30/06/2013

Le fils de Simone

Simone était la bonne à tout faire dans ce home pour enfants placés ou provisoirement pensionnaires en attendant de trouver mieux ailleurs,  le « Home Bethlehem » à Cossonay.  Une institution entre les mains de quelque secte chrétienne fondamentaliste, ouverte jusqu’en 1971 et qui dut  après de nombreuses  plaintes pénales fermer ses portes  pour cause de mauvais traitements à l'égard d'enfants.

 Fermeture de ce home de l'enfer, après dénonciations d’enseignants de l’école publique vaudoise, parmi lesquels  un de mes maîtres d'école primaire;  un vieux syndicaliste bourru qui jurait comme un charretier et qui me soumettait à la question, en essayant de prendre sa voix la plus douce.   Lors de la récréation, chaque matin, dans son logement situé au sein de l'école  où résidait aussi son épouse qui  me servait alors  une tartine et un chocolat chaud, il  se renseignait sur  ce qui s'était produit la veille et tenter de comprendre pour quelle raison  je n'avais pas eu droit à mon petit-déjeuner. Alors que je claquais des dents par un froid rigoureux auquel je n'étais pas encore habituée (et auquel je ne m'habituerai jamais du reste) je lui décrivais les scènes dantesques de la veille teintées de violences, de menaces  et de cris. 

Simone, la  pauvre femme récurait du matin au soir.  Levée à 5 heures, elle se couchait après l’heure du culte obligatoire imposé, à tous,  par la directrice au visage sévère tout de sillons et de rides, des yeux d'un bleu acier, un chignon grisonnant serré comme un poing menaçant  trônait sur une tête étroite.  La suisse allemande revêche portait par toutes les saisons un éternel tablier bleu pour mener à bien sa grande mission civilisatrice et qui consistait à remettre tous les métèques, les enfants d’ouvriers espagnols et italiens communistes ,  toutes les mères célibataires  sur  les voies impénétrables du Seigneur. 

Pour cela, le tape –tapis en plastique, sans doute chinois,  y participait grandement. Les récalcitrants ou les enfants qui refusaient de manger un  aliment ou du porc comme moi y avaient  droit une fois par semaine, au minimum, sous menace de manger son vomi si par malheur on rejettait  la nourriture ingurgitée de force. La seule défense possible consistait à ne pas du tout manger et  recevoir les coups en serrant les dents et savoir d’ores et déjà qu’il n’y aurait pas de  petit-déjeûner le matin et qu’on irait à l’école le ventre vide, mais investis d’ une résistance implacable, fiers de n’avoir pas courbé l’échine face à la volée de coups qui s’abattaient sur nous. Pour moi qui débarquai  de Tunisie,  quelques semaines auparavant , je trouvai l’accueil plutôt glacial.

Simone avait un visage rond comme la  lune sur lequel flottait un air hébété, la bouche entr’ouverte, elle se concentrait avec peine sur ce qu’on disait. A longueur de journée, on pouvait voir son corps massif déambuler lourdement pour mener une tâche qui semblait ne plus en finir. Elle avait un rire gras et joyeux, avec ce fond rocailleux qui faisait croire qu’une masse de cailloux se déplaçaient au fond de sa gorge tandis qu’elle riait, gorge déployée. Elle portait des cheveux coupés courts, son visable criblé de taches de rousseur était sympathique et il s’en dégageait quelque chose de chaleureux. Ses yeux d’un vert piqueté de brun regardaient  le monde défiler avec cet étonnement si particulier aux gens qui réfléchissent avec lenteur, toute information extérieure se frayant lentement et péniblement un passage, dans les arcanes d’une intelligence médiocre  puis finalement arrivait à destination, avec un temps de retard certain  et sans effet immédiat.

 Elle avait dû,  sans doute, un soir de fête de village à Cossonay y croiser un saisonnier italien « Beau comme un Dieu » selon ses souvenirs. Certes elle n’en gardait  qu’un souvenir fugitif,  mais intense ;  c’est derrière la grange de la ferme principale qu’il lui farfouilla sauvagement les entrailles pour y déposer un souvenir magnifique qui deviendra le plus beau cadeau de sa vie, la prunelle de ses yeux :  son fils .  Sans conteste, l’enfant était d’une grande beauté, vif et intelligent, à l’âge de 10 ans il comprenait déjà  que sa mère était simple, exploitée et humiliée.

 Le métèque errant avait mis tout ce qu’il avait de mieux à offrir dans ce corps ; de la beauté, de la vivacité, de l’intelligence. Sans le vouloir , l’amoureux d’une nuit avait offert  à cette Simone, une deuxième vie, à partir de laquelle, elle pouvait enfin comprendre le monde par ce que lui en expliquait son fils, à travers l’intelligence de l’enfant. Démonstration à l’appui et avec une patience infinie, il  traduisait leur  environnement à cette  mère si simple.  Et malgré que la  directrice du haut de sa morale, lui rappelait à la moindre récrimination « LA FAUTE » en désignant de ses yeux étroits et cruels l’enfant qui lui, en retour, lui rendait un regard féroce, Simone puisait  tout son courage à  admirer ne serait-ce que quelques secondes la « prunelle de ses yeux ». Emplis d’amour, mère et fils se regardaient longuement en se tenant par la main, sans mot dire. Un beau spectacle qui forçait au silence et au respect. 

L’enfant était jugé comme mauvais, il est vrai qu’il courait vite, grimpait aux arbres avec une telle agilité, ne craignait pas les coups et donnait du fil à retordre, si on le cherchait il avait le coup de pied facile. Aujourd’hui, à notre époque, on décrirait un enfant plein  de vie.

Mais pour  la directrice et son acolyte, il en allait autrement. La sous-directrice, une grosse, aux traits épais et à la mâchoire lourde,  à l’air bovin et éternellement sous anti-dépresseurs qui piquaient des crises d’hystérie transformées en torrents de larmes, à table devant tous les enfants,  et qui obligeaient la directrice appelée "Tata" à se lever de table pour se pencher affectueusement vers elle et la consoler,  laissait transparaître   une relation étrange, un brin perverse,  quasi de couple qui régnait  entre ces deux-là.  

La  sous-directrice hystérique qu’il fallait surnommer obligatoirement « Tantine »  s’était appropriée dans ses dépendances privées deux filles jumelles italiennes, âgées de 5 ans,  qu’elle traitait comme ses propres enfants et qui connaissaient un traitement de faveur,  au quotidien. La "j'ai les nerfs qui craquent" détestait franchement et ouvertement  l’ enfant de Simone affublé du nom  : »La faute ! » . Or, ce qui était devenu une insulte et  lâché avec mépris, avait pour mission de remettre Simone à sa place lorsqu'elle montrait quelque signe de colère ou de refus face à une tache par trop rébarbative. 

(suite………)

 

Mon site www.djemaachraiti.ch  

 

 

 

 

10:36 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

23/06/2013

E=mc2

ws_E=mc2_1600x1200.jpgSur un trottoir parisien, j’observe le manège d’une femme, la quarantaine, elle porte une jupe couleur kaki salie à l’arrière et qui présage qu’elle s’assied à même la rue et  couche sans doute dehors. Elle ne possède pour tout effet que trois sacs en plastique bourrés d’habits et d’ une couverture. Elle les pose, se colle la main au front;  réfléchit, les reprend, les déplace de quelques centimètres ;  fait deux ou trois pas, les soulève, les bouge à nouveau.  Elle paraît plongée dans une profonde réflexion qui a pour seul objet, les pavés du trottoir, ses sacs et les pas qu’elle effectue à grandes enjambées et qu’elle compte sur un espace restreint d'environ 3m2, son unique univers du moment.  La femme est grande et  mince, ses longues jambes découvertes par une jupe au-dessus des genoux  montrent des varices noueuses, scléroses vert bleu,    qui courent pareilles à des serpents fins sous la peau.

Elle entre dans la sanisette toujours avec ses quelques affaires , y demeure bien trente minutes, en ressort trempe, elle a dû se laver à grande eau, il est vrai qu’il fait chaud.  Elle s’assied à mes côtés sur une borne plate en marbre, elle ne m’aperçoit pas bien que je sois à moins d’un mètre d’elle.

De biais, l'inconnue  offre un profil attrayant; un visage fin, des yeux d’un bleu intense au-dessus desquels s’aligne une frange d’un noir jais qui tranche sur sa peau blanche,  translucide , ses cheveux sont taillés mi-courts. Elle porte un T-shirt trop large qui l’amincit davantage. Elle farfouille dans un des sacs et,  à ma grande stupéfaction,   en extrait un agenda Quo Vadis format A4 qu'elle pose sur ses jambes croisées, et là,  je me demande ce que cette errance peut bien y noter.  Quel rendez-vous peut-elle bien avoir inscrit  alors que la notion du temps semble lui filer entre les doigts, sable fin insaisissable ?  Elle sort un stylo noir à bille, puis ouvre une page et se met à y aligner des chiffres sur deux lignes, minuscules, les encadre et continue ainsi sur toute la page. Des chiffres, des formules, des symboles radicaux, alphanumériques ,  des intersections. Le tout finit par former un paysage étrange, une constellation nouvelle, une carte du ciel étrange qui montrerait l’infini, mais encore un langage inconnu constitué de signes sybillins.

Autour de nous, tout n'est ne bruit et fureur, nous sommes en face de la Cité des Sciences.  Elle demeure plongée dans ce monde qui est le sien, tout de silence et d'exil intérieur. Je  l’interpelle : "Il fait chaud,  n’est-ce pas ? ». Elle lève la tête, me regarde comme si elle découvrait pour la première fois de sa vie  un terrien, elle qui navigue dans les pléiades sidérales. « Oui ! » la brève interjection révèle un accent anglais.  « Anglaise ? »- j’essaie de garder  le contact si ténu soit-il  « Non ! canadienne. » Elle se referme aussitôt et continue à additionner, soustraire, diviser, fractionnner,  « équationner ».

De ce néant existentiel, dans ce quasi non-mouvement hormis la main qui fait courir la plume sur la grande feuille, je vois la masse d’effort qu’elle déploie comme ces étoiles qui émettent des rayons par on ne sait quelle énergie durant des milliards d’années. Un point lumineux isolé sur un trottoir parisien qui brille de sa propre force, une « vis viva »  singulière qui se nourrit d’elle-même et se reproduit à l’infini. 

23:10 | Tags : paris, cité des sciences, e=mc2 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

15/06/2013

L'or de Kadhafi - En veux-tu en voilà !

DownloadedFile.jpegLes pays du Golfe s’excitent comme des abeilles autour du miel  avec l’or de Khadafi qui coule à flot, par tonnes à des prix qui défient toute concurrence et qui évidemment influencent le cours mondial de l’or.

Bien installé au Niger menant grand train de vie, tandis que son autre frère, Seif Al-Islam  croupit dans une prison   dorée en Libye, le fils Saadi Kadhafi gère son business via des sociétés-écrans, l’or est écoulé  en masse en Arabie Saoudite et revendu au reste de la planète. La Libye, bien évidemment  ne percevra pas un pence de ce trafic juteux.

Si quelque acheteur  trop curieux s’informe de  la provenance du métal jaune , pour toute réponse  laconique en inspirant profondément et levant les yeux au ciel et les mains en même temps, on lui dira    : « les mystères impénétrables de la volonté d’Allah qui Lui sait tout  ! » - Fort de cette réponse, il ne reste   plus qu'à s’en remettre à Dieu, les yeux fermés. 

Le Niger  n’aurait  aucune raison d’extrader Saadi, et ce malgré  les demandes réitérées du gouvernement Libyen, grâce à cet argent,  les affaires nigériennes roulent sur l’or. Il existait un blanchiment d’argent, voilà le blanchiment d’or.

Ne me demandez comment je sais cela, je répondrai, à mon tour en levant les yeux au ciel et en secouant les mains au-dessus de ma tête    : »Allah est grand dans sa bonté ! »

09:15 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

14/06/2013

La Teta Asustada - La lutte des femmes indigènes pour leurs droits

la_teta_asustada.jpg

Les peuples autochtones sont les derniers gardiens du patrimoine biologique et culturel de notre terre. Malgré tout, ils sont systématiquement privés de leurs droits humains. Souvent, ce sont les femmes qui souffrent le plus dans ce monde, où une riche minorité continue d’accaparer et où les autochtones sont toujours méprisés et exploités, au mieux oubliés.

 

Flor Calfunao Paillalef, de la Mission permanente Mapuche auprès des Nations Unies, ouvre la soirée avec une présentation sur la situation des femmes mapuches au Chili et en Argentine. Celle-ci sera suivie par la projection du film La Teta asustada, un film qui reflète bien ce qu’est le Pérou d’aujourd’hui.

 

La jeune autochtone Fausta se retrouve seule pour affronter les peurs qui lui ont été léguées d’un passé de guerre civile dans les Andes, théâtre d’une lutte sanguinaire de l’armée et la police péruviennes contre la guérilla du Sentier lumineux. 


 

Cinéma et dialogue

Mercredi, 10 juillet 2013 -  19.30 h -  Fonction : Cinéma avec présentation de Flor Calfunao Paillalef (Mapuche)  suivi d’un apéritif

Entrée : gratuite (quête)

Fonction Cinéma, Maison des Arts du Grütli, Rue du Général Dufour 16, 1211 Genève 11

 

OURS D’OR                                                                     

Festival international   de Berlin              

                                                                                             Incomindios 

  International Committee for the Indigenous Peoples of the Americas

 

                                  

                                                                          

                                          

 

 

20:40 | Tags : teta asustada, mapuches, femmes indigènes, pérou | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

11/06/2013

Georges Michel ou la vérité si je mens

image001.jpg

Vous ne le saviez pas, mais la vérité exposée au grand jour d’un ciel sédunois vient d'éclater dans toute sa splendeur. Les chansons des Beatles « Yesterday .  c’est signé Georges Michel avec son « Hier » dérobé au détour d’une course à Saint-Maurice alors qu’il se rendait chez Jean-Blaise acheter le fromage comme tous les mardis ,  par Paul McCartney en personne. Michael Jackson lui a maraudé son « Billie Jean ».

 

Georges Michel a décidé qu’ils  avaient tous poussé la chansonnette trop loin.  Le Trafalgar des tubes piqués : »ça suffit ! ». Il décide alors de monter au front, guitare en main et pousse un cri fulgurant « Get Lucky » chanté en français, comme la légende du Phénix tout a une fin, à bas les mensonges, le début du commencement.

 

Et puis si vous vous y prenez bien Georges Michel vous racontera comment il a proposé à BB une promenade en peau de phoque, l’idylle s’est aussitôt gelée, un amour cristallisé immédiatement  par un froid polaire qui glacerait  les plus endurcis.

 

Du beurre pour les oreilles !  A ne pas manquer.

 

Au Casino de Saxon

16 juin 18h

21 juin 21h

22 juin  21h

28 et 29 juin 21h 

www.georgesmichel.ch 

10/06/2013

Se piquer d'apiculture

P1050822.JPGInvitée dans la région de Neuchâtel pour participer à un cours d’apiculture, je me suis piquée au jeu et laissée séduire par l’art de produire de l’or jaune. De la fine observation, un brin de patience, connaissance de la nature, féru de météorologie, passion pour les abeilles, un art subtil qui compose avec la nature tout entière. 

Fait surprenant, ce sont les jeunes qui s’enthousiasment au point de sacrifier un samedi par mois pour suivre un cours d’apiculture. In situ, on va chez l’un ou l’autre des élèves qui possède déjà un rucher et Gilbert Dey, expert en la matière, lui-même fils d’apiculteur,  surveille la manipulation des cadres contenant les rayons  de cire et sur lesquels reposent les abeilles , nous apprend à identifier l’odeur bonne ou mauvaise et qui décelerait la présence d’une maladie.  Hormis les pesticides, il y a de nombreux ennemis susceptibles de perturber la vie de la colonie  : l'acarien varroa,  appelé varroa destructor,  venu d’Asie,  les bactéries de la loque américaine ou européenne qui attaquent le couvain des abeilles , épizootie à combattre farouchement avec l’obligation de les déclarer. Autant de dangers qui guettent nos ouvrières.

 

P1050835.JPGPrès du rucher, nous observons un champ généreux sous un soleil printanier, avant l'orage dévastateur. Les abeilles vont et viennent, plus nombreuses dans une ruche, tandis que dans l'autre, on constate qu'elle est bourdonneuse, il y manque une reine, ruche orpheline;  les ouvrières pondent des œufs non fécondés qui donnent des faux-bourdons . Y introduire une reine est risqué, elle sera sans doute tuée. Il faut prendre une décision, remérer la colonie et tenter le coup,  moment crucial qui décidera si elle sera  acceptée par la colonie ou rejetée.

 

La vie d'une  reine est laborieuse;  après une sortie d'orientation, elle s’envole deux ou trois  fois pour son vol nuptial après s’être développée pendant 16-20 jours. Les mâles qui la fécondent perdront leur organe copulateur au cours de l'accouplement et tomberont en arrière sur le sol  dans un état de paralysie soudain.  Extatique ?  La reine emmagasine alors les spermatozoïde dans sa spermathèque et 3 jours plus tard se met à pondre.  Elle pourra pondre jusqu'à 2'000 œufs par jour et un million durant sa vie. 

P1050810.JPGLes abeilles changent de métiers dans leur existence contrairement aux fourmis plutôt spécialistes : nettoyeuses, nourrices, accompagnatrices de la reine, cirières, ventileuses, éclaireuses, gardiennes et pour la fin de vie, le couronnement  : butineuses !

 

Avant d’ouvrir les ruches, on enfume les abeilles pour les calmer et du coup minimiser les piqûres. On s’approche, elles bourdonnent nerveusement autour de nous, il ne faut pas s’affoler, elles risqueraient de paniquer et de piquer. Difficile de garder la maîtrise tandis qu’elles vous tournent autour énervées.

Parfois, un portable sonne. Un essaim à récupérer sur un arbre, un voisin, un agriculteur qui appelle pour qu’on déloge le groupe dissident pouvant compter  jusqu’à 30'000 abeilles groupées et que des mains habiles parviennent à faire tomber en bloc dans une caissette. 

Tout au long de l’année, les abeilles  maintiennent une température ambiante d’environ 35°C, un froid extrême peut les tuer, la chaleur aussi, Et « ça fait mal au ventre de les voir toutes mortes dans leur ruche » comme me disait un apiculteur débutant encore secoué par ce triste spectacle, ses abeilles étaient sans doute atteintes de nosémose, une maladie qui leur provoque des diarrhées aiguës.

Dans la foulée, je demande d’où vient l’expression « avoir le bourdon ». Une explication comme une autre qui fait sourire  : autrefois, les agriculteurs étaient aussi apiculteurs, sans télévision pour fuir les récriminations de leur épouse, ils pouvaient s’éloigner de la ferme et observer leurs abeilles (du moins c'est ce qu'ils prétendaient :) ) longuement, on disait alors qu’ils avaient le « bourdon » toujours mieux que le « cafard » .

Il va sans dire que les apiculteurs contribuent à la multiplication des abeilles et qu'il est nécessaire de les soutenir.

 

Pour plus d'information sur les  nymphes ailées :

http://espaceabeilles.ch/

 

  Mon site www.djemaachraiti.ch 

17:58 | Tags : abeilles, apiculture | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

08/06/2013

Turquie - Une petite robe rouge pour une grande Révolution

tear-gas-reuters.jpg

Ceyda Sungar est devenue malgré elle, le symbole des manifestations en Turquie. Aspergée de gaz lacrymogène, la spécialiste en développement urbain qui a commencé par protester contre l’abattage des arbres du parc Gezi près de la place Taksim, représente la force tranquille des résistances implacables. Posture qui tranche sur fond de décor,  elle tourne la tête, on ne perçoit chez elle  ni colère, ni violence, elle demeure calme en une attitude pacifique  et la jeune femme semble, sur cette  image,  plus grande que le policier qui l’asperge.

Le cliché du photographe Osman Orsal, lui-même blessé le lendemain, a été analysé par la presse dont Reuters et interprété  sous divers angles ; une femme aux manches courtes non voilée, éduquée qui ne se laisse pas démonter par la force brutale des pandores. Pas impressionnée par les menaces gouvernementales qui voudraient faire basculer la Turquie moderne dans un abysse passéiste, pour troquer la petite robe rouge contre un voile;  camouflage de la femme, symbole de piété féminine,  à qui on conseille d’avoir trois enfants pour soutenir l’économie et condamnée à rester au foyer. 

Erdogan pointe du doigt ces manifestants extrémistes « vivant main dans la main avec le terrorisme » l’image suggère  l’inverse et le désavoue en même temps.  Au contraire, s'affiche de façon criante, le despotisme d'un régime  s’acharnant sur des manifestants pacifiques. Dans sa robe rouge, Ceyda ne fuit pas, ne craint pas les gaz,  son courage transparaît à travers  cette présence solide qui ramasse les coups sans pour autant en être ébranlée, le moins du monde.

Une égérie tout en rouge, aux cheveux ébouriffés par les jets en pleine  rébellion, à peine dérangée,  symbole d’une Turquie moderne bien campée sur ses pieds et qui ne se laissera pas supplanter par la violence policière, ni par les intimidations d’un Erdogan portant dolman épais et menaçant contre petite robe rouge en coton; rouge comme le drapeau turque, rouge comme le sang, légère et insaisissable pareille au vent de liberté  qu'on ne parvient à  emprisonner.

 

22:10 | Tags : turquie, erdogan, ceyda sungar | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

05/06/2013

1938-2013 : Encore et toujours la même chose ! Non le 9 juin

 stickers---tamponj.jpg

Ne sont pas des réfugiés

 

1942, les Juifs, «même s'il pouvait résulter des inconvénients sérieux»

2013, les déserteurs, «même s'ils sont exposés à de sérieux préjudices»  

 



MALAISE ET INDIGNATION À LA VEILLE DE VOTER LA

LOI SUR L'ASILE

 


Il faut en finir avec l'exclusion! En finir avec tous les tampons J!

En 1938, les autorités suisses obtiennent des nazis qu'ils marquent d'un tampon «J» les passeports des juifs allemands, (ce tampon, la police des étrangers vaudoise l'utilisait depuis 1936…).En 2013, elles ne reconnaissent toujours pas cette responsabilitéPourquoi cette négociation? Pour empêcher leur séjour en Suisse il fallait pouvoir identifier ces Juifs dans les consulats suisses en Allemagne. Mais au fond pourquoi ce rejet? « Parce que ceux qui n'ont pris la fuite qu'en raison de leur race, les juifs par exemple, ne doivent pas être considérés comme réfugiés politiques» (sic). Ou encore,«La police des étrangers, convaincue que les Juifs étrangers sont inassimilables, combat depuis 1919 leur séjour en Suisse». En 1938, son chef expose aux nazis que cette conviction inspire depuis lors les mesures qu'il impose.

En 2013, les autorités suisses proposent aux citoyen-ne-s suisses — de décider que «les déserteurs ne sont pas des réfugiés même s'ils sont exposés à de sérieux préjudices ou qu'ils craignent à juste titre de l’être»,— d'accepter qu'«il ne sera plus possible de déposer une demande d'asile dans une représentation suisse à l'étranger.»

Pourquoi cette proposition? En raison de l'afflux des réfugiés, comme en 1942, lorsque dans les mêmes termes le conseil fédéral décidait de refouler «parce que la barque est pleine» «même s'il pouvait résulter des inconvénients sérieux (mise en péril de la vie ou de l'intégrité corporelle)». (sic).

Faute d'une barque qui les sauve, 17 000 candidats à l'asile se sont noyés en Méditerranée.

Afflux de réfugiés? Dans le monde des dizaines de millions de personnes fuient les guerres, les désastres climatiques, la misère qu'ignorent les grandes compagnies généreusement accueillies dans notre pays et les expatriés pourtant étrangers aussi. Ne serait-ce qu'un problème de statut social dans le fond ? Étrangers, oui ! Mais riches, s'il vous plaît. Cela ne concerne plus l'asile.

Pour plus d'information, merci de consulter le site www.tamponj.ch

 
 


Flyer et sticker  A IMPRIMER ET DIFFUSER LARGEMENT 
 

a5_landscape_tamponj_juin2013.jpg

 

stickers---tamponj.jpg

 

22:50 | Tags : tampon j, réfugiés, modification de la loi sur l'asile | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

03/06/2013

Lettre d'Istanbul

tear-gas-reuters.jpgTo my friends who live outside of Turkey:

I am writing to let you know what is going on in Istanbul for the last five days. I personally have to write this because most of the media sources are shut down by the government and the word of mouth and the internet are the only ways left for us to explain ourselves and call for help and support.

Four days ago a group of people who did not belong to any specific organization or ideology got together in Istanbul’s Gezi Park. Among them there were many of my friends and students.  Their reason was simple: To prevent and protest the upcoming demolishing of the park for the sake of building yet another shopping mall at very center of the city. There are numerous shopping malls in Istanbul, at least one in every neighborhood! The tearing down of the trees was supposed to begin early Thursday morning. People went to the park with their blankets, books and children. They put their tents down and spent the night under the trees.  Early in the morning when the bulldozers started to pull the hundred-year-old trees out of the ground, they stood up against them to stop the operation.

They did nothing other than standing in front of the machines.

No newspaper, no television channel was there to report the protest. It was a complete media black out.

But the police arrived with water cannon vehicles and pepper spray.  They chased the crowds out of the park.

In the evening the number of protesters multiplied. So did the number of police forces around the park. Meanwhile local government of Istanbul shut down all the ways leading up to Taksim square where the Gezi Park is located. The metro was shut down, ferries were cancelled, roads were blocked.

Yet more and more people made their way up to the center of the city by walking.

They came from all around Istanbul. They came from all different backgrounds, different ideologies, different religions. They all gathered to prevent the demolition of something bigger than the park:

The right to live as honorable citizens of this country.

They gathered and marched. Police chased them with pepper spray and tear gas and drove their tanks over people who offered the police food in return. Two young people were run over by the tanks and were killed. Another young woman, a friend of mine, was hit in the head by one of the incoming tear gas canisters. The police were shooting them straight into the crowd.  After a three hour operation she is still in Intensive Care Unit and in  very critical condition. As I write this we don’t know if she is going to make it. This blog is dedicated to her.

These people are my friends. They are my students, my relatives. They have no «hidden agenda» as the state likes to say. Their agenda is out there. It is very clear. The whole country is being sold to corporations by the government, for the construction of malls, luxury condominiums, freeways, dams and nuclear plants. The government is looking for (and creating when necessary) any excuse to attack Syria against its people’s will.

On top of all that, the government control over its people’s personal lives has become unbearable as of late. The state, under its conservative agenda passed many laws and regulations concerning abortion, cesarean birth, sale and use of alcohol and even the color of lipstick worn by the airline stewardesses.

People who are marching to the center of Istanbul are demanding their right to live freely and receive justice, protection and respect from the State. They demand to be involved in the decision-making processes about the city they live in.

What they have received instead is excessive force and enormous amounts of tear gas shot straight into their faces. Three people lost their eyes.

 

TurquieYet they still march. Hundred of thousands join them. Couple of more thousand passed the Bosporus Bridge on foot to support the people of Taksim.

No newspaper or TV channel was there to report the events. They were busy with broadcasting news about Miss Turkey and “the strangest cat of the world”.

Police kept chasing people and spraying them with pepper spray to an extent that stray dogs and cats were poisoned and died by it.

Schools, hospitals and even 5 star hotels around Taksim Square opened their doors to the injured. Doctors filled the classrooms and hotel rooms to provide first aid. Some police officers refused to spray innocent people with tear gas and quit their jobs. Around the square they placed jammers to prevent internet connection and 3g networks were blocked. Residents and businesses in the area provided free wireless network for the people on the streets. Restaurants offered food and water for free.

People in Ankara and İzmir gathered on the streets to support the resistance in Istanbul.

Mainstream media kept showing Miss Turkey and “the strangest cat of the world”.

***

I am writing this letter so that you know what is going on in Istanbul. Mass media will not tell you any of this. Not in my country at least. Please post as many as articles as you see on the Internet and spread the word.

As I was posting articles that explained what is happening in Istanbul on my Facebook page last night someone asked me the following question:

«What are you hoping to gain by complaining about our country to foreigners?»

This blog is my answer to her.

By so called «complaining» about my country I am hoping to gain:

Freedom of expression and speech,

Respect for human rights,

Control over the decisions I make concerning my on my body,

The right to legally congregate in any part of the city without being considered a terrorist.

But most of all by spreading the word to you, my friends who live in other parts of the world, I am hoping to get your awareness, support and help!

Please spread the word and share this blog.

Thank you!

Insanlik Hali 

https://www.facebook.com/pages/Occupy-Gezi-News/510797352...

For further info and things you can do for help please see Amnesty International’s Call for Urgent Help

 

 

  Mon site www.djemaachraiti.ch 

06:30 | Tags : turquie, istanbule | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

02/06/2013

Kigali n’est plus une ville africaine

kigali002.jpgMon invité Chris Harahagazwe - journaliste burundais

Le grand écrivain américain Ernest Hemingway disait que Paris est une fête permanente. Kigali que je découvre après une absence de trois ans est un émerveillement de tous les instants. Un constat s’impose: Kigali n’est plus une ville africaine. Venu du Burundi, deux sortes de sentiments vous envahissent une fois à Kigali. Le premier est l’éblouissement devant tant de propreté, de beauté et de développement.  Le second genre est l’amère conclusion que le Burundi est à jamais largué par son frère jumeau d’outre Akanyaru. Pourrons-nous jamais rattrapé ce pays qui décolle devant nos propres yeux? 

Mieux qu’Athènes, Rome et Lisbonne

 A l’issue de mon séjour à Kigali en 2010, je m’étais fendu d’un article « La mission civilisatrice du Rwanda ». Un reportage qui a déclenché des débats houleux sur internet parmi les internautes rwandais. Je suis conforté dans ce que  j’ai dit alors. Je persiste et signe : ce pays est un modèle pour tous les Africains. L’émerveillement frappe tous les visiteurs. Un collègue zambien affirme que tous les maires d’Afrique devraient être dépêchés à Kigali pour voir qu’une ville africaine peut être propre et embellie. Un Soudanais proclame urbi et orbi que Kigali est plus propre qu’Athènes, Rome et Lisbonne. Rien de moins ! Mieux, il prétend que la ville jouit d’une sécurité meilleure que même en Arabie Saoudite, tient-il à préciser. En effet, dès 17 heures, l’armée et la police se déploient dans tous les coins de rue, uniforme immaculé, bottes lustrées, arme au point, les antennes de communication au vent  et le regard de fauve. Ainsi, le citoyen et le touriste pourront se promener en toute tranquillité jusqu’au lever du jour. Un architecte kenyan installé à Kigali m’a dit qu’il a fui l’insécurité de Nairobi où il a échappé trois fois à la mort notamment lorsque le pistolet des bandits s’est enrayé alors qu’ils avaient tiré. Une autre fois, il a eu un coup de machette à l’épaule. Désormais il vit tranquille à Kigali.

Un Egyptien ne tarit pas d’éloges devant tant de beauté fleurie et de pelouse manucurée.  Mon taxi m’apprend qu’un client polonais lui a déclaré que même en Pologne ce n’est pas aussi beau. Je suis curieux de connaître l’avis des délégués congolais. « Etes-vous impressionnés par ce pays comme moi ? » demandé-je. « Absolument prodigieux ! » me répond l’un. « Ce pays doit être un modèle pour toute l’Afrique », ajoute l’autre. Je n’ose pas leur rapporter les propos que me tenait une jeune congolaise totalement éblouie : « je regrette que l’armée rwandaise ait quitté le Congo sans nous avoir appris la propreté et la discipline »  Un djiboutien édifié y met une note discordante dans le flot de superlatifs : J’espère vivement que les forces du mal ne vont pas détruire cette œuvre.

Haine réfractaire à toute logique

Il ne faut pas se leurrer, ce danger que craint le Djiboutien existe bel et bien. Un diplomate américain, Richard Johnson,  vient de produire une analyse captivante du paradoxe rwandais où il stigmatise les lobbys occidentaux  qui continuent à soutenir les tenants de l’idéologie du génocide alors que son pendant le nazisme a été combattu, réprimé sans pitié et mis hors la loi. Un  homme d’affaires rencontré au Malawi me disait, les yeux exorbités de haine, que le prochain génocide sera pire que le précédent. Comme quoi la haine est réfractaire à toute logique. Comme si l’apocalypse de 1994 ne leur a rien appris.

La leçon aurait dû être que la paix et la coexistence humaine sont les biens les plus précieux pour toutes les communautés. Tous les groupes  peuvent s’épanouir en vivant en paix et dans le respect mutuel alors que la guerre détruit les deux selon l’assertion de Martin Luther King : « Nous devons vivre ensemble comme des frères ou périr ensemble comme des imbéciles. »  Le président Obama disait aux Arabes dans son célèbre discours du Caire : « Prouvez votre valeur par ce que vous construisez et non pas ce que vous détruisez. » L’affirmation s’applique parfaitement aux marchands de la haine et de la guerre rwandais.

 Il faudrait du réalisme politique et stratégique de la part des forces négatives qui menacent le Rwanda. Tout comme Israël a juré de ne plus se faire exterminer, je ne crois pas non plus qu’elles pourront encore détruire allègrement  leurs compatriotes honnis. C’est possible qu’elles y parviennent mais au risque d’une destruction mutuelle garantie. La haine est plus forte que toute logique.   Un jeune rencontré à l’hôtel à qui je confiais mon éblouissement devant tant de progrès, me dira un rictus de haine aux lèvres, « tout cela peut être détruit en une journée ». J’ai reconnu ces regards de haine implacable que je rencontre dans mes pérégrinations à travers l’Afrique lorsque j’invoque   les prodigieux progrès  de Kigali devant des Rwandais.

Modèle rwandais accessible

Le modèle rwandais de développement est un exemple accessible. En effet, nous ne pouvons plus suivre  la vieille Europe désormais percluse de rhumatismes et de manque d’imagination. Nous ne pouvons non plus imiter les asiatiques qui travaillent comme des fourmis. Seul le Rwanda nous interpelle pour changer l’Africain qui n’est pas condamné par atavisme à vivre dans la saleté,  la médiocrité et la misère.  Tony Blair, du temps de sa splendeur,  a déclaré que l’Afrique est une cicatrice sur la conscience de l’humanité. Aujourd’hui il est conseiller de Kagame pour les investissements parce qu’il a vu un pays africain porteur. Une nation née des cendres de l’horreur pour devenir le phare de toute l’Afrique. Ce n’est pas un hasard si Kagame a pris pour modèle Singapour,  petit pays développé en une génération par son Premier ministre de génie Lee Kuan Yew. Quant à Sarkozy, il  a osé proclamer à Dakar que l’Africain n’est pas encore entré dans l’histoire. Nous avons un Rwanda qui prouve le contraire.

Immense prestige

La propreté et l’embellissement de Kigali ne sont pas une fin en soi. C’est la preuve de la passion de l’excellence qui anime les dirigeants de ce pays. Une fois le culte de l’excellence installée dans les mentalités, tout le reste : la croissance, l’innovation, l’ambition des grandes aventures suivent comme par enchantement. L’entretien de cette propreté et cet embellissement coûte très cher mais  rapporte gros. Des milliers d’emplois sont ainsi créés, surtout des femmes. Tous ces centaines de milliers de  touristes qui débarquent viennent aussi pour la propreté, la  beauté et la totale sécurité de cette ville qui tranche avec le reste de l’Afrique. Le tourisme est devenu la première industrie avant le café et le thé.  Au point que le géant touristique Kenyan se sent menacé. Toutes ces conférences internationales qui se suivent sont aussi attirées par cette ville-jardin. Les milliers de professionnels kenyans  qui apportent leur expertise sont aussi séduits par une ville belle, sûre,  propre et en pleine modernisation au point de nourrir un prestige sans précédent au Kenya.  A l’issue de l’adoption par référendum de la nouvelle constitution kenyane, un éminent éditorialiste du « Daily Nation » n’y est pas allé de main morte : « Enfin ! nous allons devenir un pays civilisé comme Maurice et le Rwanda. » Rien de moins !  Je me rappelle encore avoir entendu Raila Odinga alors premier ministre déclarer que le Kenya s’il ne fait pas attention risque de se faire ravir l’hégémonie économique de la région par le Rwanda.

Je suis convaincu que le modèle rwandais va immanquablement « contaminer » les voisins à commencer par le Burundi.  L’exemple rwandais va créer une émulation dans toute l’Afrique. Pour une fois nous avons en Afrique en modèle de progrès accessible. A moins que nous ne soyons pas encore entrés dans l’histoire comme le prétend Sarkozy.

Messe dominicale à l’Eglise Regina Pacis

Dimanche matin, j’assiste à la messe dans la vaste et belle Eglise Regina Pacis de Remera. Elle trône parallèle à la piste d’atterrissage de l’aéroport international de Kanombe. Je me suis toujours demandé comment les Rwandais peuvent encore pratiquer alors que l’Eglise a participé au génocide en 1994 et à l’apologie de la haine pendant 30 ans jusqu’à ce qu’un collègue et ami me donne une réponse édifiante : « C’est la même Eglise qui nous a accueillis en Tanzanie et donné une éducation ». Comme quoi il ne faut jamais jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faut nuancer les condamnations.

L’autel est superbement décoré de couleurs blanches et or avec des corbeilles des roses de même teinture. Je m’assieds en position stratégique tout près de la chorale.  Je  suis absolument emporté par la beauté des chants. Le kyrie, le gloria, le sanctus et l’agnus dei sont chantés en latin ce qui me transporte au paradis de l’enfance. A la consécration, le célébrant entonne le superbe cantique de l’ascension en kinyarwanda mais moi je le chante en kirundi à haute voix: « Umwami wacu Yezu yatwikebanuye, yasubiye iwe mw’ijuru ngwaturorereyo, yasubiye iwe mw’ijuru, ngwaturorereye ». Je ne savais pas que l’on n’avait les mêmes chants. Je suis de nouveau surpris d’entendre que la belle prière de la paix que j’aime particulièrement se chante avec la même mélodie qu’au Burundi :  « Mukama turakuzamvye udutabaze amahoro, muri iyi minsi turimwo ». Je vais de surprise en surprise lorsque j’entends la belle chorale entamer un chant burundais après la communion. Je croyais que c’est seulement au Burundi que l’on aime les cantiques rwandais. Je ne savais pas qu’il y avait réciprocité. La chorale vous transporte littéralement dans une profonde plénitude.

Mon séjour d’une semaine dans Kigali la belle qui a commencé par l’éblouissement devant tant de propreté, de beauté et de progrès se termine dans l’enchantement de voix d’anges. Après la messe, je passe visiter le Centre de retraite Christus que j’ai découvert dans le bouleversant livre  « Left to Tell » (Miraculée en français) de la désormais appelée  « prophétesse des temps modernes » : Immaculée Ilibagiza.  Une jeune fille rescapée du génocide par miracle divin et l’intercession de la Sainte Vierge et qui est parvenue à triompher du malheur sans nom que l’on a fait subir à sa famille décimée pour devenir une auteure de best-sellers mondialement connue.

Immaculée Ilibigiza est l’exemple même de la transformation du Rwanda : une spectaculaire résurrection des morts. Mieux :  la transformation du malheur et de l’horreur  sans précédent en triomphe de la vie, de la beauté et du progrès. C’est au Centre Christus qu’une fois sauvée par miracle, Immaculée Ilibagiza  allait s’enfermer du vendredi soir jusqu’au dimanche soir pour se connecter à son Seigneur et Dieu qui l’avait sauvée pour témoigner. D’où le titre de son immense livre traduit en 13 langues « Left to Tell » : Epargnée pour pouvoir témoigner. L’Américain qui a publié le livre « Left to Tell », Dr Wayne Dyer,  affirme qu’il a lu des  milliers de livres depuis 50 ans mais que « Left to Tell » est l’œuvre la plus marquante qu’il ait jamais lue. Tous ces dizaines de livres écrits par des rescapées (il n’y a que des femmes qui écrivent) qui disent les souffrances d’innocents rwandais et qui émeuvent le monde entier sont tout autant de preuves du triomphe de la vie sur l’horreur. La dernière en date Scholastique Mukasonga qui a perdu 35 personnes de sa famille sans jamais retrouver leurs sépultures a eu le prestigieux  prix Renaudot en 2012 avec un superbe livre : « Notre-Dame du Nil ». Un autre triomphe sur l’horreur. C’est un peu aussi le succès du Burundi car cette femme a été réfugiée, a étudié et travaillé au Burundi. D’où sa survie alors que tous ses siens ont péri.

Pour conclure, devant l’éblouissante transformation du Rwanda, une chose n’a pas changé depuis ma dernière visite de 2010 : les filles rwandaises sont toujours belles à damner même un saint homme comme moi.

 

  Mon site www.djemaachraiti.ch 

10:33 | Tags : kigali, rwanda | Lien permanent | Commentaires (33) | |  Facebook | | |