18/07/2013

Tunisie - Des archives secrètes françaises plus si secrètes

DownloadedFile.jpegCela ne fait plus aucun doute, ce sont bien les services de renseignements français qui sont impliqués dans l’assassinat de Farhat Hached, leader syndicaliste assassiné,  le 5 décembre 1952,  à Radès,  par la Main Rouge. François Hollande a remis un dossier à la famille en marge de sa visite en Tunisie en annonçant lors de son discours à l’Assemblée nationale constituante du,  5 juillet 2013: «J’ai donné les instructions pour que toutes les archives soient rendues publiques dans le but de divulguer  l'identité de l’assassin de Farhat Hached».

La vérité éclaterait-elle enfin, sur la mort du premier secrétaire général de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), verra-t-on sur cette même lancée l’ouverture des archives relatives à la mort d’Ahmed Tlili survenue à Paris, en 1967.

Et encore les détails de la condamnation à mort de mon père survenue en 1963 et pour laquelle, il n’y aurait plus d’archives (disparues ?cachées ?) faudra-t-il aussi se tourner du côté de la France, une fois encore,  pour découvrir l’histoire du mouvement national tunisien qui révélera tout simplement que l’indépendance tunisienne n’était qu’un leurre et que son passé, il lui faut le fouiller, creuser, gratter au fond des archives françaises  ? Le gouvernement tunisien étant dans l’incapacité de s’approprier sa propre histoire.

Il est important de rappeler comme l’a fait François Hollande qu’une autre "Main Rouge" continue d’ensanglanter aujourd’hui la Tunisie, pour mémoire l’assassinat de Chokri Belaïd et  elle n’est pas française, cette fois-ci.

Tous les pays du printemps arabe anciennement colonisés sont finalement encore en quête d'indépendance, comment se débarrasser enfin du lien de soumission, comment se débarrasser profondément de l'influence du réflexe de colonisé qui dans un premier mouvement se cherche spontanément un nouveau maître qui peut aussi prendre des allures de religion, condamnés qu'ils sont par l'histoire à courber l'échine. Les pays ex-colonisés continuent désespérement à s'arracher dans le sang et la douleur de la condition de perpétuels asservis. L'indépendance, elle aussi est un long apprentissage. 

 

Enquêter sur le passé, investiguer sur le présent, sortir du silence, s’extraire péniblement des limbes,  autant de défis pour un pays qui peine à se trouver, en quête d’identité et prêt à toutes les compromissions, les concussions, voire à toutes les prostitutions  pour y parvenir tout en s’éloignant du but,  transformé peu à peu en mirage et qui pousse irrésistiblement ce pays féru de liberté à dériver et se perdre dans les brumes des eaux saumâtres et fangeuses de l'injustice sociale, de l'ignorance et du fanatisme aveugle. 

 

En ce qui nous concerne, après la révolution (doit-on vraiment l'appeler ainsi ou simplement mouvement de révolte) , ma famille s’est vu remettre une médaille, attribuer une avenue au nom de mon père Lazhar Chraïti  et  ériger sa  statue à un carrefour, dans sa région natale de Gafsa. Dans le  même temps,  le gouvernement est incapable d’inhumer ses morts dont lui, toujours dans les fosses communes. Ce même gouvernement a  confisqué le peu de biens que nous possédions et que nous étions prêts à racheter. Une vieille petite  maison qui nous a vus naître, squattée, aujourd'hui par un policier ancien RCD (ex parti de Ben-Ali) , personne ne bronche ou lève le petit doigt,  personne n’est en mesure de prendre de décisions et si c’est le cas, elles sont prises sans connaissance de cause, dans l'ignorance crasse des dossiers qui ne sont pas lus, apparenté davantage à des mouvements d'humeur qui concluent à des caprices et entraînent des résolutions,  à l'emporte-pièce (je citerai Slim Ben Hmidène, Ministre des Domaines de l'Etat) .  

Le règne de l’arbitraire se répand comme tache d’huile, des islamistes qui comme les prédécesseurs laissent l’injustice se propager et en tirent profit, on confisque d'un côté et on redistribue de l'autre pour se   partager les biens et les postes entre gens de même parti, exactement comme autrefois. 

Une schizophrénie qui montre dans quel chaos se trouve la Tunisie avec des dirigeants hésitants, indécis, et pour résumer sans doute tout simplement incapables.

A quand le prochain soulèvement populaire ? Et si la révolution consistait par se changer soi-même ? Or, ce sont d'abord les mentalités qu'il faut changer puis ensuite les régimes, il est si facile de changer de masques et d'arborer celui du moment; bourguibiste, ben-aliste, islamiste, mais encore et toujours les mêmes,  à passer d'une dictature à l'autre et à la nourrir avec un acharnement sans cesse renouvelé.

Ce ne sont pas les masques qu'il faut changer mais l'homme; un homme et une femme enfin épris de liberté, débarrassés de leurs vieux réflexes d'éternels colonisés; la liberté commence aussi dans sa propre tête, au fond de sa propre conscience. C'est la liberté aussi qui permet d'être juste et de vivre en harmonie avec soi-même et les autres et de tisser les conditions d'une nation  dans laquelle il ferait bon vivre et où chacun riche de sa propre liberté s'ouvrirait et participerait à la construction d'une nation digne de porter ce nom.  Longue est la  route pour une véritable indépendance, que de fois peut-on se perdre ! 

 

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Commentaires

Sorry je n'ai pas fini mon commentaire, "enter" pas inadvertance. Je voulais simplement conclure qu'il serait intéressant que ces documents soient exploitables et permettent au moins de diffuser un reportage encore inédit, avec des ITW docs archives, témoignages. On le fait pour les Harkis par exemple.... Dans le cas présent, c'est un résumé tragique mais réel du contexte historique, géopolitique de l'époque et qui pourrait être "corrélé" avec les évènements actuels dans le monde arabe, les évolutions depuis l'époque....Il faudrait l'écrire cet angle et je pense que ce serait intéressant, et en reportage historique mais aussi "militant", et avec un personnage "central" (d'où l'intérêt des témoignages, ITW...archives, photos...). Merci de me dire si vous avez la première partie du commentaire.

Écrit par : punt | 18/07/2013

Non! pas de première partie du commentaire, vous allez devoir vous y replonger. Désolée !

Écrit par : djemâa | 18/07/2013

Et si vous aviez la première partie, égarée dans vos fichiers ? Et puis d'ailleurs, ce que dont je me souvienne, était cette phrase ou frase (tout le monde fait des fôtes ausi et dans tous les sens...) : "François Hollande a remis un dossier à la famille en marge de sa visite en Tunisie en annonçant lors de son discours à l’Assemblée nationale constituante du, 5 juillet 2013: «J’ai donné les instructions pour que toutes les archives soient rendues publiques dans le but de divulguer l'identité de l’assassin de Farhat Hached»". Mais qu'est-ce que c'est encore que cette parade de l'Etat français ? Qu'ils arrêtent un peu ! Des Supermans ou super menteurs ! Le gouvernement Fillon a viré Alliot-Marie quant à ses "transactions personnelles" avec la "dynastie" Ben Ali , dés la "Révolution de Jasmin".

Mais, ils savent très bien ce qu'il s'est passé, pourquoi ces hommes ont été exécutés, pourquoi les cacher 50 ans après ?

Alors, cette intervention de la France n'est pas vraiment "amicale" ou "solidaire" ou fraternelle", elle est mesquine, et même perfide et presque provocante et provocatrice.Bon, encore une fois, ils vont se gargariser avec leur "notion" 'd'alliance" des peuples, la "fraternité, "que oui ; Mais, ils ne peuvent pas s'empêcher de s'attribuer un grand rôle sur des projets où justement ils devraient se faire tout petits. ! De la même sorte que le "pardon" de la France, pitoyable envers l'Algérie ! Pour moi, le pardon c'est un truc de Curé. Ils ne pensent jamais aux jeunes soldats français qui pour certains, leur premier grand et dernier voyage fut les guerres de décolonisation ; ceux qui ont vu par exemple des "Insurgés" (comme ils disaient à l'époque) se faire enlever et exécuter dans les rues ! Toute une ambiance et ce qui me pose problème Madame Chraiti, ce soir, c'est comment vont être abordés ces nouveaux paramètres avec "l'Etat Français".

Tâche difficile mais votre projet d'investigation en vaut la peine : un sujet inédit, des faits méconnus, une des clés pour la démocratie et la liberté mais à la mode "tunisienne" ; enfin, tout va bien..

C'était un peu le résumé de ma première partie de la veille.. C'est toujours compliqué, avec moi-même

Écrit par : punt | 20/07/2013

Dernière chose : il y a des ouvrages extraordinaires et qui peuvent que vous intéresser vraiment : "Les peuples proto-indo-méditérranéens" . Un truc de fou ! (avant Sumériens..) - La suite plus tard dans la semaine...

Écrit par : punt | 20/07/2013

La vraie question est :

Qui d'autre aurait tué Hached ????

Écrit par : Corto | 20/07/2013

Oui qui d'autre aurait tué Hached ??? Ca me fait flipper ! Pourquoi ? On nous a parlé, pendant notre éducation scolaire de l'holocauste mais on n'a jamais fait le compte des types exécutés depuis + 50 ans, pendant et après la décolonisation...C'est la même chose que les interventions américaines ou occidentales ici et là. Je n'ai pas les chiffres exacts mais depuis la IIème guerre mondiale, si l'on fait le compte de toutes les victimes dues aux invasions, interventions et guerres déclarées de la part des USA et de l'Occident (indirectement mais revoir article sur le Kosovo), on a dépassé les 6 millions de victimes de l'holocauste, largement médiatisées, indemnisées...Maintenant, il serait bien que les pages de l'histoire grisée pendant la période Bourghiba/Ben Ali soit connues et comprises. Et surtout qu'elles aident à panser des plaies béantes et à songer à un avenir plus serein. A vous les Tunisiens de ne pas suivre l'arborescence occidentale, celle qui vous fait miroiter des lendemains plus sereins car avec les Occidentaux, il n'y en a aucun de lendemains ; des "leurs" (proches et affection) ils n'en ont pas. Je ne suis pas sûre Corto qu'on sache qui a tué Hached et c'est là que je souhaite que l'auteur se protège et je compte sur vous !

Écrit par : punt | 21/07/2013

Dernière chose et je me répète : "Regards croisés" a un regard surtout "aiguisé" qui se prête à un documentaire ou reportage. Je n'interviens pas pour vendre mon savoir-faire mais pour donner un avis sur ce qu'il y aurait à faire à ce sujet. Il est certes opportun de s'exprimer sur un blog, qui profite dans le cas présent, en tout et pour tout à "Tamedia" mais il est grand temps de monter ce sujet avec des "onces" hors gabarit d'extrême prudence et de protection. Mais il faut le faire avant que ce passé très sombre de la Tunisie ne soit à jamais englouti. Des textes ne suffisent pas car pas assez lus. Seules les images résument, s'impriment et deviennent parfois indélébiles. Il faut donner de l'illustration à ses propos. C'est un travail assidu : 1- on fait un plan comme si on voulait rédiger 2- c'est la narration "cinématographique" qu'il faut animer (narration "cinématographique" est à ne pas confondre avec la narration du reportage ou du documentaire : c'est le plan avec image et vidéo qu'on incorpore dans le corps de son reportage, comme des paragraphes). Une fois le reportage ou documentaire monté, vous avez le choix...le web, la TV (chaînes planète Justice, ou Histoire, je pense qu'ils seraient intéressés). Allez-y foncer ! Mais avec PRUDENCE dans vos investigations. En tout cas, telle une première ébauche, c'est un sujet qui permettrait, une fois diffusé, de délier des langues : cet objectif est à viser. Une première production amènera probablement du "complément d'info". Les images remuent, "tumultent", révoltent et amènent à l'expression, à la confidence.... Bon courage !

Écrit par : punt | 22/07/2013

Enfin, et je termine : "pourquoi cet article n'a pas été publié sur Rue89 et que c'est Pascal Richier qui à l'aveuglette retrace les faits ?

Écrit par : punt | 22/07/2013

Cet article n'apporte rien de nouveau. Tous les tunisiens et tunisiennes savent que Farhat Hached a été tué par les français, tout comme Salah Ben Youssef. Ce n'est un secret pour personne. Ils ont tués ces hommes car ils étaient intègre. La France avait choisit leur pion Bourguiba, qui devait assurer la gouvernance après le départ des français.

Écrit par : Rayan | 22/07/2013

@Rayan "rien de nouveau" qui ne doit pas nous épargner le fait d'y réfléchir encore et d'analyser pour comprendre ce qui s'est passé. les férus de nouveautés sont des esprits simples qui attendent l'évènement nouveau pour surfer d'un évènement à un autre sans s'y arrêter. Tué par les français avec des complicités tunisiennes contre un peu de backchich, l'histoire n'est pas originale. Certains sont prêts à tuer père et mère pour quelques dinars. Combien ont touché ceux qui ont assassiné Chokri Belaïd ? Combien pour cette vie ? quelques poignées de dinars. En comprenant ce qui s'est passé avec Farhat Hached ceci nous autorise à comprendre aussi les racines du mal. Hier et aujourd'hui sont indissociablement liés.

Écrit par : farouk | 23/07/2013

Nouvel assassinat à TUNIS après celui de Chokri Belaïd - Le chef d'un parti d'opposition tunisien, le député Mohamed Brahmi, a été assassiné jeudi par balles devant son domicile à Tunis, ont annoncé des médias officiels et les responsables de son parti.

Mohamed Brahmi, coordinateur général du Mouvement populaire et membre de l'Assemblée nationale constituante (ANC), a été assassiné par balles devant son domicile dans le secteur d'Ariana, ont indiqué la télévision nationale et l'agence officielle TAP.
Ce n'était pas la Main Rouge française, mais l'ensenglantée tunisienne qui accepte de rougir de plus en plus facilement et qui annonce l'ère fasciste.

Écrit par : Tunes | 25/07/2013

Leader lâchement exécuté à Tunis tou à l'heure
Mohamed Brahmi, leader du Mouvement populaire et député tunisien, a été assassiné par balles jeudi.
Le chef d’un parti d’opposition tunisien, le député Mohamed Brahmi, a été assassiné jeudi 25 juillet par balles devant son domicile près de Tunis, ont annoncé des médias officiels et des responsables de son parti.

»Mohamed Brahmi, coordinateur général du Mouvement populaire et membre de l’Assemblée nationale constituante (ANC), a été assassiné par balles devant son domicile dans la région de l’Ariana », ont indiqué la télévision nationale Watanya et l’agence officielle TAP.

»Allah Akbar (Dieu est grand), Mohamed Brahmi a été tué, son corps a été criblé de balles devant son épouse et ses enfants », a déclaré, en pleurs, à la radio, Mohsen Nabti, membre du bureau politique du Mouvement populaire, une petite formation de gauche.

La télévision Watanya a précisé que M. Brahmi avait été abattu par onze balles tirées à bout portant par des inconnus.

L’assassinat de Mohamed Brahmi est le deuxième du genre après celui de l’opposant Chokri Belaïd, tué également par balles le 6 février devant son domicile. Le meurtre de ce dernier avait provoqué une grave crise politique dans le pays.

Écrit par : info | 25/07/2013

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