03/08/2013

La destruction du piano de Chopin

frederic-chopic-soldier-of-satan-and-musical-genius.jpgConcentrée à découvrir les poètes polonais, je tombe sur le poème « Piano de Chopin » de Cyprian Kamil- Norwid, ami du compositeur qui  commémore l’ incident de la destruction de l’instrument de Chopin dans son Vade-mecum , recueil de 100 poèmes et qui nous offre à travers lui une description émouvante du compositeur et révèle tout à la fois, la souffrance du poète face à cet acte de barbarie. 

Le 19 septembre 1863, jour de l’insurrection, le  palais Zamoïski, à Varsovie,  suite à une tentative d’attentat contre le délégué du tsar partie depuis les fenêtres du palais;  les Russes en représailles investissent les lieux et perquisitionnent, à la recherche des coupables. Ils s’introduisent alors dans l’appartement, situé au 3 ème étage  de la sœur du pianiste, Izabela Barcinska. Les gardes pour se venger, jettèrent par les fenêtres le piano qui se fracassa sur le pavé et brûlèrent au pied de la statue de Copernic les meubles, les tableaux, les manuscrits, les livres et les partitions de Chopin.

 

Parmi les actes de répression politiques contre la Pologne, Chopin a toujours été dans la ligne de mire des oppresseurs comme symbole de la culture polonaise et de la lutte pour la liberté du pays.

En 1940, les Nazis détruisirent sa statue au Parc Lazienki et interdisent la diffusion de ses oeuvres.

En 1945, le coeur de Chopin, préservé dans du cognac échappe aux bombardements  qui ont détruit 90 % de Varsovie.

Comme pour le poète, Saint-Pol-Roux dont les œuvres ont été brûlées par les Allemands en 1940 et sa fille violée, on réalise que la barbarie ne peut rien contre le génie.  On continue à écouter Chopin et lire Saint-Pol-Roux, le poète assassiné.

Imaginer ce piano défenestré par de rustres braillards  qui comme un cercueil voltige dans les airs pour se fracasser sur le pavé et dont quelques notes s'échapperaient  dans l'éclatement de l'instrument,   impressionne effectivement l'imaginaire du poète et de tout romancier. Quelques  notes discordantes   après le fracas épouvantable;  un air signé de la main du compositeur,   une épitaphe musicale  destinée  au tombeau de la  sauvagerie. 

 

Le Piano de Chopin

J’étais chez toi ces jours avant-derniers

De la trame non dénouée,

Pleins comme le Mythe,

Pâles comme l’aurore…

Quand la fin de la vie parle au commencement et murmure

« Je ne te briserai pas – non ! Je te donnerai l’essor !

 

J’étais chez toi, ces jours avant-derniers,

Quand – d’instant en instant – tu t’apparentais

A la lyre tombée des mains d’Orphée

Où la vigueur de la chute combat avec le chant :

Quatre cordes se parlent

En vibrant tout bas

Deux à deux – deux à deux -

Murmurant :

« – Est-ce lui qui commence,

Qui fait jaillir les notes ?…

« Si grand Maître ! … qu’il joue…

Lors même qu’il nous repousse ?.. »

J’étais chez toi, ces jours-là, Frédéric !

Toi dont la main… par sa blancheur

D’albâtre – et sa grâce – et son élégance -

Et son toucher impalpable comme une plume d’autruche

Se confondait sous mes yeux avec le clavier

D’ivoire…

 

Et tu étais pareil à cette forme que,

Du sein des marbres,

Avant de les tailler,

Fait surgir le ciseau

Du génie – l’éternel Pygmalion !

 

Voici, regarde, Frédéric ! voici Varsovie :

Sous un astre embrasé

En étincelles étranges -

Regarde les orgues de la Cathédrale

Regarde, ton nid ; La-bas, les demeures

Patriciennes de la Res Publica,

Les pavés sourds et gris des places,

Et le glaive de Sigismond dans les nues.

 

L’édifice a pris feu, le feu

Couve et s’étend – voici, le long du mur,

Je vois les fronts en deuil des veuves

Refoulés sous les crosses -

Je vois encore, malgré la fumée aveuglante,

Entre les colonnes du balcon,

Une sorte de cercueil

Que l’on hisse. il tombe il tombe Ton piano !

 

Lui qui a proclamé la Pologne, au zénith

De la Toute-Perfection des Temps,

Saisie par un hymne d’extase -

La Pologne .. ; des charrons transfigurés,

Il tombe… sur les pavés de granit !

Et voici, telle une juste pensée d’homme,

Il est bafoué par la fureur des hommes,

Ou comme – depuis les siècles

Des siècles – tout ce qui éveille !

Et voici, tel le corps d’Orphée

Mille Furies le déchirent,

Et toutes hurlent : « Moi, non !

Moi, non ! » Toutes grincent et hurlent -

Mais toi ? – Mais moi ? Faisons jaillir

Le chant du Jugement, clamons :

« Réjouis-toi, lointain héritier !

Les pierres sourdes ont gémi,

L’Idéal… a touché le pavé »

 

 

Fortepian Szopena

Bylem u Ciebie w te dni przedostatnie

Nie docieczonego watku,

Pelke, jak Mit,

Blade, jak swit…

Gdy zycia koniec szepce do poczatku :

« Nie stargam Cie ja – nie ! Ja, u-wydatnie ! »

 

Bylem u Ciebie w dni te, przedostatnie,

Gdy podobniales – co chwila, co chwila –

Do upuszczonej przez Orfeja liry,

W ktorej sie rzutu-moc z piesna przesila,

I rozmawiaja z soba struny cztery,

Tracajac sie,

Po dwie – po dwie –

I szemrzac z cicha :

« Zaczalze on

uderzac w ton ? …

Czy taki Mistrz ! … ze gra… choc – odpycha ? .. ;

 

Bylem u Ciebie w te dni, Frederyku !

Ktorego reka… dla swojej blialosci

Alabastrowej – i wziecia – i szyku –

I chwiejnych dotkniec jak strusiowe pioro –

Mieszala mi sie w oczach z klawiatura

Z sloniowej kosci…

 

I byles jako owa postac, ktora

Z marmurow lona,

Nizli je kuto,

Odejma dluto

Geniuszu – wiecznego Pigmaliona !

 

Oto – patrz, Frederyku ! … to Warszawa :

Pod rozplomieniona gwiazda ;

Dziwnie jaskrawa –

- Patrz, organy u Fary ; patrz : Twoje gniazdo :

Owdzie – patricjalne domy stare

Jak Pospolita-rzecz,

Bruki placow bluche i szare

I Zygmuntowy w chmurze miecz.

 

- Gmach zajal sie ogniem, przygasl znow,

Zaplonal znow – i oto – pod sciane

Widze czola ozalobionych wdow

Kolbami pchane

I znow widze, acz dymem oslepian,

Jak przez ganku kolumny

Sprzet podobny do trumny

Wydzwigaja – runal.. ; runal – Twoj Fortepian !

 

Ten !… co Polske glosil, od zenitu

Wszechdoskonalosci Dziejow

Wzieta, hymnem zachwytu,

Polske – przemienionych kolodziejow :

Ten sam – runal – na bruki z granitu !

I oto : jak zacna mysl czlowieka,

Poterany jest gniewami ludzi,

Lub jak – od wieka

Wiekow – wszystko, co zbudzi !

I oto – jak cialo Orfeja,

Tysiac Pasyj rozdziera go w czesci ;

A kazda wyje : « Nie ja !.. ;

Nie ja » – zebami chrzesci –

Lecz Ty – lecz ja ? uderzmy w sadne pienie,

Nawolujac : « Ciesz sie, pozny wnuku !…

Jekly – gluche kamienie :

Ideal – siegnal bruku ; «

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Commentaires

Moments qui s'écoulent et roulent vers la rosée de l'herbe tendre. Tu vois, j'ai mis du coeur à l'ouvrage mais ton ouvrage ne vint jamais jusqu'à moi. Qu'as-tu donc pour me conter le silence de ton âme au coin du feu? Que fais-tu de notre voyage qui n'aura jamais lieu qu'en rêve? Qui a dit que "le vrai courage n'est pas de partir un jour pour de vrai mais de mentir la nuit à la mort pour faire rejaillir la vérité sur tous"? Spinoza? Descartes? Kant? Nietzsche? Ainsi parla Zarathoustra quand il pensa que le voyage devenait trop assassin et trop suicidaire. Pourtant ils se turent tous... Il était seul... En attendant peut-être la fin sensationnelle. Et cette mort de l'artiste comme destin obligé. Il attendait. Il ne bougeait plus. Inerte. Peut-être déjà mort. Il n'était jamais parti. Il ne pouvait donc pas revenir d'entre les morts. Chopin. Il écoute Chopin a la place de la kalachnikov ou de la bombe. C'est beau de vivre et d'écouter le message d'un ange pianiste. Peut-être, tombant des hauts-parleurs du Ciel et en fracas sur toutes les terres du Cham, cette musique accomplirait-elle le miracle étoilé sur le coeur des femmes et des hommes en guerre? Et cette paix redescendue sur Terre grâce à la foi des artistes transmise à l'universalité de l'amour entre les êtres humains?

Très belle journée à vous, Djemâa

Écrit par : pachakmac | 07/08/2013

@Djmâa,très beau poème qui a fait sourire Marek. Tu vois m'a t'il dit tranquillement assis sur son nuage d'enfant déporté ,sans le savoir Djemâa à parlé de moi en donnant mon vrai prénom. Comme quoi quand le destin s'en mêle vraiment ,rire

Écrit par : lovsmeralda | 16/08/2013

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