27/08/2013

Rwanda- Le blanchiment de l’"âme nègre"

P1050999.JPGA l’aube,  la prière s’élève du minaret de la mosquée du quartier musulman du Biryogo relativement épargné pendant le génocide, la peur des djins y a beaucoup contribué (dans l'ensemble les Hutus et Tutsis musulmans ont préféré se ménager). Puis,  comme pour ne pas se laisser devancer, ce  sont les cloches de l’église qui s’agitent dans les airs et finalement pour couronner le tout, un  coco-dieu ! coco-dieu ! enragé d’un volatile exaspéré  pour parachèver  ce concert cacophonique.

Les églises catholiques, anglicanes, adventistes du septième jour, Témoins de Jéhovah, maintenant les Islamistes, se livrent une concurrence farouche pour additionner et s’arracher les âmes à convertir qui elles,  ont l'embarras du choix et n'hésitent pas à naviguer entre les unes et les autres.  Les catholiques sont encore les plus nombreux mais à l’allure où on voit pousser les mosquées financées par l’Arabie Saoudite et le Qatar dans les coins les plus reculés du pays, dans les quelques années à venir, le rapport pourrait bien s’inverser. Kadhafi avait tenté quelques incursions en offrant une belle  mosquée à Kigali.

Il est vrai que la religion catholique a perdu beaucoup d’adeptes après le génocide qui constatèrent avec effroi qu’il était possible d'être bigot, manier la machette, Bible en main et   participer au massacre avec des bondieuseries plein la bouche.

Le texte même de l’idéologie génocidaire prit des allures de "10 commandements"  du Hutu  avec en couverture la photo de Mitterand «le véritable ami du Rwanda ».   Tout revête  des airs  de religiosité  au cœur même des massacres qui se  déroulèrent  jusque dans les églises et même bien souvent à l'intérieur  des lieux dits sacrés  et qui virent  périr des milliers de morts à la machette sous les yeux d’un Christ en croix, halluciné devant cet holocauste qui ne lui était pas destiné et dont il se serait sans doute fort bien passé.  

Il est passionnant de voir avec quel enthousiasme l’Eglise fait œuvre de « mission civilisatrice » si proche du colonialisme. Elle s’occupe de rendre les âmes dociles tandis que d’autres issus du même moule s’activent à faire les poches des Africains, à arracher les richesses de leurs terres tout en invoquant Dieu.

Il est surprenant de voir comment les Eglises se sont servies en s’appropriant des terres à l’infini, en s’installant sans vergogne pour  leur travail de missionnariat intensif et systématique. Un missionariat souvent antichambre d’un pillage des biens , deux attitudes indissociables, on l’a bien vu avec les conquistadors : prosélytisme et pillage l. On change de continent et  de siècles,  mais les atavismes perdurent. 

 

Les blancs n’ont pas seulement apporté la religion mais ils ont été les premiers à ethniser le pays en divisant les deux groupes Tutsis et Hutus qui devaient être identifiés et apposés sur les cartes d’identité et rendu obligatoire par les Belges oeuvrant  sous mandat de la Société des  Nations. Or, jusque-là,  on pouvait passer d'un groupe à l'autre en fonction plutôt d'un statut social que d'une ethnie, un Hutu pouvait devenir Tutsi et vice versa. La nouvelle séparation devait créer  ainsi une distinction raciale et par là-même, l'ethnicisation d'une nouvelle société vue et interprétée par des yeux de blancs et aux conséquences désastreuses. 

Un blanchiment des âmes qui aboutira à un des génocides les plus odieux du XXème siècle et contre lequel la religion n’a rien pu,  bien au contraire, elle a su  attiser les haines jusqu’à la tentative d’extermination totale des Tutsis. Deux groupes Hutus et Tutsis qui vivaient côte-à-côte depuis des siècles et dont la distinction était plus sociale qu’ethnique, il a fallu l’intervention de l’impérialisme blanc accompagné de sa horde de fanatiques religieux pour plonger le pays dans un confusion meurtrière sans précédent.

On m’a prévenue :" au Rwanda tu as intérêt à dire que tu appartiens à telle église ou telle autre, sinon on ne te lâche plus". Alors, je  me réfère avec enthousiasme à Imana, Dieu tout puissant qui crée et protège la vie, qui vit dans tout ce qui est vivant sans distinction : anima, objet, pierre, animal, chaque chose est habitée par l’esprit. A cela s’ajoutent des cultes féminins, Nyabingi proche de Ryangombe.

Des croyances animistes qui sans doute démontraient une plus grande tolérance comparé à ce que l'on verra par la suite et  prémices de l’écologie et du développement durable, par conséquent l'avenir de l'Afrique. Une force spirituelle qui réside dans tout ce qui vit et meurt sans frontière, sans race, sans couleur, sans ethnie. La force fantastique du tout vivant, du tout respect. Notre avenir est sans doute dans le retour à  l'animisme:  la vie est partout. Respectons-là ! 

En attendant les églises font leur petit business, gèrent des magasins, vendent alcool et cosmétique, produits à récurer,  ouvrent des bureaux de changes et continuent à blanchir l’âme africaine à tour de bras.

A quand la libération de l’âme africaine ?

 

* Photo de l'écriteau du Magasin de l'économat général de l'archidiocèse de Kigali. 

 

  (Suite......................)

 

Mon site www.djemaachraiti.ch

 

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Commentaires

Merci pour ce billet, Djemaa! Meilleures salutations. Jmo.

Écrit par : Jmo | 28/08/2013

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