty – lecz ja ? uderzmy w sadne pienie,

Nawolujac : « Ciesz sie, pozny wnuku !…

Jekly – gluche kamienie :

Ideal – siegnal bruku ; «

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01/08/2013

Après les révoltes arabes, quel modèle de société ? Une douloureuse quête identitaire

images-1.jpegEn discutant avec une sociologue tunisienne tout en manifestant le poing levé, hier,  devant les Nations Unies, nous dissertions sur nos revendications. Je lui faisais remarquer autant en Egypte qu’en Tunisie, que nous n’avions pas de théoriciens politiques, ni de grandes figures pensantes qui au-delà de la révolte soient aptes à proposer un modèle de société qui offrirait une contre-réponse aux conservateurs traditionalistes derrière lesquels se trouvent des maîtres quand bien même leur idéal sociétal ne correspondent pas au nôtre, néanmoins, ils proposent un projet de société, une vision d'une société issue d'une réflexion qui leur est propre,  née au sein de leur rang, de leur culture, de leur pays, de leur tradition, assertion surtout valable pour l'Egypte. 

Somme-nous mûs par un idéal réfléchi, pensé, analysé, construit, éprouvé ? Nous crions la démocratie, la liberté, des droits pour tous sur des modèles européens, d’après des standards qui ne sont pas nos héritages historiques hormis à travers les colonisations.

Dans cette volonté de modernisation, nous n’avons pas adopté, ou sommes dans l’incapacité de citer des courants de pensée qui soient le fait de notre histoire propre.

Les Islamistes, ont de leur côté de grandes figures qu’ils revendiquent à partir desquelles ils ont élaboré un système de pensée et c’est sans doute dans ceci que réside leur force, ils ont un projet de société, bien qu'ils transforment et imposent  ces courants de pensées en modèles dogmatiques qui ne correspondent pas aux attentes de  l’ensemble d’un peuple mais que d’une partie,  des  réformistes tels que Al-Afghani, Mohammed Abdu, Rachid Rida, Hassan El-Banna pour les Frères musulmans auxquels succédèrent les nouveaux intellectuels de l’Islam comme un Mohamed Arkoun (Algérie-France), des Amin al-Khuli Muhammad Khalafallah Nasr Hamid Abu Zayd , tous égyptiens, ou un Abdelmagid Charfi (Tunisie)

 Du côté des courants modernes non islamistes on puise chez un Marx ou un  Bakounine qui sont loin d’une réalité arabo-musulmane. Les grands courants de pensée politique issus de ces pays en pleine révolte font défaut.   Nous sommes loin d’un consensus idéologique, mais encore à l’ère du tâtonnement et des grandes interrogations.  Peut-on imaginer un islam ouvert , social, tendance gauche et teinté d’humanisme, ouvert à la différence et aux autres minorités religieuses à l’intérieur de leur frontière ? Serait-ce encore l'Islam ? 

Les seules doctrines politiques se construisent sur des rejets, mais pas sur des formations idéologiques propres et construites. Le ciment des arabes réside dans ce qu’ils refusent, mais pas dans ce qu’ils souhaitent, c’est en cela que la maturité politique fait défaut. Les formations politiques sont plutôt claniques qu’idéologiques; elles sont davantage l’expression d’un refus que d’une construction voulue et pensée.  

Que valent-ils ces doctrinaires européens, dans ces pays aux multiples influences tissées d’Orient et d’Occident ? Que valent-ils dans un pays comme la Tunisie plantée en Afrique, d’inspiration arabo-musulmane, héritière d’un demi-siècle d’influence européenne, baigné par la culture méditerranéenne, Un kaléidoscope qui offre autant de prismes selon l’angle par lequel on l’observe.  Un pays où la tradition côtoie la modernité, où l’équivalent de la population dans son ensemble vit au-delà des frontières en gardant des liens étroits avec le pays d’origine qu’il influence inévitablement

Nous manquons de grandes figures pensantes, de théoriciens chevronnés qui proposeraient un modèle politique adapté à une configuration si singulière de pays mosaïques. Y-a-t-il un seul modèle, des modèles ?

Au-delà des aspirations « démocratiques » qui sont encore des concepts venus d’ailleurs, il faut penser la société que l’on souhaite s’offrir et qui réponde à ces moults héritages.

Force est de constater que nous avons peu de penseurs modernes issus de ces pays en bouillonnement de quête identitaire, de bâtisseurs de société qui projettent un avenir de visionnaire qui lanceraient   les fondations d’une société qui se reconnaîtrait  parfaitement dans les perpsectives qu’on lui  dessine.  Toutes les sociétés se sont construites à partir d’une théorie, qui a su planté ses racines dans le terreau qu’on leur a préparé au fil des siècles.

Les révolutions arabes sont bien une  douloureuse quête identitaire d’un modèle qui lui est propre et qui concorde à sa réalité, au carrefour de mille influences.

En attendant de trouver le modèle qui sera celui des pays arabes,  la voie la plus sûre est de miser sur la tolérance, ce que les Islamiste n’ont pas su faire jusqu'à preuve du contraire.

Le débat est ouvert : Quel modèle pour quelle société ?

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