27/07/2013

Tunisie - Vous reprendrez bien encore un peu de harissa

images.jpeg(ce billet  sera régulièrement enrichi par d'autres contributions)

De quel boîte d’harissa on nous l’ a sorti, le Boubaker El Hakim,   présumé meurtrier de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi?  

Le ministre de l’intérieur Lofti Ben Jeddou nous le balance à la tête ou plutôt dans l'auge des Tunisiens dans laquelle on leur sert au quotidien du mensonge, de la traîtrise,  et  de la manipulation par louchées entières.  On peut en toute bonne foi, s'interroger sur la rapidité de la conclusion de l’enquête, moins de douze heures après l’assassinat, rendue publique à peine 24 heures après,  alors que cela faisait des mois que nous attendions de savoir qui avait  tué Chokri Belaïd. Le manque de sérieux de l’enquête démontre le peu de cas que fait le gouvernement des victimes, toutes deux issues du Front populaire et engagées. (Paix à leur âme!)

 

Un coupable idéal, Salafiste, d’origine Française. Un dragon parfait, le franco-tunisien.  Le mal nous vient d’ailleurs signifiant « Nous,  Nahdhaouis, n’y sommes pour rien », ce sont les Tunisiens de l'étranger qui sont montrés du doigt et que l'on se plaît, du reste,  de plus en plus à stigmatiser. 

Bien étrange tout cela, je vais continuer à manger de l’harissa tout en m'interrogeant,  de  quelle boîte de conserve est  sorti si rapidement  le Boubaker El  Hakim;   le parfait élément salafiste extrémiste que nous tartine  Ennahda devant les  yeux pour mieux nous aveugler ? 

 

Portrait d'un parfait coupable sans doute coupable et pour qui des chefs d'accusation supplémentaires devraient passer comme lettre à la poste,  mais sans doute pas concerné par  des crimes qu'on lui impute  et qui  arrangerait néanmoins bien du  monde !

http://www.businessnews.com.tn/Tunisie---Qui-est-Boubaker...

Le leader d’Ansar Al Chariâa, Abou Iyadh de son vrai nom Seif Allah Ben Hassine a publié un deuxième communiqué dans la nuit du 27 juillet dans lequel il adresse un message au ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, lui signifiant qu’il a commis une grave erreur en évoquant le nom d’Ansar Al Chariâa comme impliqué dans l’affaire de l’assassinat de Mohamed Brahmi. 

 

Piste plus sérieuse et avancée par le porte-parole du Front Populaire, Hamma Hammami, informations non encore confirmées qui feraient état de l'implication d'une police parallèle dans l'assassinat de Mohamed par Brahmi. A suivre.........

 

Une analyse très intéressante : A qui profite le crime ? 4 niveaux de lecture à méditer par Radhi Meddeb

http://www.leaders.com.tn/article/brahmi-a-qui-profite-le-crime-quatre-niveaux-de-lecture-a-mediter?id=11923


L'EMOTION D'UN PHOTOGRAPHE TUNISIEN QUI NOUS EMEUT

(merci à Yacine )


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25/07/2013

Tunis - Mohamed Brahmi, leader du Front Populaire assassiné à son domicile

tunisie,assassinat le chef du parti d'opposition mouvement populaire,le député mohamed brahmiDes inconnus ont tiré ce matin sur le leader du Front Populaire Mohamed Brahmi, à son domicile.

Il serait  décédé de 11 balles tirées à bout portant sous les yeux de son épouse et de ses enfants.

L’ancien président du mouvement Echaâb (Peuple), l’un des ténors de la gauche et leader du Front Populaire, élu de Sidi Bouzid et né dans ce gouvernorat berceau de la révolution de 2011,  Mohamed Brahmi s’est illustré par ses critiques virulentes envers le parti islamiste Ennahdha, au pouvoir.

C’est la seconde personnalité politique assassinée en cinq mois après l’autre dirigeant de la gauche, Chokri Bélaïd, tué devant chez lui par des extrémistes religieux, froidement abattu sur le même mode opératoire.  Ce meurtre intervient le  jour de la célébration de l’anniversaire de la proclamation de la république. Quelques jours auparavant,  le député avait annoncé son soutien au mouvement "Tamarod" parti d'Egypte et qui exigait la dissolution de l'Assemblée nationale constituante (ANC) et  du gouvernement provisoire qui en est issu. On pouvait entendre son franc-parler lors  d’une interview à la Radio Mosaïque, où il n'hésitait pas à parler d'«émasculer les institutions de l’Etat».

Deuxième assassinat politique depuis la révolution en Tunisie et qui cible encore une fois directement le Front Populaire et assurément l'oeuvre d'extrémistes religieux.

Des centaines de citoyens en colère sont descendus vers 13h00, à l'avenue Habib Bourguiba, au centre-ville de Tunis, pour condamner l'assassinat du député de l'opposition Mohamed Brahmi et appeler à la chute du gouvernement.

Les manifestants, en majorité issus du Front populaire, qui réunit plusieurs partis de gauche, et auquel appartient le député de Sidi Bouzid assassiné, scandent des slogans hostiles au gouvernement, à la coalition tripartite au pouvoir et au parti islamiste Ennahdha qui la domine, et notamment son président Rached Ghannouchi, auquel ils attribuent la responsabilité du crime.

Au premier rang des manifestants, Basma Khalfaoui, veuve de Chokri Belaïd, dirigeant de gauche assassiné le 6 février dernier devant sa maison par des extrémistes religieux, a appelé à la chute du gouvernement et au départ d'Ennahdha, responsable à ses yeux de la situation sécuritaire difficile par laquelle passe le pays.

Le Front populaire exige une série de mesures pour rétablir un vrai dialogue national

Le Front populaire ne participera pas au prochain round du dialogue national, c’est ce qu’ont indiqué Hamma Hammami et Zied Lakhdhar à l’issue de leur entretien avec le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs tunisiens, Houcine Abassi.
Les deux leaders du Front populaire ont indiqué que la participation à ce genre de dialogue fera les affaires de la Troïka qui cherche à gagner du temps et à sortir de son état d’isolement politique.

Le Front populaire exige la dissolution des ligues de protection de la révolution et la révision des nominations partisanes au sein de l’administration comme conditions préalables à la tenue d’un vrai dialogue national.

Et si c'était  ça qui faisait peur au gouvernement sur le modèle égyptien et tout à fait probable en Tunisie, aujourd'hui plus que jamais  ? Le prochain cri de ralliement du peuple tunisien :

 تمرد تونيزيا

 

EMEUTES DANS TOUT LE PAYS (jeudi 25 juillet 21h)

Emeute à Sidi Bouzid,  des locaux du parti  Ennahdha ont été saccagés. Les routes vers Sfax et Gafsa sont bloquées par les manifestants. Appel à manifester lancé pour ce soir 21h. L'UGTT  a annoncé une grève générale demain 26 juillet. Sur la page facebook du front populaire :"les Tunisiens sont invités à descendre dans la rue jusqu'à la chute de ce régime terroriste". Hamma Hammami appelle le peuple tunisien à la désobéissance civile afin de renverser l'ANC et le gouvernement illégitimes et sauver le pays de la désintégration.

 

La barbarie : NO PASARÁN ! 


PS Tous les vols depuis  et vers la Tunisie seront annulés,  demain 26 juillet

 

 

 

Sources : presse tunisienne et site du Front populaire tunisien

18/07/2013

Tunisie - Des archives secrètes françaises plus si secrètes

DownloadedFile.jpegCela ne fait plus aucun doute, ce sont bien les services de renseignements français qui sont impliqués dans l’assassinat de Farhat Hached, leader syndicaliste assassiné,  le 5 décembre 1952,  à Radès,  par la Main Rouge. François Hollande a remis un dossier à la famille en marge de sa visite en Tunisie en annonçant lors de son discours à l’Assemblée nationale constituante du,  5 juillet 2013: «J’ai donné les instructions pour que toutes les archives soient rendues publiques dans le but de divulguer  l'identité de l’assassin de Farhat Hached».

La vérité éclaterait-elle enfin, sur la mort du premier secrétaire général de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), verra-t-on sur cette même lancée l’ouverture des archives relatives à la mort d’Ahmed Tlili survenue à Paris, en 1967.

Et encore les détails de la condamnation à mort de mon père survenue en 1963 et pour laquelle, il n’y aurait plus d’archives (disparues ?cachées ?) faudra-t-il aussi se tourner du côté de la France, une fois encore,  pour découvrir l’histoire du mouvement national tunisien qui révélera tout simplement que l’indépendance tunisienne n’était qu’un leurre et que son passé, il lui faut le fouiller, creuser, gratter au fond des archives françaises  ? Le gouvernement tunisien étant dans l’incapacité de s’approprier sa propre histoire.

Il est important de rappeler comme l’a fait François Hollande qu’une autre "Main Rouge" continue d’ensanglanter aujourd’hui la Tunisie, pour mémoire l’assassinat de Chokri Belaïd et  elle n’est pas française, cette fois-ci.

Tous les pays du printemps arabe anciennement colonisés sont finalement encore en quête d'indépendance, comment se débarrasser enfin du lien de soumission, comment se débarrasser profondément de l'influence du réflexe de colonisé qui dans un premier mouvement se cherche spontanément un nouveau maître qui peut aussi prendre des allures de religion, condamnés qu'ils sont par l'histoire à courber l'échine. Les pays ex-colonisés continuent désespérement à s'arracher dans le sang et la douleur de la condition de perpétuels asservis. L'indépendance, elle aussi est un long apprentissage. 

 

Enquêter sur le passé, investiguer sur le présent, sortir du silence, s’extraire péniblement des limbes,  autant de défis pour un pays qui peine à se trouver, en quête d’identité et prêt à toutes les compromissions, les concussions, voire à toutes les prostitutions  pour y parvenir tout en s’éloignant du but,  transformé peu à peu en mirage et qui pousse irrésistiblement ce pays féru de liberté à dériver et se perdre dans les brumes des eaux saumâtres et fangeuses de l'injustice sociale, de l'ignorance et du fanatisme aveugle. 

 

En ce qui nous concerne, après la révolution (doit-on vraiment l'appeler ainsi ou simplement mouvement de révolte) , ma famille s’est vu remettre une médaille, attribuer une avenue au nom de mon père Lazhar Chraïti  et  ériger sa  statue à un carrefour, dans sa région natale de Gafsa. Dans le  même temps,  le gouvernement est incapable d’inhumer ses morts dont lui, toujours dans les fosses communes. Ce même gouvernement a  confisqué le peu de biens que nous possédions et que nous étions prêts à racheter. Une vieille petite  maison qui nous a vus naître, squattée, aujourd'hui par un policier ancien RCD (ex parti de Ben-Ali) , personne ne bronche ou lève le petit doigt,  personne n’est en mesure de prendre de décisions et si c’est le cas, elles sont prises sans connaissance de cause, dans l'ignorance crasse des dossiers qui ne sont pas lus, apparenté davantage à des mouvements d'humeur qui concluent à des caprices et entraînent des résolutions,  à l'emporte-pièce (je citerai Slim Ben Hmidène, Ministre des Domaines de l'Etat) .  

Le règne de l’arbitraire se répand comme tache d’huile, des islamistes qui comme les prédécesseurs laissent l’injustice se propager et en tirent profit, on confisque d'un côté et on redistribue de l'autre pour se   partager les biens et les postes entre gens de même parti, exactement comme autrefois. 

Une schizophrénie qui montre dans quel chaos se trouve la Tunisie avec des dirigeants hésitants, indécis, et pour résumer sans doute tout simplement incapables.

A quand le prochain soulèvement populaire ? Et si la révolution consistait par se changer soi-même ? Or, ce sont d'abord les mentalités qu'il faut changer puis ensuite les régimes, il est si facile de changer de masques et d'arborer celui du moment; bourguibiste, ben-aliste, islamiste, mais encore et toujours les mêmes,  à passer d'une dictature à l'autre et à la nourrir avec un acharnement sans cesse renouvelé.

Ce ne sont pas les masques qu'il faut changer mais l'homme; un homme et une femme enfin épris de liberté, débarrassés de leurs vieux réflexes d'éternels colonisés; la liberté commence aussi dans sa propre tête, au fond de sa propre conscience. C'est la liberté aussi qui permet d'être juste et de vivre en harmonie avec soi-même et les autres et de tisser les conditions d'une nation  dans laquelle il ferait bon vivre et où chacun riche de sa propre liberté s'ouvrirait et participerait à la construction d'une nation digne de porter ce nom.  Longue est la  route pour une véritable indépendance, que de fois peut-on se perdre ! 

 

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15/07/2013

Souvenirs aux âmes disparues - Pour toi le Polonais

Mon invitée Hélène qui dédie son poème aux déportés polonais venus travailler en Suisse 


Pour toi le Polonais

Là,  présent mangeant face à moi

Je n’ai pas saisi l’importance de ton regard

Regards furtifs devant cette inconnue entrée dans sa nouvelle famille

Tout comme toi mais pour d’autres raisons

Famille qui devint tienne après de nombreux aléas

Non, je n’ai pas saisi l’importance de tes yeux révélateurs

Sur l’instant effarouchée,  l’importance de cette rencontre m’échappa

Il était là,  enfant de la guerre au service d’une famille, comme nombre d’autres

Famille qui devint mienne, mais avec peine, une Protestante devait être éprouvée

Très timide tout autant que toi, je t’ai à peine regardé

Tu as mangé très vite pour t’enfuir dans ta chambre de valet de ferme

Dans la lune,  il m’a fallu du temps pour comprendre

Quand je compris, tu étais mort mais  de toutes manières

Aller vers toi en tant qu’amie cette famille d’adoption ne l’aurait pas compris

Sans doute aurait-elle eu de la peine à comprendre un passé  nous reliant toi et moi

Autant que toi  me regardant comme le fantôme d’une personne m’ayant précédée

Qui revenait  pour te confirmer qu’en étant Protestant coups et blessures ne font pas faillir 

Guerre et paix, tant de pleurs  tant de haine , pourquoi ?qu’avaient donc fait ces enfants ?

Je repense à toi Marek,mon cœur se sert toujours autant.Tu es mort mais délivré

D’un cauchemar  celui de ne pas être enterré à Auschwitz, refoulé de Suisse

Malgré ton lourd handicap, peut-être a la limite de l’autisme, tu as obéi, travaillé sans jamais sourciller

Malgré ton dos voûté, ta souffrance intérieure peut-être exacerbée

Par des querelles auxquelles tu as dû prendre part, bien que pas concerné du tout 

Alors repose en paix brave Petit Polonais


Ce poème je l’ai écris en son souvenir et repensant aussi aux nombreux militaires Polonais  qui ont œuvré dans notre pays, dans la construction de routes et ponts,dont un qui a lui pour nom, Amour,   me reliant aux origines de mes grands-parents paternels.  Et aussi en souvenir d’une habitante amoureuse de son militaire Polonais et qui mourut en 2009 l’emportant gravé dans son cœur.

 

 

 

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13/07/2013

Le plagiat, une longue histoire de "voleurs de mots"

15_Cfp01.jpgQuelques grandes affaires viennent de surgir en lien avec la plagiat, celles de l'ex-Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim condamné pour plagiat;  un homme dont le savoir est en parti issu de la tradition orale qu'on répète encore et encore et que l'on tisse patiemment,  au fil des ans,  en la ressassant pour l'enrichir;  une tradition orale soumise à une  perpétuelle évolution et qui assurément se prolonge jusque dans  l'écrit, on s'appuie sur les fondations que l'on rappelle et  s'approprie pour construire,  puis récemment la conseillère nationale Doris Fiala déchue de son master en politique de sécurité et gestion de crise par l'EPFZ.   De tout temps,  la création artistique qu’elle touche la musique, la peinture ou la littérature, n’a été qu’une succession d’influence, d’emprunt, d’imitation . Base de toute littérature, on échafaude avec les mots des autres, on construit avec les idées de son temps, « on laisse sa bibliothèque dans ses livres. »

L’étymologie du mot remonte à très loin, le terme « plagiarus » pouvait désigner dans la Rome antique soit un voleur d’esclaves soit quelqu’un qui vendait comme esclave un homme libre. On voit apparaître pour la première fois ce mot dans son sens figuré  par Martial, poète latin du  1 er siècle,  qui dénonce quelqu’un qui s’est approprié ses vers.

Depuis que l’écriture existe, le plagiat est son corollaire. Les Romains s’écharpaient déjà, une querelle devait opposer Eupolis à Aristophane qui s’accusaient réciproquement, Molière à son tour plagiera Aristophane , qui par la suite sera lui-même plagié. Que dire de  la tradition orale qui n’était qu’affaire de plagiat ?  Un récit était repris, mot à mot, puis enrichi sur des siècles. La tradition orale montre déjà cette capacité de reproduire et d’enrichir par un  apport personnel, trouvères et troubadours s'en donnaient à coeur joie. 

Anatole France ne s’en cache pas et le défend  « la vérité est que les situations sont à tout le monde ». Montaigne admet le larcin, il se glisse dans la cour des grands qui eux-mêmes empruntent ses Essais réutilisés ad infinitum et qui ont connu un succès encore plus grands que les originaux de l’auteur. Il admet l’emprunt restitué et augmenté d’un capital. Copie abondante, légitimité, emprunt avoué ou connu, chacun lit sur chacun,  retranscrit, adapte, transforme. Sénèque préconise l'imitation, Homère a sans doute été le plus plagié, La Fontaine s’est largement inspiré d’Esope, sur ses 224 fables , seules 20 sont de son crû.

On triche déjà avec sa lecture, on commence par recopier les autres, on les imite, on s’en nourrit.  Faire de la mosaïque avec les mots des autres, est-ce de la créativité, mais où commence et où se termine la créativité  ?  Récupérer c’est refaire du neuf avec de l’ancien. On ne fait pas vraiment œuvre entièrement originale, mais personnelle. Chacun apporte sa pierre à l’édifice.

La diffusion du livre par la librairie engage la protection de l’œuvre, à la création vient s’ajouter le mercantilisme, des querelles, des procès sans fin. Finalement est-ce l’œuvre qu’on protège où ses intérêts financiers au détriment de l’intelligence universelle ?  On mesure une œuvre, on l’évalue, on se bat contre sa contre-façon comme si c’était un vulgaire sac. Ne serait-ce pas le mercantilisme qui serait le plus incommodé par le plagiat ?  La métamorphose lente , au contact les uns des autres,   de la pensée universelle  s'en satisfait pleinement.  On pleure le « Libraire réduit à l’hôpital » mais que dire des nouvelles technologies qui favorisent à grande échelle le  plagiat sur internet des œuvres de toutes sortes sans compter les  téléchargements gratuits. Et si c'était tout simplement  la création et l'intelligence universelle qu'on se partage allègrement,  sans frontières ?  L’articulation commerciale et l’œuvre de création se marient dangereusement, la première  risquant de délester, de freiner la seconde.

Les territoires de la propriété se forment autour de l’œuvre et fait naître la protection des auteurs, comment continuer à faire fructifier l’héritage commun et l’accès à la culture ? 

Souvent les pourfendeurs du plagiat en sont les premiers auteurs, on se nourrit forcément à la source de quelques prédécesseurs. « Rien n’appartient à rien, tout appartient à tous ». La nature du plagiat n’apparaît pas clairement pour celui qui le pratique. Des lectures plus anciennes rejaillissent sans même qu’on s’en souvienne.

Quand on voit ce que la presse et la TV nous livrent dans un " langage de Jivaro réducteur de têtes", mais s'il vous plaît, journalistes, plagiez donc, allez donc vous frotter à la pensée des Anciens, inspirez-en vous, imitez-les, mais faites donc mais surtout faites, pour notre salut et notre intelligence:  plagiez,    imitez à volonté ! 

La création littéraire ou artistique n’est-elle pas dans le fond une œuvre collective ? «  Un peu du mien, un peu du tien et nous signons le nôtre. »

 

Une émission du samedi 13 juillet matinée,  sur le plagiat de 58’47 sur France culture, invité Laurent Theis :

 

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4648788

 

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11/07/2013

Commémoration des 18 ans du génocide de Srebrenica

genocid+srebrenica[1].jpgUn ami bosniaque m'écrit ce soir pour me dire combien il est triste, combien il se sent seul et oublié alors que demain sera le jour de  la commémoration du génocide de Srebrenica. Je lui ai promis que nous partagerons sa douleur que nous ne le laisserons pas isolé face à ses souvenirs. Il ne faut jamais oublier les génocides quels qu'ils soient, ne jamais oublier quand l'homme peut devenir plus féroce qu'une bête. Travailler inlassablement la mémoire pour le "Jamais plus ça". La solitude réside  aussi dans l'oubli. 

 

C'est "à genoux", selon ses propres termes, que le président de la Serbie, Tomislav Nikolic, en avril 2013,  a présenté des excuses publiques à la Bosnie via sa chaîne nationale, pour le massacre des musulmans de Srebrenica,  en juillet 1995,  durant lequel 8'000 bosniaques ont été assassinés. 

"Je m'agenouille et demande que la Serbie soit pardonnée pour le crime commis à Srebrenica".

 

Paix à l'âme des victimes de Srebrenica, paix à l'âme de toutes les victimes de génocides.

 

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Mémoires des oubliés de Bosnie - 3 récits inspirés d'histoires vraies 

 

Le murmure des fantômes

N'ayez aucune crainte ! On me reproche souvent d'avoir des yeux d'égaré, mais ce n'est que la souffrance qui les a transformés en océans de tristesse. Pardonnez mon incohérence parfois, les mots me manquent, ils sont noyés dans l'incompréhension de ma vie. Ne me jugez pas, ne me condamnez pas, écoutez seulement mon histoire, je vous la raconte très vite, car je crains que les mots ne s'en aillent pour toujours :

A 20 ans, je quittai l'Algérie pour sauver mes frères bosniaques, je m'imaginai sauver le monde, fraterniser avec la planète entière, on m'a juré ensuite le Paradis, je n'ai reçu que l'Enfer. Au chômage, sans but, je trouvai-là un sens à ma vie. Avec d'autres Moudjahidines, nous sommes partis fiers comme des guerriers. La guerre a fait de nous des héros, ensuite des indésirables, puis des terroristes.

Après la guerre, ma femme bosniaque est partie avec moi, nous errons dans toute l'Europe, dormons dans la rue. Nous les voyons les fantômes de la guerre, ils nous hantent, jour et nuit et nous les fuyons de pays en pays, mais ils nous suivent.  Parfois même, mon épouse se griffe, se cogne la tête contre les murs et m'accuse de l'avoir fait .  Elle me regarde avec un air si terrorisé que je devine sur ce visage déformé par la crainte, ce qu'elle a subi dans les camps en Bosnie.

Excusez mes sanglots ! La terre n'est plus très accueillante vous savez lorsque les fantômes vous harcèlent. Vous l'avez vu celui-là qui me nargue, il ne me lâche plus. Vous ne l'avez pas remarqué ? Il était assis à notre table , à l'instant même, entre nous. Mais voyez donc comme son visage fait peur avec  ce rictus affreux !

Nos trois enfants sont toujours avec nous et nous suivent partout, regardez-les on dirait des anges, ils sourient, ils semblent si heureux malgré notre misère. Nous avons déposé tous nos espoirs, toutes nos attentes et notre avenir sur ces visages radieux. Tout ce qui restait de bon chez nous s'est inscrit sur eux . (j'en conviens, les enfants sont rayonnants et qui pourrait imaginer leur vie  à travers leurs éclats de rire )

Je suis un ange, peut-être, moi aussi et mon épouse également. C'est la guerre qui a fait de nous ce que nous sommes devenus, des errants vivants suivi d'un cortège de fantômes morts.

Merci de m'avoir écouté, ça fait du bien. Au revoir, au revoir, faites attention aux fantômes, les morts ont toujours quelque chose à nous dire lorsqu'on les a faits souffrir, ils vous harcèlent jusqu'à ce que vous les écoutiez ! Je suis un fantôme, moi aussi, certainement, ou un ange, je ne sais plus très bien.

 

 

Un père si lourd à porter !

Pour ceux qui auraient des "oreilles de soie" renoncez à lire ce billet. Les histoires de guerre ne sont jamais faciles à dire, encore moins à lire ou à écouter.   Les vivants souffrent toujours plus que les morts, parce que la mémoire est là, les souvenirs ne  vous lâchent plus. Ils s'accrochent à votre corps, vous donnent des douleurs partout et moi , j'ai tellement mal au dos. Couché, assis, debout, rien n' y fait. Cette douleur lancinante est insoutenable et je sais exactement quelle est son origine :

 Nous fuyions la guerre, Sarajevo la ville maudite, mon vieux père malade ne pouvait plus nous suivre dans notre marche forcée sur des sentiers escarpés de montagne.  J'ai fini par le porter, en pensant, que là était le devoir d'un bon fils. Puis après des heures, je ralentis, la fatigue, la chaleur, puis de vieux souvenirs ressurgissaient de ces moments  où il fut injuste à mon égard. Je cherchai une excuse, je le compris par la suite pour le laisser, parce que je n'y arrivai plus. Il me fallait me nourrir de haine pour oser le faire, puis je le posai par terre brusquement,  m'épongeai le front ruisselant de sueur et lui dis :"Je n'en peux plus ! Je n'y arrive plus !". Le vieux me regardait, il avait senti collé à mon dos que je m'essoufflai, m'énervai. Et puis, je l'installai rapidement, à l'ombre sous un arbre, lui remis mon revolver avec trois balles dans le barillet, je lui fis comprendre que je le laisserai là, que notre route se séparait.

 Il me fallait partir au plus vite, sauver ma peau, suivre les autres qui s'éloignaient si vite.  Il ne dit rien, il savait déjà qu'il en serait ainsi. Je lui donnai mes provisions, de l'eau, le pris dans mes bras en sanglotant et  suis partis sans me retourner.

 10 minutes plus tard, j'entendis la détonation. C'est ainsi que mon père s'en est allé.

 Quelle douleur, ce dos, 16  ans déjà, les médecins n'y peuvent rien, c'est l'âme qui souffre !

  

PAIN AMER

Fuir à tout prix, cette sale guerre, traverser les montagnes bourrées de mines antipersonnel, échapper aux snipers qui sifflent dans la nuit, monstres enflammés qui semblent vous suivre sans relâche jusqu'à ce que vous sentiez dans votre chair, à l'odeur de brûlé, l'impact qui vous met à genoux, vous couche dans un long hurlement.

Emir l'avait annoncé tout de go  à ses parents, il ne resterait pas une minute de plus dans la  fournaise qu'était devenue Sarajevo, il partirait avec d'autres jeunes, coûte que coûte.  Son cousin du même âge, 20 ans, sera du périple. En pleurs, les yeux rougis, leurs mères ne cessent de rajouter des victuailles dans le sac à dos de Tarik. Elles  le bourrent, oubliant toujours encore une friandise, encore des fruits secs, encore un peu de viande, du pain.  Les deux garçons, tout en riant,  réprimandent leur mère.  Ils n'arriveront même plus à marcher avec ce sac.

Il est tard dans la nuit, ils se sont donnés rendez-vous à l'extérieur de Sarajevo, une  voiture les dépose plus loin hors de la ville tous feux éteints, elle fait plusieurs allers-retours. Ils sont une dizaine, discrète procession, on n'entend plus que le souffle léger, des soupirs. Certains pleurent ce départ.

A l'aube, un cri, un hurlement, ils sont encerclés par des soldats serbes. Ceux-là  sont nerveux, ils n'ont  pas envie de discuter. Ils les alignent et tirent. Les coups partent et résonnent dans la clairière si calme, si verte et arrachent les oreilles. Puis un grand silence tombe, linceul  mortuaire. Emir s'est dès les premières salves laissé tomber et s'est  fait passer pour mort.  Il patiente, une heure ou deux, peut-être, ou plus, il ne sait pas exactement, il  s'assure que tous les soldats soient partis. Il se relève, constate aucune blessure. Il s'assied sur un tronc, encore choqué et tremblant de tous ses membres.  Le soleil brille, les oiseaux chantent, comment la nature peut-être encore être si gaie face à ce spectacle de désolation ?

Emir, reste, là,  perdu. Est-il même encore vivant ? Il en doute, mais une faim terrible le tenaille et lui rappelle que lui est bien vivant. Il se souvient de leur  sac à dos que son cousin portait.  Il ne le repère pas tout de suite son presque frère, son meilleur ami,  dans ce qui est maintenant plus qu'amas de chair, il soulève des corps et reconnaît celui de Tarik.  En pleurant, il lui enlève le sac des épaules, le lui extirpe laborieusement, le corps est inerte, lourd à mouvoir. Il en défait les nœuds, du sang tache ses mains, blessé au thorax, le sang de son cousin s'est infiltré partout se mêlant aux aliments.

Il prend du  pain, l'arrache péniblement avec les dents, lentement, il le mâche de manière automatique, le regard dans le vague,  impossible d'avaler un  morceau , mais la faim est là qui le taraude.  Il continue, le pain est rouge. Il se souvient de son cousin, ils avaient le même âge, mais Tarik était le plus costaud, ils s'amusaient à se battre et c'est toujours lui qui avait le dessus.

Le pain est rouge, quel drôle de goût, le goût du sang..........

 

Ces 3 récits ont été repris dans mon livre publié "Sarajevo, le poisson rouge"


www.djemaachraiti.ch

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09/07/2013

Le fils de Simone (5)

Pendant les deux jours qui suivirent l’annonce effroyable que le fils de Simone irait en maison de correction pour avoir mis le feu à la grange, Simone fit comme si de rien n’était, comme si tout ceci n’était qu’un cauchemar et qu’elle se réveillerait subitement en comprenant que ce ne fût qu’un mauvais rêve. La pauvre bonne  à tout faire redoubla d’effort, briqua, nettoya, frotta, s’activa fébrilement du matin au soir, jurant que son fils n’y était pour rien. Elle riait trop fort, s'agitait en tous sens.  L’enfant portait beau et  avait fière allure en marchant, elle l'avait  vêtu de ses plus beaux vêtements et lui avait fait une raie parfaite pour le présenter sous son plus beau jour.

On lui annonca sans ménagement que deux personnes d'une institution redresseuse de torts, viendraient  chercher son fils. Ce matin-là, les yeux rouges, elle le cacha sous un lit. Pure perte, on le retrouva et ce  ne furent plus que deux corps accrochés l’un à l’autre, inséparables, ils durent s’y prendre à quatre dans des cris épouvantables, dans un affolement de gestes violents,  pour parvenir à séparer la mère de l’enfant.

Simone continuait à hurler tout  en courant derrière la voiture qui emmenait son petit, puis un grand silence tomba comme un voile épais sur le home. Un silence lourd comme une tombe, ce calme étrange après le carnage quand enfin repus de sang, on revenait doucement à la réalité,   quand la catharsis s’accomplissait, lente et entière.

La malheureuse   devint une ombre, elle restait assise sans bouger sur une chaise, le temps n’avait plus aucune prise sur elle;  le regard vide, les yeux rougis et enflés après plusieurs  nuit sans sommeil et  qui ne pouvaient même plus verser de larmes,  elle offrait l’apparence d’avoir quitté son corps, une lumière intérieure s’était éteinte sous le poids de la souffrance. Elle avait tout simplement déserté,  partie pour le pays de l'oubli, dans une contrée lointaine et inconnue, là où on ne pouvait plus rien ressentir, au pays de l'indifférence:  La folie ?  On avait beau passer et repasser devant elle, elle ne vous voyait tout simplement plus.

Quelques jours plus tard, on la vit partir à pied, sur la route nationale, les épaules voûtées, la démarche titubante, ivre de douleur, une valise dans chaque main, si légères. Qu’avait-elle bien pu emmener avec elle ? Les souvenirs d’un fils. Oui ! Elle n’avait dans ses bagages assurément pris que des souvenirs de mère.

 

 

La grange désaffectée fut aussitôt transformée en aile habitable pour y abriter quelques chambres supplémentaires, les travaux furent exécutés en un rien de temps. A croire,  que les entreprises avaient été engagées avant même l'incendie, que le plan de construction n'attendait qu'un coupable. Une grande fête fut organisée, puis des bénédictions à pleuvoir pour protéger cette nouvelle bâtisse contre les griffes du diable ou la vengeance divine. 

 

FIN  

 


Epilogue 

Après quelques mois de cet enfer, je quittai enfin ce "Home Bethlehem"  pour un pensionnat international pour jeunes filles, sur les rives plus douces du Lac Léman, à Vevey, le "Pensionnat la Pensée" qui portait bien son nom. La directrice, aussi  d’origine  suisse allemande parlait 7 langues dont le grec ancien et le latin, laïque dans l’âme mais  pour qui  la connaissance des religions faisait partie intégrante de la culture, voltairienne à souhait et grande humaniste, elle se plaisait à insister  avec son  air malicieux : « se marier contre quelqu’un ». Mes lectures préférées furent Oliver Twist de Charles Dickens, Germinal d’Emile Zola, Le Merveilleux voyage de Nils Hölgersson de Selma Lagerlöf, les contes d'Andersen, et les Misérables de Victor Hugo  et puis le "très formellement interdit pour mon âge" (j'avais 11 ans)  « "L’oiseau bariolé »  de Jerzy Kosinski que je dévorai d’une traite. Ma passion fut Le Larousse avec son « Je sème à tout vent »  et ses graines de pissenlit éparpillées par le vent.

Depuis cette expérience, j’ai la profonde conviction que la culture est supérieure à la religion ou du moins qu’elle élève définitivement ceux qui y goûtent et leur permet de s'ouvrir  à  un humanisme universel en effaçant les frontières qu'érigent les dogmes. 


 

 

 

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06/07/2013

Le fils de Simone (4)

Au milieu de ce champ de désolation,   je m’étais carapatée dans un trou discret,  construit de prudence  et de silence. Ma chambre que je partageai avec Angela, une enfant italienne aux joues rondes, encadrées de cheveux châtains qui contrastaient avec ses grands yeux pervenches , se trouvait être dans une deuxième bâtisse à laquelle attenait un grange désaffectée. Le bâtiment central qui abritait la salle à manger se trouvait à quelques mètres de là. Nous vivions à la campagne, des prés  grillagés parsemés de fleurs au milieu desquels se trouvaient des balançoires en bois rouge,   offraient un cadre bucolique qui jurait avec l’ambiance de terreur qui régnait dans ce home.

Avec Angela, nous nous étions créées un tissu d’habitudes qui cadencaient nos petites vies. Il était entendu que c’était elle qui plierait mes habits et ferait mon lit et qu’en échange je lui raconterai des histoires dont elle raffolait. Ses préférées étaient celles de mes voisins italiens à Tunis que j'imitais volontiers; Yolanda, petite souris nerveuse aux cheveux d'un noir de  jais avec pendues à ses minuscules oreilles,   d'impressionnantes  boucles d'oreilles créoles  scintillantes finement ciselées,   en or , finissait toutes ses phrases par un puissant "porca miseria!"   et Nino son mari,  un pêcheur ramenait des poissons tous les dimanches que je lui décrivai,  frétillants dans leurs filets, les yeux ronds, l’écaille scintillante et pour donner une touche magique à ce récit réaliste, j’y ajoutai parfois une perle rare et opalescente déposée par quelque sirène majestueuse. 

La petite fille s’était inventée  une nouvelle famille sicilienne, à travers mes récits. A ce tableau s’ajoutait le grand-père sicilien couché, bougonnant  et perpétuellement mourant dans une grande chambre sombre et maintenue au frais et dont se dégageait un parfum tenace d'éther, de   médicaments, d'eau de Javel et de savon de Marseille. Chaque matin,  Yolanda faisait frotter,  à genoux la bonne  qui  la jupe légèrement relevée, passait de grands coups de serpillère sur le sol, sous l'oeil ragaillardi du mourant  devant l'étal de chair fraîche. Sous l'effet du spectacle, il ne manquait pas d'émettre quelques remarques grivoises aussitôt tancé par sa fille Yolanda,  prude et  fervente catholique,  constamment de noir vêtue . Parfois, le dimanche, après le repas copieux pour lequel il se levait péniblement et quelques bons verres de vin rouge, il se mettait à chanter, à tue-tête, de sa voix éraillée et chevrotante des chansons siciliennes de son répertoire,  en pianotant sur la table de ses vieux doigts aux veines saillantes. Yolanda souriait,  honteuse mais indulgente.  Au-dessus du lit du  vieil homme,  trônait un Christ sur la croix qui m’impressionnait et me choquait,  à la fois,  tant je trouvai triste et laide cette statue sanguinolente.  Le grabataire en manque de distraction, voulait, à chacune de mes visites,   que je lui décrive la Suisse que j’avais déjà visitée, à l’âge de 4 ans et s'empressait de me dépeindre, la larme à l'oeil,   sa Sicile bien-aimée qu'il ne reverrait plus. 

Lors de nos cours hebdomadaire de couture que je détestais en raison de ma gaucherie et qui se déroulaient dans un village proche de Cossonay, c’est Angela qui avait pour mission de me tendre son tricot terminé et de prendre le mien pour le sempiternel  point à l’endroit, point à l’envers, point à l'envers, point à l'endroit...... Petits arrangements entre camarades, en contrepartie,  je lui donnai mon goûter que nous recevions des mains de  la maîtresse de couture. Dans le cliquetis régulier des aiguilles, je regardais la ferme proche,   par la fenêtre,  et le fermier qui avec sa longue fourche, en bleu de travail alimentait en foin son  tas de fumier dont s’échappaient des fumeroles plus légères qu’un rideau de soie . Des chats de leurs pas de félins, souples et silencieux, traversaient lentement  la cour et dans cette atmosphère paisible,  au rythme régulier des aiguilles qui s’entrechoquaient en se croisant rapidement en  un fin et métallique "clic,clic,clic,clic,clic", je rêvassais tout mon soûl.....

En fin de journée par un mois de mai, de retour de l’école, nous trouvâmes notre bâtiment à moitié brûlé. La grange était partie en fumée, nos chambres, nos habits, nos cheveux sentaient l’odeur âcre de bois brûlé. Dans cette atmosphère d’un autre temps  et avec cette odeur qui flottait dans l’air se répandait quelque chose de  sinistre. Peu de jours après,  m’approchant à pas de loup  pour constater les dégâts dans  la grange, j'entrevis  les deux harpies;  la sous-directrice et la directrice,  en grande conversation,  et qui paraissaient en parfait désaccord sur un sujet.  Elles mentionnaient  régulièrement l’enfant de Simone : »La faute ». Une disait « oui » l’autre rétorquait « non » et finalement l’ hystérique Tantine surnommée « j’ai les nerfs qui craquent » obtint  gain de cause et ce fut : »oui!  » le coupable parfait et désigné sera le fils de Simone.

 

Le soir même, elles nous annoncèrent avec force théâtralité, exagérant leur colère et leur étonnement que le fils de Simone jugé pyromane s’en irait en maison de correction,  châtiment adressé aux enfants  incorrigibles.  Simone en s’arrachant les cheveux  poussa un cri de bête blessée à qui l’on venait de porter un coup fatal.

 

(suite......)

 

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04/07/2013

Le fils de Simone (3)

Il ne se passait pas un jour sans qu’un drame ne survînt dans ce home de Cossonay.   Le bébé de Rose-Marie venait d’être dévoré par les solides dents de lait de Peter, un blond trapu  de 3 ans, la mère - célibataire courait en tous sens, l’enfant inerte dans ses bras, évanoui.  Jusqu’à la naissance du petit, Peter était son préféré, - était-il le sien, était-il placé ?,-   relégué,  à l’arrivée impromptue pour lui de la petite chose, il avait espéré la faire disparaître en l’engloutissant.

Derrière mon indifférence, j’observai ce spectacle au quotidien avec la même attention que je prêtais à regarder les singes du zoo du Belvédère de Tunis. Pas un détail ne m’échappait, les edelweiss sur les bols blancs, le dimanche soir;  la pâte brunâtre de Cenovis au goût si nouveau que j’étalais en autant de formes bizarres et zigzagantes sur mon pain lors du  repas suisse,   accompagné d’un café au lait et de pomme de terre en robe des champs. Tout s’agitait, tout s’affolait autour de moi;   une folle danse de Saint-Guy  dans cette  prison érigée de dogmes, de  jugements, de morale étriquée. Après le souper,  pendant l'heure du culte, la directrice lisait la Bible, elle se transfigurait, elle pleurait alors les yeux levés au plafond. Dans ces moments-là, elle était méconnaissable, un Dr Jack and Mr Hyde version vaudoise, au féminin.   La lecture de l'ancien testament avec ses récits sur l'Egypte et le désert me rappelait, mon autre vie,  mon propre désert sous un ciel d'azur. La Tunisie, me paraissait déjà si lointaine , n'avait-elle été  qu'un mirage avec ses couleurs chatoyantes perdues dans ces brumes profondes de croyance et d'ignorance, avait-elle même existé  ? 

Un soir, la directrice assise en face de moi me sourit d’un sourire si étrange tandis qu’elle déversait son fiel tranquillement en prononçant de façon très articulée,  mot par  mot,  pour s’assurer que j’en saisisse bien le sens. Je lui disais que ma grand-mère,  valaisanne têtue et qui au demeurant, l’avait menacée de s’en prendre directement à elle,  si elle osait  encore porter une seule fois la main sur moi, ne mettait sur son visage que de la crème Nivea. Arborant son sourire énigmatique, elle me fit remarquer, - sous réserve de vérification,-  qu’il y avait de la graisse de porc dans la Nivea et que lorsque j’embrassais cette grand-mère pour qui elle connaissait mon attachement, je posais mes lèvres sur de la cochonaille. Après avoir entendu cela, je la scrutai longuement, non pas que la phrase me choquait,  outre mesure,  venant d’elle, mais cette  combinaison improbable pour moi de sourire et de fiel me stupéfiait. Il me paraissait qu’un sourire ne pouvait être que l’expression joyeuse d’une convivialité débordante pour les autres et sous mes yeux étonnés une  autre réalité se profilait; plus fielleuse, plus perverse.

Glissant souvent à pieds nus dans les longs couloirs bordés de chambres,  légère et invisible du haut de mon 1m38 et de mes 30 kilos, plus silencieuse qu’un fantôme, des scènes de tragédie grecque m’apparaissaient et disparaissaient m’offrant le triste spectacle des humains dans son insondable cruauté.

Un jour, par un après-midi de calme parfait, une mère parvint à se faufiler incognito dans le home pour récupérer son bébé qui dormait alors dans un berceau et déjà placé.  Sur la pointe de pieds, elle souleva l’enfant, mais  la directrice prévenue fit irruption dans la chambre. Elles se battirent, la virago dont le chignon s’était défait et qui avait des allures de sorcière arracha l’enfant brutalement réveillé et hurlant, des bras de la mère. La jeune femme en larmes, se mit à genoux, joignit les mains et supplia  pour qu’on la laissât  repartir avec son petit. Ma présence venait d’être repérée,  elle craignait de voir la femme dans un dernier élan désespéré parvenir  à s’enfuir avec l’enfant. Elle m’intima l’ordre de fermer la porte, je la laissai grande ouverte dans ma subite ferveur de justicière, faisant mine de n’avoir rien entendu.  J’entendis répéter, une fois, deux fois, trois fois  : »Madame, vous savez pourquoi votre enfant est placé ! » j’aurais tant voulu,  moi aussi,  savoir précisément pourquoi.

Un Goya de quelques coups de crayon aurait immortalisé cette scène digne de son Préau des Fous de Saragosse quand le regard révulsé croisait le mensonge social.

 

Mais le pire restait à venir ………

 

 

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01/07/2013

Le fils de Simone (2)

Le souffre-douleur , l’enfant de Simone  mère-célibataire subissait  une fois par trimestre le paroxysme  de l’humiliation par la remise des carnets scolaires. Dans la salle à manger, nous étions appelés les uns après les autres, nous devions alors  nous tenir droits  comme des « i » à côté de la directrice et faire face à la risée de tous, noyés sous les quolibets féroces d'une soixantaine d’enfants qui huaient les mauvaises notes en poussant des cris stridents. 

Heureusement pour moi, mon maître d’école avait su avec finesse me créer un écran protecteur,  il truffait mon carnet de compliments et laissait suffisamment planer ses doutes quant aux méthodes pédagogiques de la haute institution dans laquelle nous étions supposés évoluer. Assise sur sa chaise,  raide comme un piquet, les lèvres pincées qu’elle avait minces pareilles à un fil de rasoir, la harpie lisait à haute voix les commentaires de mon bourru de maître  qui s’adressait , à l’évidence, directement à elle.  Je retenais mon souffle en me demandant ce qu’il avait bien pu encore  lui écrire,  cette fois-ci.  Il suffisait d’observer les traits de son visage se crisper pour constater qu’il avait, une fois de plus tapé dans le mille. Ensuite, il ne manquait jamais de me demander en  riant, un brin ironique, comment s’était déroulée la séance de lecture de mes notes.

Lorsque c’était le tour de la « Faute », la sentence directoriale était sans appel : »Apportez-moi le bonnet d’âne ! » et tous de s’esclaffer tandis que Simone,  sa pauvre mère se mêlait aux ricanements en riant jaune  et en pleurant à la fois. Elle baissait la tête et la secouait de manière désespérée en se tordant les mains nerveusement. L’enfant, les poings dans les poches, fixait la virago sans sourciller et cela ne faisait qu’exciter son sadisme. Il finissait au coin de la salle à manger, les mains derrière le dos.

 

Dans cet enfer de malveillance, nous arrivions à vivre quelques moments de répit;  bouffées salvatrices,  comme le samedi après-midi où nous pouvions nous rendre au ciné-club improvisé dans une salle adjacente à  la paroisse. Un curé débonnaire  se battait, à chaque fois,  avec un vieux projecteur poussiéreux. Il se tenait devant l’appareil en se grattant la tête, suait, le visage rouge,  finissait par emberlificoter sa soutane dans  la pellicule qu’il enroulait péniblement tandis que je retenais ma respiration et l’aidait tant bien que mal à tenir le long serpent noir  et qui lui fallait s’y prendre à plusieurs reprises pour nous projeter finalement  des  Charlie Chaplin ou  Laurel et Hardy  . Epuisé, la petite pièce improvisée en salle de projection plongée dans l'obscurité, il s'endormait enfin sur sa chaise, le menton en escaliers  appuyé contre le torse, la bouche ouverte, les jambes allongées,    il  ronflait bruyamment - son énorme bedaine apparente  sous la soutane se soulevait plus régulière  qu'un métronome, -    un ronflement régulier qui finissait par  couvrir les voix des acteurs.   Ce furent les seuls moments durant lesquels, je vis le fils de Simone rire aux éclats. Quant à moi, tout le reste de la semaine, je me préoccupais de savoir si le vieux curé allait se souvenir encore de comment s’y prendre avec le projecteur pour la prochaine séance de films que nous n’aurions manquée pour rien au monde et qu'il ne s'endormît point avant. 

 

(suite...)

 

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